‹ Les doctrines positivistes en FranceChapitre 32 sur 107 · Fènblon. Traité de rexistence d« Dieu, Ch. II · texte numérisé non relu

Fènblon. Traité de rexistence d« Dieu, Ch. II

vers le réseau des sophismes humains et la négation, si radicale et si absolue qu'elle veuille paraître, finit par se prendre dans ses propres pièges.

Telle est cette puissance de la vérité et telle est l'impuissance logique du scepticisme, qu'il affirme la réalité objective et la force transcendante de la raison dans la formule même qui a pour objet de les nier. Que dit, en effet, cette formule ? Elle énonce comme une loi universelle, absolue et nécessaire , que puisqu'il est impossible qu'un être pensant connaisse autrement qu'avec son esprit organisé d'une certaine façon, et que connaître ainsi c'est connaître subjectivement, tout esprit, quel qu'il soit, est nécessairement enfermé dans le subjectif. Elle fait donc du scepticisme une loi qui vaut universellement. Elle accorde au doute la valeur objective qu'elle refuse aux vérités de la raison. Elle affirme donc l'objectif au moment où elle le nie. Elle aboutit à l'impasse et se brise contre l'écueil qui attend tous les scepticismes, à savoir, que douter, c'est penser ; penser, c'est affirmer ; affirmer c'est croire à l'objectif, et que les sceptiques qui se mêlent de parler, d'écrire, de discuter, de raisonner, sont les plus inconséquents des hommes et les plus conséquents des sophistes.

Que penser dès lors de cette assertion de M. Littré : « L'esprit humain ne peut pas connaître l'absolu, parce qu'il n'est pas absolu lui-môme? » Autant vaudrait dire que l'œil ne peut pas voir le soleil, par

ET LE SCEPTiaSME DE KANT. 105

cette raison profonde que lui non plus n'est pas le soleil. Si nous ne pouvons connaître l'absolu, d'où vient donc que nous avons, non pas une idée telle quelle, mais l'idée nécessaire de l'absolu ? D'où vient que nous concevons, avec une nécessité logique, un ensemble de vérités qui, toutes, ont le caractère de l'absolu ? Est-ce parce que « l'esprit humain ne peut pas conndtre l'absolu » , que M. Littré fait des vérités absolues de la « mathématique » comme il l'appelle, la base de sa classification des sciences? Et faut- il croire que pour l'honneur de la raison humaine, la contradiction perpétuelle est à la fois le premier principe et le dernier châtiment des systèmes qui portent une main téméraire sur la raison ?

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