XXII OPPORTUNITÉ ET OBJET PRÉCIS
les affecte, sans doute, aussi douloureusement que nous.' Car tous ceux d'entre eux qui sont de bonne foi ne peuvent manquer de souffrir de l'opposition qu'ils s'imaginent trouver entre la doctrine de l'Eglise et l'intérêt légitime de la société. Impossible que les catholiques libéraux, si pénétrés qu'ils soient de la vérité de leur doctrine, ne soient pas troublés au fond de leur âme par les condamnations réitérées dont elle aétél'objet. Impossible, d'un autre côté, que les libéraux non catholiques, s'ils sont animés d'un dévouement sincère pour la société, ne regrettent pas vivement les conflits qui tendent à la priver du plus précieux élément de progrès moral.
Les uns et les autres doivent donc prendre en bonne part la démonstration que nous allons leur fournir de la [fausseté du préjugé qui leur est commun.
En combattant ce préjugé, nous ne cesserons de nous appuyer sur leurs meilleures tendances. Les catholiques libéraux sont persuadés que la doctrine de l'Eglise ne saurait être contraire à aucune des formes légitimes delà société civile, non plus qu'à aucun de ses vrais progrès. Cette persuasion est parfaitement vraie, et loin de la com-
DE LA PRÉSENTE DISCUSSION xxrn
battre, nous l'appuierons sur les preuves les plus certaines. Les libéraux non catholiques repoussent toute entrave qui s'opposerait au développement de la société et à la liberté de ses membres. Qu'ils veuillent bien nous lire, et ils verront que nous sommes, en cela, pleinement d'accord avec eux.
Si nous les combattons, c'est uniquement pour les mettre d'accord avec eux-mêmes.
Aux uns et aux autres, en effet, il nous sera facile de prouver qu'ils ne peuvent, sans se contredire, soutenir le principe du libéralisme, également contraire à la foi catholique et à l'intérêt social. Loin donc que leur dévouement envers la société moderne puisse être pour eux un motif de répudier l'enseignement de l'Eglise, nous leur ferons trouver, dans ce dévouement même, un motif péremptoire d'embrasser ces enseignements, d'adhérer aux sentences déjà portées par les pasteurs de l'Eglise, et d'accepter d'avance celles qu'ils pourraient porter à l'avenir.