‹ Les doctrines positivistes en FranceChapitre 54 sur 107 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

La vérité scientifique, philosophique et religieuse. — Accord nécessaire de cette triple vérité. — Affirmations prétendues scientifiques du positivisme mises en regard des lois de la science ^Énumération de ces lois. — Lois du mouvement. — Conséquences de ces lois. — Objection tirée da la force d'attraction ou de la gravitation universelle des sphères. — Réponse. - Analyse de la force centripète et de la force centrifuge, — Néces. site d'un premier moteur. — Conclusion.

La vérité est l'objet et la règle de la science, comme elle est la règle et Tobjet de la philosophie et de la religion. Or, qu'est-ce que la vérité, soit dans son principe essentiel, soit dans ses manifestations diverses, soit dans la forme idéale qu'elle revêt dans notre entendement ? Si on la considère dans son immuable essence, elle s'affirme comme l'éternelle Raison de l'Être éternel, comme l'Idée adéquate de l'Infini, comprenant, dans sa plénitude, les idées prototypes de toutes les réalités existantes et possibles; image parfaite de la substance incréée; exemplaire parfait de toutes les substances créées ; foyer vivant des idées étemelles ; loi suprême de toute intelligence et de toute connaissance ; source de toute lumière et de toute intelligibilité. Verbe de Dieu et Dieu lui-même*

Envisagée dans le domaine des choses contingentes et finies, c'est en vain qu'on essaierait de la concevoir, si elle n'apparaissait à notre intelligence, comme une imitation , je dirais volontiers, comme un calque, comme une copie imparfaite de l'archétype divin, comme une incarnation multiple des idées étemelles; comme le déroulement du plan primordial à travers la chaîne des êtres et des phénomènes; comme un reflet du Vrai, du Bien et du Beau absolu dans le prisme de la nature et de l'humanité ; en un mot, comme un rayonnement incessant de la Raison primitive dans toutes les manifestations de l'ordre naturel et surnaturel, dans toutes les harmonies du monde physique, intellectuel et moral.

Il y aura donc vérité dans notre entendement, si notre pensée est assimilée^ selon le mot de saint Thomas, à ce qui est; en d'autres termes, si elle est en même temps Vimage finie de la Raison infinie, et Vimage idéale de la raison réalisée dans les choses. L'entendement fondé dans la vérité sera donc un reflet fini du Verbe de Dieu, comme le Verbe est l'image infinie de l'Infini et le type parfait des chose finies. De là l'unité de la vérité dans l'immense variété de ses manifestations. De là, aussi, l'union nécessaire des intelligences dans l'harmonie des vérités qui dérivent toutes, comme autant de rayons directs ou réfléchis, d'un seul et même soleil des esprits, d'un seul et même Verbe de Dieu.

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Cette vérité, une dans son principe, multiple dans ses manifestations, la Science la décourre et la détermine dans les phénomènes et les lois de la nature, comme la Philosophie la constate et la formule dans les principes de la raison, comme la Religion la puise et Taffirme dans les données de la réyélation. Seulement,la première s'arrête aux limites du temps, tandis que les deux autres rattachent le temps à rétemité, Celle-là ne franchit pas le domaine du relatif et du fini ; celles-ci découvrent la raison de ce domaine dans celui de l'absolu et de l'infini. Toutes les trois, cependant, s'éclairent et s'appuient l'une l'autre, et forment, si j'ose m'exprimer ainsi, le trépied sacré d'où l'éter* nelle vérité fait entendre ses oracles.

Misérablement défigurées et plus misérablement opposées l'une à l'autre, soit par l'ignorance, soit par la passion, soit par l'esprit sophistique ou la petitesse d'esprit, elles n'en ont pas moins servi, entre les mains des grandes intelligences, à organiser la plus puissante et la plus lumineuse synthèse doctrinale où l'esprit humain puisse se reposer ici bas. Cette synthèse sera-t-elle maintenue ? Ou sera-t-elle sacrifiée, comme dans le passé, aux tristes calculs de l'esprit de parti et de discorde ? L'avenir le dira. Ce qui est certain, c'est qu'en dehors de l'union des vérités, il ne reste que le choc et le conflit des sophismes. Ce qui est certain, c'est que hors de là, l'esprit est condamné à s'agiter perpétuelle-

ment dans des labyrinthes sans issue et dans des problèmes sans solution.

Il ne peut donc y avoir ni contradiction, ni opposition d'aucune sorte entre la vérité scientifique, la vérité philosophique et la vérité religieuse. D'où vient donc qu'au nom de la science, le Positivisme proclame la déchéance de toute théologie et de toute métaphysique ? D'où vient que M. Havet et ses conArères posent la négation de Dieu comme le premier principe de la science ? D'où vient que pour eux l'anéantissement de la plus haute vérité philosophique et religieuse est la première condition de la vérité scientifique ? Hélas ! faut-il le dire ? Ces étranges logiciens commencent par nier Dieu. Cette négation, ils la posent en axiome ; cet axiome, ils l'identifient avec la science, et Ils en concluent très - sérieusement que Dieu est incompatible avec la science.

Notre premier principe , disent-ils * , c'est qu'il n'y a pas de sutnatutel, pas de Dieu. Donc, nous expliquons l'univers sans Dieu. Or, cette explication de l'univers sans Dieu, c'est la Science. Donc , la science démontre qu'il n'y a pas de Dieu. '— Triste parodie de la science et de la raison ! Eh quoi I ce sophisme se rencontre en toutes lettres dans leurs écrits! Ce cercle vicieux est tout le fond de leur système I Ce cercle vicieux insulte depuis

1. RjsNA]^, Vie de Jénts ; UiVfiT» ReDue des Oewh-Mondes ; LiTTRi; ParoUs de phil.

un*trop grand nombre d'années au bon sens de notre pays, et telle est Tindigence philosophique d'un certain public, qu'il s'incline devant ce leurre comine devant la suprême révélation d'un grand mystère, et fatigue de ses béates acclamations ce jeu puéril de la fantaisie et de l'absurde.

Chose étrange I les représentants les plus illustres de la science moderne, que dis-je ? les génies immortels qui Tont créée, un Copernic, un Kepler, un Galilée, un Descartes, un Newton, unLeibnitz, un Pascal, un Eu- 1er, un Linnée, un Buffon, un Lavoisier, un Cauchy, un Cuvier, etc,, non-seulement croyaient en Dieu, mais au christianisme, et voici quelques sectaires du jour qui osent écrire, sans que la plume leur tombe des mains, que le premier principe de la science, c'est qu'il n*y a pas de Dieu ! On rirait d'une telle forfanterie, si l'on n'était attristé d'un tel mépris de l'évidence. Pour nous, redisons avec le grand chancelier Bacon : Peu de science mène à l'athéisme ; beaucoup de science ramène à la religion. Cette sentence du génie, le génie l'a vérifiée. Que les positivistes s'en prenaient donc à ces grands hommes, si nous trouvons leur athéisme d'un poids bien léger dans la balance de la science!

Le système qu'on agite devant nos yeux n'est donc pas la science, maisjenesais quelle conception bâtarde et fantastique, qu'à défaut d'un autre nom, nous pouvons appeler la chimère de la science. Et,

que dit-il, ce système ? Le voici en peu de mots :

lo Les atomes bruts de la matière se sont mis d'euxmêmes en mouvement, et ont produit, eux seuls, toute la mécanique de l'univers.

2o Les atomes inorganiques ont engendré spontané'^ mentj sous la seule influence des lois physiques et chimiques de la matière, Torganisation et la vie sur notre globe.

30 Les atomes organisés ont produit, par une série de métamorphoses graduelles^ toutes les espèces végétales et animales qui peuplent notre planète.

4® Et toutes ces merveilles de combinaison et d'harmonie, les atomes les ont produites sans l'ombre d'un plan , d'une intention ou d'une intelligence quelconque.

Ces propositions, ne l'oublions pas, résument nonseulement tout le positivisme moderne, mais tous les athéismes panthéistiques ou autres, qui proclament, à la place du Dieu personnel et vivant, le règne d'une force impersonnelley régie par des lois aveugles et fatales. Les réfuter, c'est donc faire tomber du même coup toutes les formules qui, niant la personnalité divine, recouvrent sous le nom de Dieu un véritable athéisme.

La quatrième proposition n'est que le corollaire des

trois premières. Nous en avons discuté la valeur daaji

les chapitres qui précèdent. Nous n'y reviendrons

plus.

186 US DOQTBIMES FOSITIVISTES

Quant aux trois autres, elles tombent sous les coups de l'autorité même qu'on invoque. Nous avons entendu ce que dit le semblant de la science. Voici maintenant ce que dit la science elle-même.

1* C'est une loi de la science que tous les éléments de la matière sont inertes. Les atomes n'ont donc pu produire, d'eux-mêmes, les prodigieux phénomènes du mécanisme des mondes.

2^ C'est une loi de la science qu*il n'y a pas de génératiom spontanées. Les atomes inorganiques n'ont donc pu engendrer les phénomènes innombrables de l'organisation et de la vie.

3^ C^est une loi de la science que toutes les espèces vivantes sont fiœes et immuables. Le métamorphisme des matérialistes et des panthéistes de toute nuance n'est donc quhine pure mythologie, et l'homme n'a pas Tfaonneur de descendre de Tanimal primitif de M. Darwin, ni du champignon de M. Lamarck, ni des nnges de M. About.

Nous verrons plus loin le rapport intime de ces lois de la science avec la grande question de Texistence de Dieu. Bornons-nous à constater ici qu'eUes sont en quelque sorte autant de barrières où viennent se briser fatalement tous les athéismes avoués ou déguisés, sortis, en si grand nombre, de Tanarchie intellectuelle des temps modernes ; et c'est ce qui expMque l'acharnement que mettent les docteurs de la négation à renversçr, de fond en comble, ces simples et puissantes for^

ET LB fROBliOlB DU MOUTEiaDlT. 18?

mules. Us sentoit très-bien que ces deux ou trois axiomes condamnent leur système à n'être jamais qu'un roman. Étemelle illusion de Tesprit d'erreur, qui se flatte de plier la réalité aux caprices changeants de son rêve, au lieu de plier sa conception aux immuables décrets de la réalité i Gomme s'il était en notre

pouvoir de mettre l'océan dans le creux de notre main ou d'asseoir la pyramide de la science sur la pointe d'un sophisme !

Quelle que soit l'importance des lois scientifiques que nous venons de citer, gardons-nous cependant de croire que la première et la plus fondamentale des vérités soit tellement enchaînée à leur sort, qu'elle doive se soutenir ou tomber avec elles. Non, grâce à Dieu, cette vérité capitale trouve dans les principes de la raison, dans les lois de la conscience, dans l'ordre du monde, dans la eonstitution de l'humanité, des assises sur lesquelles ne pourront jamais rien les vicissitudes les plus extrêmes de la science. Fût-il vrai, comme il est faux, que les atomes peuvent se donner le branle et diriger leurs mouvements ; fût-il vrai, comme il est faux, que les] forces inorganiques peuvent engendrer la vie et Torganisation ; fftt-il vrai, comme il est faux, qu'un seul type organisé peut produire> par une série de transformations» toutes les espèces vivantes de notre terre, dans ces cas même, les arguments de la raison logique et morale n'en conserveraient pas moins leur invinoîUe évidence, et suffi*

raient amplement à défendre les croyances du genre humain, contre les efforts de la négation. Ecoutons donc avec respect les oracles de la science et rendons grâce à Dieu de Tappui qu'elle prête à la vérité. Mais ne nous en laissons pas imposer par les prétentions et les menaces intéressées de la pseudo-science ; ne subordonnons pas les destinées des choses étemelles au cours variable des choses du temps, et tenons pour certain que le courant du scepticisme contemporain passera, comme tant d'autres, sans déraciner un seul des fondements qui portent notre foi.

L'état de la question ainsi précisé, montrons conoiment les lois scientifiques entourent d une évidence, pour ainsi dire, mathématique et palpable, la grande vérité de l'existence de Dieu.

Analysons d'abord les lois du mouvement. Nous verrons ensuite quelles conséquences dérivent de ces

lois.

Tous les éléments de la matière sont inertes^ c'està-dire, indifférents au mouvement et au repos. Là dessus, nulle contestation. C'est, nous l'avons déjà dit, un axiome de la science ^. Nul atome en mouvement ne peut donc s'arrêter de lui-même; nul atome en repos

i. « Ud point en repos ne peut se donner le mou venaent... Cette tendance de la matière à perséyérer dans son état de mouvement et de repos est ce que l'on nomme Vinertie, C'est la première loi du mouvement des corps. > (Làpla.ge, Système du monde.)

• Corpus omne perseverare in statu suo quiescendi vel movendi uniformiter in directum, nisi quatenus a viribus impressis cogitur statum suum mutare. » (Newton, Principia philosophie).

ne peut, de lui-même, se mettre en mouvement. Ni le mouvement, ni le repos ne sont donc essentiels à la matière. Ni le mouvement, ni le repos n'ont un caractère nécessaire et absolu. Cependant la matière n'existe qu*à la condition d'être, soit en mouvement, soit en repos. Si donc cette double condition de son existence est purement relative et contingente, il s'ensuit que la matière elle-même est purement contingente et relative^. Or, ne l'oublions pas, nulle existence contingente, sans quelque existence nécessaire ; nulle existence relative, sans quelque existence absolue. Il y a donc quelque être nécessaire et absolu qui n'est pas la matière, et cet Être est Dieu.

Ce n'est pas tout. La matière étant inerte, elle ne peut ni s'arrêter d'elle-même, si elle est en mouvement, ni se mouvoir d'elle-même, si elle est en repos. Si donc un élément matériel est en repos ou en mouvement, ce n'est pas lui-même, c'est un autre, qui l'a contraint soit au mouvement, [soit au repos. Tout mouvement de la matière est donc un mouvement communiqué. Tout atome en mouvement est donc mu par un autre atome, et celui ci par un autre, et

1. Ajoutons que chaque atome, pris en soi, est limité, contingent, relatif, conditionné. Or, la matière de l'univers n'est que la collection ou la somme de tous les atomes. Elle est donc nécessairem'jnt contingente, relative, conditionnée comme chacun des éléments dont elle se compose. Elle n'est donc ni absolue, ni nécessaire, ni éternelle, ni infinie. Dès lors comment serait-elle la raison suffisante du monde, puisqu'elle n'a pas même en elle la raison suffisante de sa propre existence?

190 LIS DOGTilNES POSITIVISTES

ainsi de suite, jusqu'à ce qu'on arrive à un premier moteur qui n'est pas la matière. Direz-vous que chaque atome se meut de luinnême? Direz-vous que chaque atome est emporté d'un mouvement étemel et nécessaire ? Mais, dans l'un et l'autre cas, vous niez l'iner* tie qui est la première loi des atomes ; et en niant la loi des atomes, vous niez les atomes eux-mêmes. Di* rez-vous qu'il n'y a pas de premier moteur ? Mais sans premier moteur, pas de premier mouvement ; sans un premier mouvement, pas de second mouvement ; sans premier, ni second mouvement, nul mouvement du tout, et vous nierez ainsi le mouvement même de l'univers. Donc de deux choses l'une : ou vous nierez la matière et le mouvement ; ou vous admettrez un premier moteur qui n'est pas la matière, et ce premier moteur est Dieu.

Sans doute, reprennent nos adversaires, si la matière était cette masse inerte que , vous supposez, la démonstration serait rigoureuse et nous n'aurions que vous répondre. Mais vous oubliez qu'il existe une force d*attraction inhérente à chaque élément de la matière ; force essentielle, inamissible, en vertu de laquelle chaque élément est attiré par un autre élément, chaque atome tend vers un autre atome ; force universelle et constante, qui s'exerce partout en raison directe des masses, en raison inverse du carré des distances, et qui devient ainsi la base et le ressort de toute la mécanique des mondes. Ou supprimez la

6T U nOilËn DU MOUmENT. 191

force d'attraction, ou ces^eE de nous parier de llnertie de la matière, et n'allei pas tirer des conclusions que repoussent nos prémisses.

Cette objection est la plus spécieuse du système. Elle en impose par le Tapie et le mystérieux qui entourent la force d'attraction. Nous allons donc l'ana* lyser en détail et la réfuter avec le plus grand soin.

La force d'attraction préside à la graTitation des globes et détermine la pesanteur des corps sur notre terre. Elle est donc un principe de mouvement pour tous les éléments de la matière. Or, en parlant tout à l'heure du mouvement des atomes, nous paraissions supposer des corps poussés par d'autres corps ; nous paraissions supposer des impulsions mécaniques, communiquées et propagées en vertu des lois du mou* vement. Hais, remarquons-le bien, il s'agit ici, non plus de corps qui se poussent, mais de corps qui s'attirent ; non plus d'impulsions mécaniques, mais à'at" tractions dynamiqueSj déterminées suivant la loi énoncée plus haut. Qu'on suppose deux molécules en présence ; si rien ne les arrête, elles s'attireront réciproquement et s'uniront Tune à l'autre. L'attraction est donc inhérente à chaque molécule. Le principe du mouvement attractif ne sera donc plus hors de la matière, mais dans la matière elle-môme. Le premier moteur de l'univers sera dans l'univers, et il deviendra inutile de chercher dans Dieu, la raison des mouvements du monde.

192 LES DOCTRINES POSITmSTES.

On le voit, la différence est réelle et nous n'avons garde de la dissimuler. Mais cette différence ôte-t-elle la valeur des premiers arguments ? La force d'attraction détruit-elle la force d'inertie ? Enlève-t-elle à la matière et aux mouvements qui l'emportent, leur caractère relatif et contingent ? Remplace-t-elle la force d'impulsion ? Peut-elle être ce premier moteur que nous concevons nécessairement comme étant hors de la matière ? A toutes ces questions nous répondrons hardiment que non, et nous allons le démontrer.

Qu'il s'agisse d'attraction ou d'impulsion, ce qui reste toujours vrai, c'est que nul atome de matière ne peut s'arrêter de lui-même, s*il est en mouvement, ni se mettre de lui-même en branle, s'il est en repos ; ce qui reste toujours vrai, c'est que tout atome est toujours déterminé par quelque autre y soit à s'arrêter, soit à se mouvoir. Il n'attire que parce qu'il est attiré. Il ne se meut que parce qu'un autre le met en mouvement. Supprimez le second atome, le premier restera éternellement immobile, s'il est en repos ; éternellement en marche, s'il se meut. Or c'est là l'essence même de l'inertie. Donc, avec ou sans attraction, chaque atome de matière est inerte. Tout mouvement attractif d'une atome est donc conditionné par un autre atome. Tout mouvement attractif est contingent, dépendant et relatif. Dès lors, la gravitation deé globes se compose d'une série de mouvements contingents et successifs, conditionnés les uns par les autres, et

se rattachant les uns aux autres comme autant d'anneaux d'une vaste chaîne. Or toute série à un commencement, toute chaîne compte un premier anneau.

Supprimez le premier anneau, vous supprimez tous les autres, et la chaîne entière se rompt entre vos mains. Si donc le mouvement attractif est inhérent à la matière ; si, d'un autre côté, tous les mouvements attractifs sont contingents, relatifs, successifs et conditionnés ; si tous ces mouvements, ont commencé, il s*ensuit que la matière est contingente, relative et conditionnée comme eux ; il s'ensuit qu'elle a commencé comme les mouvements attractifs qui en sont inséparables. Il s'ensuit, en un mot, avec une évidence logique et mathématique, que la matière n'a en elle-même, ni la raison dernière de son existence, ni celle de ses mouvements; que cette raison dernière se trouve dans un être supérieur à toutes les forces de la matière, et que cet être est Dieu.

. Loin donc de supprimer soit la force d'inertie, soit la contingence de la matière, soit la succession des mouvements, la force d'attraction ne fait que mettre ces caractères dans un relief plus saillant, et montre qu'elle relève, conmie tout le reste, d'une cause première qui ne saurait résider dans la matière elle-même. Mais rend-elle [inutile au moins un premier moteur immatériel ? Ils le disent et le proclament hautement. A les en croire, l'attraction seule suffit à expliquer toute la

mécanique céleste. L'attraction rend inutile le rôle de

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Dieu. Or, par un singulier contraste, c'est ici sortofl où l'athéisme se croit invincible, que se révèlent, aiM le plus d'éclat, la faiblesse de ses illusions et l'actiâl manifeste de Dieu. C'est ce que peu de mots sufBroll à démontrer.

Deux forces immenses harmonieusement combinte engendrent tous les mouvements du monde astronff* mique, et maintiennent, à travers toutes les vicissitadft de la durée, le parfait équilibre des sphères. Ces dMù forces, dont Newlon a découvert la loi et détermiiil la formule, sont la force centripète qui attire certaiik corps vers le centre de quelque autre corps, et la fortt centnfuge qui tend à éloigner les corps du centre d"itt autre corps. De la juste balance de ces deux forces ml le mouvement ordonné des globes. Qu'on anéantidie par la pensée, une seule de ces forces, et c'en serafid à jamais de l'ordre de l'univers. Suspendez Faction de la force centripète ^ tout en maintenant celle de la force centrifuge^ et tous les corps célestes, s'échappantà l'instant même par la tangente de leurs orbites, s'emporteront en ligne droite, d'un mouvement étemel et . fatal, suivant les directions les plus excentriques et les plus opposées, à travers l'espace sans bornes. Supprimez, au contraire, la force qui fuit les centres, en ne laissant subsister que celle qui attire les corps vers le centre d'un autre corps, qu'arrivera-t-il ? Dominés par cette force unique et exclusive, tous les atomes disséminés dans l'espace iront s'attirant et se rapprochant

ET UB PROBLÀMB DU MOUYEMENT. 195

sans cesse, jusqu'à ce qu'ils soient unis les uns aux autres. Les atomes de la lune tomberont, d'une chute uniformément accélérée, vers la terre. La terre et les autres planètes se précipiteront d'un mouvement ana* logue vers le soleil. Toutes les masses planétaires de notre système se confondront avec leur centre solaire, pour ne former ensemble qu'une seule et môme masse compacte, indivisible, uniforme. Les satellites et les planètes des autres systèmes s'aggloméreront de même autour de leurs centres de gravitation, et tous les globes de tous les systèmes grossiront ainsi, de leur masse collective, la masse de leurs soleils.

Mais asservies, à leur tour, à cette même force centripète agissant à l'exclusion de toute autre, ces masses s*attiranttoujours, s'aggloméreront les unes aux autres; toutes les quantités, toutes les fractions de la matière, disséminées dans l'espace, s'uniront de proche en proche, et, de la sorte, l'universalité des atomes, ou pour mieux dire, l'univers tout entier, si admirablement disposé dans les vastes champs de l'espace, ne sera plus qu'une seule agglomération gigantesque, indistincte, uniforme, où viendront échouer, s'accumuler et disparaître pêle-mêle, les mouvements et les débris de tous les mondes.

Je dis les mouvements des mondes ; car le mouvement par lequel deux corps s'attirent, cesse du moment qu'ils se sont rencontrés. Les globes une fois agrégés et confondus, tout mouvement aura expiré ; les derniers

battements de l'univers se seront évanouis dans là dernière rencontre des atomes. Sous l'empire exclusif de la force centripète, la masse entière se reposera dans une irrémédiable inertie ; et stationnaire désormais dans je ne sais quel coin de l'immensité, rien ne pourra troubler jamais l'éternelle immobilité de son repos. Or qu'est-ce que la force centripète ? Ni plus, ni moins que ce que nous appelons pesanteur, gravité des corps ou force d'attraction. En un mot, la force centripète est la force d'attraction elle-même. Loin donc que l'attraction puisse produire et perpétuer le mouvement des globes, elle n'engendre, par elle-même, au terme d'un mouvement relatif et transitoire, qu'un

étemel repos.

Pour expliquer les mouvements de la terre et des cieux, il faut donc, indépendamment de la force d'attraction, cette autre force génératrice du mouvement, qu'on appelle la force centrifuge. Qu'est-ce que cette force ? Ce n'est pas l'attraction, puisqu'elle produit des effets diamétralement opposés ; ce n'est pas l'attraction, puisqu'elle agit en sens contraire et neutralise son action. L'une attire sans cesse les globes vers leur centre de gravitation ; l'autre tend sans cesse à les éloigner de ce même centre. La première agit dans le sens des rayons de l'orbite ; la seconde, dans le sens des tangentes, perpendiculaires à ces rayons ; Tune ressemble à la corde de la fronde qui retient la pierre toujours prête à s'échapper ; l'autre est figurée par l'impulsion

que le frondeur imprime à son projectile, en le faisant tournoyer dans sa fronde, impulsion qui tend sans cesse à lancer la pierre au loin. Ce sont donc deux forces non-seulement distinctes et différentes, mais radicalement opposées. Or il n'y a, il ne peut y avoir que deux forces motrices des corps, à savoir, l'attraction ou l'impulsion. Si donc la force centrifuge n'est pas, ni ne peut être une force à^'attraciion^ il reste qu'eUe est une force à^impulsion. Mais d'où vient l'impulsion qui lance les globes sur leurs orbites ? D'où vient l'impulsion qui projette au loin la pierre du frondeur ? Elle vient d'une force qui agit, nous l'avons déjà dit, dans la direction des tangentes et détermine, en se combinant avec la force centripète, tout mouvement circulaire, c'est-à-dire tout mouvement de rotation ou de translation des corps. Donc tout mouvement circulaire est produit par une force d'impulsion cenlri^ fuge, en équilibre avec une force d'attraction contrit pète. Tout mouvement de rotation ou de translation est donc produit par une force dont l'attraction seule ne peut pas rendre compte et qui, loin d'être l'attraction, lui est en tout hostile et contraire.

Si maintenant nous jetons les yeux sur l'univers qui nous entoure, que trouvons -nous? Partout des globes gigantesques qui tournent sur eux-mêmes et autour d'autres globes. Ici, le mouvement de rotation du soleil sur lui-même ; là, le mouvement de rotation de chaque planète sur elle-même, combiné avec son mou-

vement de translation autour du soleil. Plug loin, des mouvements semblables pour les satellites des planètes. Eh bien, je le demande, quelle main a donné le branle à la masse des atomes ? Quelle main a contraint le so* leil à sortir de son immobilité et à tourner une première fois sur lui-même ? Quelle main a lancé les planètes, à de si prodigieuses distances, sur la tangente de leurs orbites ? Quelle main a poussé la terre et les autres planètes à opérer une première fois leur révolution périodique sur elles-mêmes et autour de leur soleil ? Quelle main a proportionné si admirablement l'impulsion de la vitesse à leurs masses et à leurs dis^ tances ? Quelle main a su équilibrer l'attraction centripète et l'impulsion centrifuge de telle sorte, que les diverses causes de perturbation se corrigent les unes par les autres, et font servir les anomalies partielles à Tordre général ? Quelle main a non-seulement produit, mais réglé et déterminé la triple révolution de la lune sur elle-même, autour de la terre et autour du soleil ? Quelle main, en un mot, a disposé toutes les pièces, tous les rouages, tous les cercles du mécanisme des globes célestes, et donné à toutes ces pièces la formidable impulsion qui met en jeu tous ces ressorts, fait mouvoir tous ces rouages, distribue à chacun la quantité de mouvement qu'il faut, remonte et règle pour toujours la mécanique de l'immense appareil, et dont l'irrésistible action se propage et se continue, d'atome en atome, de monde en monde, sans que rien

puisse en altérer la précision, sans que rien puisse en arrêter l'élan ?

Cette main, nous l'avons prouvé, ce n'est pas celle de la nécessité^ puisque tous les éléments de la matière sont inertes, puisque le mouvement ne leur est ni essentiel, ni nécessaire ; puisqu'en un mot, ils sont absolument indifférents au mouvement et au repos. Ce n*est pas la force d'attraction puisqu'elle ne peut pas produire la force centrifuge, et que loin d'engendrer le mouvement des globes, elle ne peut déterminer, d'ellemême, que l'étemelle immobilité de l'univers. Ce n'est pas une force d'impulsion matérielle puisque toute impulsion mécanique est communiquée; puisqu'aucun atome ne peut se pousser lui-môme, mais est toujours poussé par quelque autre ; puisque la matière ne peut que transmettre les impulsions, et ne saurait ôtre en aucune façon le principe premier et générateur des impulsions mécaniques. Ce n'est pas le hasard, puisque le basard n'est rien ; puisque le hasard n'est qu'un mot qui exprime rignorance où nous sommes des causes réelles d'un fait ou d'un phénomène. La main qui a donné le branle à l'univers, est donc une puissance supérieure à toutes les forces de la matière, à toutes les substances de la Nature ; une puissance qui a en elle-même le principe d'une souveraine activité ; une puissance autonome, spontanée, libre, et cette puissance, c'est le Dieu que nous adorons. Toute autre conclusion serait celle d'un logicien qui

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prétendrait, qu'à le bien prendre, une usine, une manufacture, une locomotive, pourraient non-seulement se construire elles-mêmes, mais se mettre d'elles-mêmes en mouvement, sans qu'il fût nécessaire d'employer soit l'eau, soit la vapeur, soit des mioteurs vivants, soit une force motrice quelconque, prise en dehors du mécanisme. Nous laissons aux constructeurs et aux mécaniciens le soin de qualifier ce nouveau procédé, et nous allons considérer le positivisme en face d'un problème plus formidable encore que celui du mouvement, le problème de la Vie.

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