LiTTRÉ, Coinservaiion etc
du soleil. La raison se rit de ces décrets hautains et de ces vaines barrières. En dépit de toutes les défenses et de tous les sophismes, elle brise, avec un irrésistible élan, le cercle des faits et des lois expérimentales où on voudrait l'enfermer. Pressée par la nécessité logique de ses principes, elle va forcément d'une idée à une autre idée, jusqu'à ce qu'elle se repose dans Vidée divine, centre et substance de toutes les idées. Elle monte d'un effet à sa cause, d'une cause seconde à une cause plus haute, d'une série de faits au premier terme de la série, jusqu'à ce qu'elle atteigne la cause première, la cause absolue qui seule soutient et explique la chaîne immense de tous les effets et de toutes les causes. Elle s'élève du phénomène à la loi, d'une loi de détail à la loi d'ensemble qui la renferme, et du système de toutes les lois à la loi primordiale, absolue et absolument suffisante, qui seule contient la raison première et dernière de tous les phénomènes et de toutes les lois.
Et dans cette marche en quelque sorte fatale de sa logique, rien ne la fatigue, rien ne la rebute, rien ne l'arrête. Nulle trêve, nul repos^ avant qu'elle ait trouvé dans l'Être immuable, éternel, absolu, dans l'Être nécessaire, parfait, infini, la raison complète des faits mobiles, fugitifs et temporaires, la cause première des êtres relatifs, contingents et limités de cet univers. Bien plus, elle ne s'empare du fini que pour y trouver un point d'appui qui lui permette de s'élancer ,vers l'infini. Elle ne
considère le fait concret et sensible que pour en saisir le prototype étemel et intelligible, déposé, pour ainsi dire, dans le sein de l'entendement infini. Elle ne fixe les yeux sur le monde que pour les élever à Dieu. Elle estime qu'elle ne sait rien, ni d'elle-même, ni de l'ensemble des choses, tant qu'elle n'a pas trouvé le principe et la fiîi, dernière de son être, tant qu'elle ignore la cause première et la destinée finale des choses.
Telle est la marche que suit la raison dans le plus grand des génies comme dans le plus humble des croyants. Telle est la dialectique qu'elle applique sous les feux de l'équateur comme sous les glaces du pôle, dans la cabane du pâtre, aussi bien que dans les demeures les plus fastueuses de l'extrême civilisation.Pariout et toujours elle affirme que l'univers est l'œuvre révélatrice de l'étemel créateur ; que la science de l'homme et de l'univers est le vestibule de la science de Dieu; que sans Dieu il ne saurait y avoir de véritable science, et que la pensée n'a pas trouvé son centre de gravitation, la conclusion de ses prémisses, le terme de son labeur, tant qu'elle n'a pas trouvé Dieu.
Et cette loi ou plutôt cette dialectique impérieuse de la raison, l'histoire de tous les temps n'en est que l'universelle et éloquente application. Toutes les reli- * gions, toutes les philosophies, toutes les législations, que dis -je ? toutes les manifestations quelconques de la vie des peuples, ne sont en quelque sorte qu'autant de formules et de corollaires de cette loi constante et
souveraine. Toute institution morale ou sociale, tout droit, tout devoir, toute autorité légitime, toute obéissance raisonnée, tout acte de vertu ou de dépravation, toute sanction morale; tout, sans exception, implique une affirmation directe ou indirecte, mais inébranlable de cette cause pr^wière et absolue, intelligente et morale que M. Littré et ses disciples voudraient bannir a jamais du domaine de la science, non moins que
de celui de l'existence.
Que nous dit en effet la raison ? Sans une première causcy pas de premier effet ; ôans un premier
effet, nul effet. Or Tunivers, dans son ensemble, offre une vaste série de mouvements et d'effets. Il y a donc une cause première. Étant la première, elle est indépendante de toute autre cause et par conséquent absolue. Absolue, elle est éternelle et nécessaire ; « qu'un seul instant rien ne soit, -dit Bossuet * , éternellement rien ne sera. » Eternelle, elle est infinie en durée ; infinie en durée, elle est infinie en tous sens. Nécessaire et absolue, elle n'est pas tel ou tel être, relatif et limité, mais l'Être simplement, partant l'Être sans limites, l'Être sans mélange de non-être, l'Être parfait ou la plénitude de l'Être. Être infini et parfait, il est immense et immuable. Principe premier de tout ordre, de toute intelligence, de toute conscience, de toute liberté, de toute personnalité et de toute moralité dans les créatures, il