XX OPPORTUNITÉ ET OBJET PRÉCIS
nous ayons à justifier la condamnation, c'est le libéralisme qui envahit la sphère des intérêts religieux, celui qui tend à séparer l'Eglise de TEtat, et qui voit dans cette séparation l'idéal des rapports à établir désormais entre la société spirituelle et la société temporelle.
Parmi les hommes de bonne foi qui soutiennent cette doctrine, il en est de deux sortes :
Les uns sont étrangers à TEglise , mais n'éprouvent cependant contre elle aucune malveillance. Ils reconnaissent les services qu'elle a rendus aux sociétés du passé, et ils seraient heureux qu'elle pût également favoriser de son influence le progrès des sociétés de l'avenir. Mais pour eux, c'est une chose démontrée que l'humanité, arrivée à l'âge viril, ne peut plus, et ne doit plus, sous peine de forfaire à sa dignité, accepter aucune tutelle. Ils voudraient que l'Eglise prît son parti de cet état de choses, et que, renonçant de bonne grâce à son autorité, elle se contentât de revendiquer , pour sa doctrine, la liberté due à toutes les opinions. A leurs yeux, cette abdication est en ce moment pour le catholicisme une question de vie ou de mort, et comme ils voient l'Eglise repousser la capitulation qu'on lui propose, ils lui
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déclarent, avec douleur, qu'elle se condamne à la mort.
A côté d'eux, dans le camp du libéralisme, sont les catholiques dont nous parlions naguère, qui ont donné à TEglise, et qui lui donnent encore chaque jour des preuves éclatantes de leur dévouement. C'est assez dire qu'ils ne partagent pas à son sujet les tristes pronostics des libéraux non catholiques; et pourtant ils sont, comme ceux-ci, fermement persuadés qu'une mutuelle indépendance est le seul idéal que l'Eglise puisse poursuivre dans ses rapports avec les sociétés adultes de Favenir.
Telles sont les deux classes de libéraux auxquelles nous adressons spécialement cet ouvrage. Fermement persuadés qu'ils se trompent, nous le leur dirons avec franchise; mais, très-disposé à les croire sincères, nous ne leur parlerons jamais d'autre langage que celui de la bienveillance et du respect. Qu'ils veuillent bien croire à notre sincérité comme nous croyons à la leur; et lors même que nous ne réussirions pas à les convaincre, ils ne pourront que nous savoir gré de leur offrir l'unique solution qui nous paraisse pouvoir résoudre un problème dont la gravité