‹ Les doctrines positivistes en FranceChapitre 81 sur 107 · Voyez A. Hirn, Théorie mécanique de la chaleur · texte numérisé non relu

Voyez A. Hirn, Théorie mécanique de la chaleur

mie, de la physique et de la physiologie, de la paléontologie et de rhistoire naturelle. Qu'es t-il advenu de tanl de hautaines prétentions ! Que Ton consulte les annales de la science et Ton y trouvera presque autant de ruines que de systèmes ; et si quelque chose doit nous guérir de la présomption scientifique, c'est, on ne saurait l'oublier, l'histoire même de la science.

Est-ce à dire qu'il faille contester ses résultats sérieux, et proclamer le scepticisme en matière de science, comme les positivistes se plaisent à proclamer le scepticisme en matière de philosophie transcendante et de religion ? Non, ce serait répondre à un excès par un autre excès, à une démence par une démence contraire, à d'odieuses agressions par des représailles non moins odieuses, et, pour tout dire en un mot, à une détestable logique par une autre logique non moins détestable. Mais, de bon compte, que ferions-nous, sinon appliquer leur méthode ? Qu'auraient-ils à répondre qui ne fût une condamnation accablante de leur système ?

Eh bien, non ; nous préférons la synthèse féconde des vérités à l'opposition stérile des erreurs. Quelles que soient les incertitudes, les déceptions et les variations de la science, il est des problèmes qu'elle a résolus pour 'toujours, des mystères où elle a fait pénétrer à jamais le rayon de l'évidence. Cette évidence scientifique, nous ne disons pas qu'elle soit moins certaine que l'évidence philosophique ou religieuse ; non, nous l'avons déjà déclaré et nous ne sau-

rions trop le redire, partout où elle éclate, Tévidence est souveraine ou elle n'est pas. Mais nous nions qu'elle ait une autorité plus imposante que l'évidence du sens commun et de la foi religieuse ; nous nions qu'on puisse revendiquer pour elle un privilège qu'on refuserait aux deux autres. Nous nions qu'on puisse constituer, au profit de quelques savants, une certitude qu'on refuserait à l'affirmation du genrehumain tout entier.

Laissons donc, une fois pour toujes, ces thèses fausses, incomplètes, excessives et désespérées qui ne prouvent rien, parce qu'elles prouvent trop, et dont l'emportement ne sert qu'à entretenir une sophistique parasite, aux dépens de la vérité, de la justice et du bons sens. En toutes choses, sachons démêler le vrai du faux, le certain de Tincertain, le probable du douteux ; et parce qu'il se rencontre des ombres et des nuages, à l'horizon du monde des intelligences, n'allons pas crier, comme des insensés ou des enfants, qu'il n'y a plus de soleil.

Qui ne voit d'ailleurs que la prétention du positivisme est l'injure la plus sanglante qu'on puisse jeter à la raison de l'homme, à la consciences des peuples, atout le passé de notre race? Quoi ! la théorie positiviste, c'est - à - dire, pour parler sans équivoque, l'athéisme le plus formel elle plus radical, serait l'unique vérité, l'unique certitude qui ait jamais paru dans le monde I Seul, il porterait la signature de la science ; seul, il ne serait pas frappé de Tanatbème de

l'erreur! Tout le reste, convictions du génie, inductions do la logique, affirmations du bon sens, verdict du sens moral, foi indéracinable de Thumanité, tout cela n'eût été et ne serait encore qu'un lamentable mensonge I Soixante siècles auraient été enchaînés à Terreur, comme l'esclave des anciens à son instrument de supplice, et à l'heure qu'il est, des millions et encore des millions d'hommes pour qui la foi au surnaturel, la foi au Dieu personnel et vivant, est l'âme même de leur âme, ne vivraient que d'une illusion puérile ou d'un honteux sophisme, et cela aussi fatalement que nous vivons de l'atmosphère qui nous enveloppe? Franchement, quand un système est réduit à dételles extrémités, l'œuvre de la justice est consommée, et ce serait presque à la pitié, ce nous semble, de commencer la sienne.

Il est d'ailleurs un argument qui tranche la question sans réplique. Les positivistes admettent la loi morale ou ce qu'ils appellent la morale indépendante. Bien que leurs principes la renversent de fond en comble ; bien que ses préceptes fléchissent dans bien des endroits de leurs écrits *, cependant, il faut le reconnaître, ils n'osent pas en contester l'autorité et ils tiennent à en proclamer avec nous l'absolu empire. Or, dans le passé, les destinées de la morale se sont identifiées partout et toujours avec celles de la meta-

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