Compensations offertes à la Grèce. (N
I. OJfre de r Albanie méridionale. Le 22 novembre 191 4, les envoyés de Russie, d'Angle-
terre et de France à Athènes pioposèrent au Gouvernement grec la partie méridionale de l'Albanie (à l'exclusion de Vallona) si elle aidait immédiatement la Serbie. Pour agir immédiatement, Venizelos exigea « une ferme garantie de la Roumanie » contre une attaque bulgare. Cette garantie n'ayant pas été donnée, la Grèce n'aida pas la Serbie, et la proposition tomba.
2. Offre à la Grèce d'un territoire en Asie Mineure. Le 12 janvier 191 5, l'envoyé anglais à Athènes, d'ordre de son gouvernement, déclara à Venizelos que si la Grèce, au moment d'une nouvelle attaque de l'Allemagne contre la Serbie, secourait cette dernière, les Gouvernements ;( reconnaîtraient à la Grèce d'importantes acquisitions territoriales sur la côte de l'Asie Mineure ». Le 1 5 janvier 1916, les envoyés grecs à Petrograd, Paris et Londres, remirent la réponse du Gouvernement grec à la proposi lion anglaise : elle contenait une série de conditions. Le 20 janvier 1915, Venizelos, dans une conversation avec l'envoyé anglais, indiqua plus nettement les desiderata du Gouvernement grec en Asie Mineure. Ces pourparlers furent retardés par d'autres au sujet de l'entrée de la Bulgarie dans l'Entente (ce qui était une des conditions grecques) et furent intcr-
rompus par la démission de Yenizelos le 2 1 février 1910.
Le 9 mars 19 15, le ministre des affaires étrangères grec Zographos remit aux trois envoyés à Athènes une note dans laquelle le Cabinet Gounaris exprimait le désir de reprendre les pourparlers interrompus par le départ de Venizelos. Le 3o mars, les envoyés des puissances de l'Entente répondirent en déclarant que les Gouvernements russe, anglais et français étaient prêts à garantira la Grèce des acquisitions dans le vilayet d'Aïdin, si elle attaquait la Turquie. Ils ajoutèrent verbalement que la proposition deviendrait nulle si la Grèce ne s'engageait pas à attaquer immédiatement. Le Cabinet Gounaris répondit le 1" avril 191 5 [qu'il était prêt à attaquer, mais seulement après que les puissances de l'Entente se seraient préparées à agir contre la Turquie conjointement avec les armées grecques. De plus, il était exigé une garantie formelle de l'intégrité de la Grèce (y compris l'Epire septentrionale et les îles) pour la durée de la guerre et pour une certaine période ensuite- Les acquisitions territoriales de la Grèce en Asie Mineure et dans d'autres lieux devaient être l'objet de négociations postérieures. Les pourparlers ne furent pas renouvelés pendant
un mois et le i''' mai le ministre des affaires étrangères grec déclara que les Puissances de l'Entente n'ayant évidemment pas l'intention de garantir l'intégrité territoriale de la Grèce, le Cabinet Gounaris prenait la résolution de garder désormais la neutralité.
3. La question de la cession de Kavalla par les Grecs. Le 20 janvier igiô, Venizelos chargea l'envoyé anglais à Athènes d'avertir Grey que, d'accord avec le Roi, il consentait à céder Kavalla aux Bulgares sous condition que la Bulgarie s'allierait à l'Entente. Après le départ de Venizelos, les vues du Gouvernement grec au sujet de la cession de Kavalla changèrent et dans une note du 18 mai igiô, il protesta contre la déclaration que firent le 16 mai les trois envoyés de l'Entente à Sofia à Radoslavov au sujet du consentement de leurs gouvernements à employer tous leurs efforts pour assurer à la Bulgarie la cession de Kavalla. Il ne fut pas répondu à cette protestation.
Le 21 juillet 1915, les envoyés de Russie, d'Angleterre, de France et d'Italie communiquèrent au ministre grec des affaires étrangères la partie de la déclaration faite simultanément par l'envoyé britannique à Sofia, qui concernait la question de la remise de Kavalla avec son hinterland aux Bulgares. Les dimen-
sions de cet hinlerland devaient dépendre de rétendue des acquisitions grecques en Asie Mineure. Le 3o juillet, le Gouvernement grec présenta une nouvelle note protestant contre la remise de Kavalla aux Bulgares.
[\. La question de la cession du cercle de Doiran par la Serbie à la Grèce. Dans une conversation avec l'envoyé serbe à Athènes, le 8 septembre iQiS, Venizelos exigea que dans le cas oii la Grèce aiderait la Serbie, cette dernière lui cède le cercle de Doiran-Guevgheli, et en cas de succès contre les Bulgares n'élève pas de prétentions sur Stroumitza. Le ii septembre 1915, le Gouvernement serbe consentit à la cession de Doiran en cas de guerre heureuse et prit aussi l'engagement demandé en ce qui concerne Stroumitza.
Après la retraite de Venizelos, la Grèce conservant la neutralité en octobre 1 9 1 5. on souleva la question de l'occupation par les Grecs du cercle de Doiran après son évacuation par les Serbes. Cette occupation ne fut pas réalisée par suite de la répugnance de la Grèce à se mêler à la guerre serbo-bulgare et le 11 octobre 191 5, le roi de Grèce déclara que le bruit d'une intention de la Grèce d'occuper Monastir, Guevgheli et Doiran, ou quelque portion que ce fut du territoire serbe, était dépourvu de tout fonde-
ment, et que la Grèce continuerait à se considérer comme l'alliée de la Serbie.
5. Offre de Vile de Chypre à la Grèce. Le 7 octobre igiS, l'envoyé britannique à Athènes déclara au ministre des affaires étrangères grec que l'Angleterre était prête à céder à la Grèce l'île de Chypre si elle marchait immédiatement avec toute son armée au secours de la Serbie. Le 12 octobre igiô, le gouvernement anglais déclara qu'il considérait cette proposition comme devenue caduque, la Grèce n'ayant pas le désir d'aller au secours de la Serbie.
" 6. Engagements des Puissances de r Entente au sujet de Salonique. Le 10 novembre igiS, les envoyés des Puissances de l'Entente firent une démarche en raison de l'occupation de Salonique et de ses environs par les armées alliées. Dans leur note, les Puissances prenaient l'obligation de restituer tous les territoires occupés et d'indemniser pour toutes les pertes causées par leur occupation. Le Gouvernement grec prit acte de cette déclaration dans la noté par laquelle il y répondit le 11 novembre 191 5. 7. Situation de lEpire septentrionale. L'anarchie augmentant en Epire, Yenizelos, au commencement d'octobre igi/i, demanda l'intervention du Cabinet de Londres pour ménager entre la Grèce et Rome des pouipar-
lers pour rétablissement par les armées grecques d'une police surveillant l'Epire septentrionale, sans qu'il fut préjugé par là du sort de ces localités. L'Italie obtiendrait la même surveillance dans la région de Vallona. Le Gouvernement italien y donna son consentement. Le i4 octobre, les troupes grecques procédèrent à l'occupation de Santi-Quaranta, Premeti et Argirokaslro.
Le i/i février 19 15, les envoyés des trois Puissances de l'Entente firent une démarche à Athènes pour mettre en garde contre de nouveaux empiétements en Albanie. Venizelos leur assura qu'il n'avait pas l'intention de procéder à des empiétements quels qu'ils fussent. En mai igiS, les troupes grecques occupèrent 18 villages au nord-ouest de Korfou.
L'apparition de bandes albanaises à Béral en février 19 16 provoqua la présentation le 26 février 19 16 par les quatre envoyés des Puissances de l'Entente à Athènes d'une protestation contre la formation de ces bandes dans la zone de contrôle militaire grec et contre leur recrutement parmi les Grecs locaux. Dans sa note en réponse, le Gouvernement grec déclara que des bandes ne s'organisent pas dans le rayon d'occupation grecque, et que dans les bandes opérant à Bérat et qui
se composent de 1.600 Mirdites, il n'y a pas un seul Grec.
Le 7 mars 1916, le Président du Conseil des ministres grecs Skouloudis, répondant à une question du député Spiromilo au sujet de l'Epire septentrionale, exprima sa conviction que (( l'Epire septentrionale dans ses limites actuelles constitue dès maintenant une partie inséparable du royaume de Grèce. » Avant cela, en février 19 16, le Gouvernement grec avait nommé en Epire deux préfets à Argyrokastro et à Korfou, les substituant aux autorités militaires d'occupation, et à l'ouverture de la nouvelle Chambre grecque, le 11 janvier 1916, il avait admis à siéger les députés de l'Epire. Contre ces actes [du Gouvernement grec ayant pour but de réunir l'Epire à la Grèce, les envoyés des quatre Puissances de l'Entente présentèrent le i3 mars 1916 une protestation montrant l'incompatibilité de ces mesures avec les déclarations solennelles contenues dans la note grecque du 3o septembre/1 3 octobre 19 1 4-
Dans sa réponse du 16 mars 1916, le Gouvernement hellénique déclara qu'il ne perd pas de vue ses assurances de 19 14 et qu'il a seulement considéré comme nécessaire de remplacer en Epire par une administration
civile conforme auv lois générales du royaume, l'administration militaire qui ne répond pas à l'esprit libéral des Grecs. Le même jour, les envoyés des quatre Puissances présentèrent au Gouvernement grec une nouvelle note dans laquelle ils exigeaient des explications au sujet du désaccord entre l'admission des députés grecs de l'Epire septentrionale et les assurances qui avaient été données à ce sujet par les Cabinets Gounaris et Yenizelos en août igiS. Dans une note du i8 mars 1916, le Cabinet Skouloudis répondit que la cause de cette participation des députés de l'Epire était la nécessité de dépenses pour l'administration de l'Epire, couverte par des impôts de la population locale, ce qui nécessitait de lui fournir un droit de contrôle à leur sujet.