Acies des apôtres
tout notre ôtre dans la souveraine béatitude, l'ascension indéfinie de notre connaissance et de notre amour dans les clartés de l'infini ; — oh ! comme alors notre vie si froide, si décolorée, souvent même si triste et si douloureuse, comme elle se relèverait, dès ici-bas, dans la lumière de son Dieu ! Comme cet univers, si vide, si glacé, si impitoyable, quand il n'est aperçu qu'à travers \â dogme de l'athéisme, comme il retrouverait sa grande vie et sa grande poésie, alors qu'il nous apparaîtrait comme la révélation permanente de la présence du Père que nous avons au ciel ! Gomme l'histoire de notre race, si immorale et si désespérante sous le prisme de la fatalité, comme elle reprendrait son sens, sa moralité, sa haute et sévère justice, alors qu'elle serait conçue comme le début d'un drame qui se déroule ici-bas, sous l'œil d'une Providence vigilante, pour se dénouer dans l'éternité entre les mains d'un incorruptible Juge î Comme notre terre elle-même, où l'athéisme prétend ensevelir, pêle-mêle et à jamais, cette poussière meurtrie et ensanglantée qu'il appelle l'humanité, oh! comme elle reverdirait au soleil de Dieu, comme elle se repeuplerait des visions du ciel, et comme notre existence fugitive, maintenant si pesante et si désolée, serait agrandie et transfigurée, alors que nos âmes seraient emportées, si j'ose le dire, sur l'aile de l'espérance et de la prière, dans un rêve de vie et d'immortalité !
Cette révélation de Dieu par la nature et par l'huma-
nité est d une importance capitale et d'un prix infini. Elle est la manifestation absolument certaine d'un Dieu conscient, libre, personnel, par les œuvres de son intelligence, de sa liberté, de sa personnalité. Elle s'impose à Tespiit avec toute Tautorité d'une souveraine et irrésistible évidence, et il faut se résoudre à en accepter la certitude, ou bien désespérer de toute certitude, soit de l'expérience, soit de la conscience et de la raison.
Cependant l'on peut concevoir de ce monde mystérieux de lAbsolu, de l'Étemel, de l'Infini, une révélation qui pénètre plus avant dans la raison et dans le cœur de l'homme, et donne une satisfaction plus complète à toutes les exigences, je dirai même, à toutes les ambitions de son savoir. Quelle est cette révélation supérieure à toutes celles dont nous avons parié jusqu'ici ? C'est ce qui nous reste à déterminer.
Nous arrivons ici à un point capital du problème qui nous occupe. Après avoir combattu ce qu'il y a de faux dans le Positivisme, il nous reste à en dégager ce qu'il contient de vrai. La logique, avons nous dit en commençant, est l'unique justice des systèmes. Nous ajoutons que la justice est l'unique logique vraiment digne de ce nom. Nous serons donc juste envers le Positivisme et, grâce à Dieu, la justice offre un terrain où tout le monde peut et doit se rencontrer.
« Toute eni'ur, dit Bossuet, est fondée sur quelques
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t tritrs dont on afAt^e, » * et l'histoire de toutes les erreim philosophiques et religieuses n'est que Téclatanie vérification de cette parole. Sauf le scepticisme abvilu qui nVi^t d'ailleurs, fort heureusement, qu'une radicale imp<issibilité, il ne se rencontre pas un syst/nie, pas un seuL si erroné, si incomplet, si exclusif qu'il s^Ht, qui ne retienne certains débris de Térité. L'erreur même, en tant qu'erreur, qu'est-ce sinon l'abus, comme le dit Bossuet, c'est-à-dire, une exagération démesurée ou une mutilation détestable de quelque vérité? Jamais l'esprit humain ne se trompe pour le simple plaisir de se tromper. Jamais, à moins d'ime monstrueuse dépravation, il n'embrasse l'erreur pour l'erreur elle-même. Dans ses plus lamentables égarements, il y a quelque apparence, quelque illusion, quelque sophisme complaisant, quelque ombre rie raison ou de \érilé qui lui en impose.
Ce qui manque à l'esprit que l'erreur abuse, ce n'est I)as une vue quelconque de la vérité; ce qui lui manque, c/ost la mesure exacte et précise de la vérité, considérée, soit en elle-même, soit dans ses rapports avec d'autres vérités. Préciserla mesure de la vérité, n'en exclure, n'en iriutileretn'en exagérer aucune ; déterminer la place, le rang, le rapport exact de chacune ; corriger et redresser les rapports faussés, altérés ou renversés; (lét(M*inincr sans passion, sans préjugé, sans parti pris,