Traité des trois Empereurs. (N
ROFiTAM' du refroidissement entre l'Allemagne et la Russie causé par la colère que manifestait la presse russe de la médiocrité des résultats obtenus par le gouvernement russe au Congrès de Berlin, Bismarck signa secrètement le 7 octobre 1879 avec l'Autriche une alliance qui était surtout dirigée contre la Russie. A ce moment, un nouvel ambassadeur russe, P. Sabouroff, arrivait à Berlin. 11 était très convaincu de l'avantage pour la Russie de s'entendre avec l'Allemagne et venait proposer à Bismarck une alliance russo-allemande. Elle ne pouvait naturellement être dirigée que contre l'Autriche. Bismarck lui répondit qu'il désirait au contraire réconcilier ces deux puissances et mit en avant l'idée d'une alliance à trois (( pour creuser un fossé entre l'Autriche et les puissances occidentales ». Le gouvernement du Tsar accepta cette proposition, mais l'Autriche fit beaucoup de difficultés pour se laisser convaincre.
Finalement les négociations aboutirent au texte suivant qui ne contenait guère que des obligations imposées à la Russie sans qu'elle obtînt des avantages correspondants. On avait toujours dit que ce
traité ne liait les mains de la Russie que si nous attaquions l'Allemagne : on remarquera que c'était faux. Quant à l'Allemagne, elle ne se liait les mains €n réalité que pour le cas d'une guerre anglo-russe !
1. Dans le cas où l'une des Hautes Parties contractantes ferait la guerre avec une quatrième grande puissance, les deux autres garderont une neutralité bienveillante à son égard ot emploieront tous leurs efforts à abréger le conflit. Cet accord s'étendra aussi au cas d'une f»uerre entre Tune des trois Puissances et la Turquie, mais seulement dans le cas où un accord préalable aurait été conclu entre les Irois Puissances au sujet des résultats de cette guerre.
2. La Russie, en plein accord avec l'Allemagne, déclare sa ferme résolution de prendre en considération les intérêts de l'Autricheïlongrie qui découlent de sa nouvelle situation, affermie par le traité de Berlin. Les trois Puissances, désireuses d'éviter tout ce qui pourrait susciter de la discorde entre elles, s'engagent à prendre en considération leurs intérêts réciproques dans la presqu'île des Balkans. Elles se promettent que de nouveaux changements dans le statu quo territorial de la Turquie d'Europe ne pourront être introduits que de leur consentement réciproque. Pour faciliter
cet accord dont il est fort difficile de prévoir les détails, les trois Puissances ratifient dès maintenant, dans un protocole annexé au traité, les points sur lesquels elles se sont déjà mises d'accord.
3. Les trois Puissances reconnaissent l'importance européenne delà fermeture des détroits du Bosphore et des Dardanelles établie par les traités... Elles veilleront en commun à ce que la Turquie ne fasse point d'exclusions à cette règle en cédant à un belligérant pour des opérations de guerre la partie de son empire où se trouvent les détroits. En cas de violation ou pour prévenir une violation possible, les trois Puissances préviendront la Turquie que dans ce cas elles la considéreront comme s'étant déclarée en état de guerre à l'égard de la Puissance à laquelle elle portera ce préjudice et que par suite elle sera privée des avantages de la sécurité du statu quo territorial établi à son profit dans le traité de Berlin.
l\. La présente convention durera trois ans à partir de l'échange des ratifications.
5. Les Hautes Parties contractantes se promettent réciproquement de tenir secret, non seulement le contenu du présent traité, mais même son existence ainsi que celle du protocole annexe.
6. Les conventions secrètes conclues entre l'Allemagne et la Russie et entre l'Autriche- Hongrie et la Russie en iS-S sont remplacées par le présent traité.