‹ Les doctrines positivistes en FranceChapitre 70 sur 107 · BT LES PRINCIPES DE L,ART · texte numérisé non relu

BT LES PRINCIPES DE L,ART

qu'il y a de grand, d'original, de vraiment créateur. La source de l'enthousiasme et de l'inspiration est tarie. Le génie ne trouve plus son aliment et sa flamme. Ce je ne sais quoi d'infini et de divin, qui est l'âme même de l'art et de l'artiste, cesse de les soulever au dessus des sens et de la matière ; l'horizon se rétrécit, l'esprit se retire, il ne reste que l'enveloppe froide et morte. Le vulgaire, le commun, le trivial mèmej envahissent de toutes parts le sanctuaire d'où le dieu s'est retiré. Le procédé se substitue au génie, la copie à l'invention, le mécanisme à l'inspiration. Séparé de son principe, privé de sa sève, l'art, si j'ose ainsi parler, sèche sur place, et sa vie, s'il vit encore, ne sera que d'emprunt.

Ce n'est pas tout. Isolé de l'idéal esthétique et moral, l'art non-seulement se resserre et s'abaisse ; il se dégrade et se corrompt, et trouve dans cette corruption le dernier degré de son abaissement et de sa chute. Le contrepoids divin faisant défaut, la matière domine et les passions régnent. Rien n'arrête plus leurs silencieux ravages. Feu sacré du génie, intuitions sublimes, travail pénible et fécond de la méditation, discipline sévère des facultés, poursuite ardente du parfait, énergie indomptable en face des difficultés, tout devient peu à peu leur proie. Le ressort moral se brise. Le sens esthétique s'obscurcit, les facultés diminuent. Flatter les passions et se laisser flatter par elles ; corrompre le public et subir le contrecoup de cette cor-

LES DOCTtniBS fOSfTITlSTES

rapiion ; propager le mal et glisser rapidement si&r la pente où l'on pousse les autres et sur laquelle on est poussé par eux, tel est le rôle auquel se condamne l*art qui a rompu avec l'idéal. De la médiocrité il tombe dans r avilissement. 11 n'était plus qu'une rontine ; il ne sera lûentôt qu'une industrie et un métier. Il ne pratiquait d'abord que le réalisme ; il ne fera bientôt que du matérialisme pur ; et le matérialisme dans l'art, comme le matérialisme dans les mœurs, marque cette limite £aitale où le regard attristé ne rencontre plus que les ténèbres, la ruine et la mort.

L'union intime de l'idéal et du réel, telle est donc la loi fondamentale de l'art, la condition de son progrès, le principe de sa vie et de sa perfection. L'idéal indique le but ; la nature fournit le moyen. L'un offre l'élément intelligible et divin ; l'autre, l'élément sensible et concret de l'art. Un idéal sans réalité serait une âme sans corps ; une réalité sans idéal offrirait l'image d'un corps sans àme. Ainsi l'ont compris tous l«s plus grands génies de Tart, et. la nature idéalisée nous présente la seule formule qui convienne à l'art ^«ne de ce nom.

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