Illégalité commise par le Tsar. ÇS
NICOLAS II et la famille impériale avaient de la peine à se défaire des habitudes autocratiques. En dehors de toute intervention ministérielle, le prince Alexandre d'Oldenbourg, chef des services sanitaires et d'évacuation, fit signer au Tsar l'ordre de débourser immédiatement 5 millions de roubles
et d'effectuer des paiements semblables ensuite, pour faire recueillir, préparer et cultiver les plantes pharmaceutiques dans l'Empire et pour développer la production chimico-pharmaceutique. Le prince communiqua l'ordre au ministre le i^'juin 1916. Le 7 juin, le Conseil des ministres décida d'en suspendre l'exécution parce qu'il n'avait pas été informé au préalable. Le t2 juin, le prince fît savoir que le 10, l'ordre avait été effectivement donné. Le Conseil des ministres protesta alors de nouveau en disant que « la communication faite sous cette forme par le prince le privait de la possibilité d'examiner les crédits demandés pour les besoins sanitaires tant au point de vue de leur légitimité que de leur montant >).
36. — La France demande Tintervention de la Roumanie, 12 25 juin 1916. (N° i3).
IE ministre des affaires étrangères n'étant J pas revenu de Tsarskoe Selo à cause du dimanche, l'ambassadeur de France rendit visite au baron Schilling et dès les premiers înots lui déclara que le Gouvernement de la République lui avait demandé d'insister de la façon la plus vive auprès du Gouvernement russe pour le transport du matériel destiné à la Roumanie qui se trouvait à Arkhangel et à
Vladivostok. Il expliqua qu'en France on désirait ardemment l'entrée en ligne de la Roumanie le plus tôt possible, et que comme Bratiano pour justifier de nouveaux retards alléguait la non-réception du m.atériel de guerre indispensable qui devait être transporté à travers la Russie, M. Briand considère comme nécessaire d'enlever au président du Conseil des ministres roumains la possibilité d'invoquer ce prétexte. M. Paléologue exprima le désir du Gouvernement français dans une lettre privée au ministre des affaires étrangères ; il demanda qu'elle lui lut transmise le jour même et exprima l'espoir que le ministre, après rapport du général Alekséev, considérerait comme possible de donner une réponse entièrement favorable. Dans le cas contraire, l'ambassadeur a l'intention de solliciter une audience de S. M. pour lui demander d'intervenir personnellement dans cette affaire à laquelle le Gouvernement français attache une grande importance.
Le baron Schilling dit que la lettre pour le ministre partirait le jour même et qu'il ne se jugeait pas autorisé à rien de plus officiellement sur ce sujet. Néanmoins il se déclara prêt, sur la demande de l'ambassadeur, à exposer d'une façon absolument privée sa pen-
sée personnelle. Sans nier que le transport du matériel rounriain soit en partie retardé par suite des sentiments de méfiance à l'égard de la Roumanie, indéniables chez les autorités militaires et civiles russes, le baron Schilling rappela que ce retard s'expliquait aussi par les difficultés matérielles avec lesquelles on savait que nous avions à lutter sur nos chemins de fer. Par suite, si le Gouvernement français accorde une telle importance au transport du matériel roumain, il devrait le faciliter en donnant satisfaction à la demande que nous lui avons faite de mille puissantes locomotives belges et aussi décider la Roumanie à accom-s plir nos demandes au sujet du matériel roulant autrichien de la Bukovine. Au contraire, des déclarations à Bucarest telles que celles qui viennent d'être prescrites à Blondel (télégramme de Paris, n° 433) peuvent plutôt avoir des conséquences négatives, car plus les Alliés exhorteront la Roumanie à attaquer, plus ceux-ci penseront que nous en avons extrêmement besoin et que par conséquent il serait plus avantageux pour les Roumains de traîner en longueur, exigeant toujours un plus grand prix pour sa coopération armée. Personne, dit le baron Schilling, n'apprécie davantage que nous l'importance de l'entrée en ligne de la
Roumanie. Son armée soutiendrait immédiatement notre flanc gauche et par conséquent on peut être convaincu que la Russie est plus disposée que personne à faire ce qui sera nécessaire pour la décider. Mais cela suppose une condition indispensable, à savoir que l'attaque roumaine sera faite en temps voulu. Si les Roumains attaquaient maintenant ou tout au moins dans les semaines qui vont suivre, leur coopération aurait pour nous un grand prix. Mais si leur attaque devait avoir lieu seulement quand l'écrasement de l'Autriche aura été assuré par nos victoires et nos ♦sacrifices, elle serait non seulement superflue, mais même indésirable, car elle serait liée au paiement d'un compte sans objet. Nous ne voulons qu'une offensive roumaine utile pour nous, tandis qu'en France vous êtes prêts à favoriser toute intervention de sa part, quelles que soient les circonstances et quelle qu'en soit l'époque.
M. Paléologue ne nia pas qu'il y ait quelque différence entre les points de vue russe et français au sujet de loft'ensive roumaine, mais justifia la nervosité manifestée sur ce sujet par le Gouvernement français par « la fatigue inévitable qui commence à se remarquer chez le peuple français ». L'ambassadeur l'expliqua
par les énormes pertes subies dans les derniers temps. D'après lui, la défense de Verdun aurait coûté à la France jusqu'à présent Sio.ooo hommes, et quoique l'adversaire ait perdu de son côté sous les murs de cette forteresse 45o.ooo hommes, la perte de l'armée française est particulièrement sensible à cause de la faiblesse relative de la population française.
Vers 5 heures, l'ambassadeur de France ayant appelé le baron Schilling au téléphone, lui dit qu'il serait très désirable de se hâter de décerner à la ville de Verdun la croix de Saint-George qu'on se proposait de lui accorder, car il avait reçu des renseignements lui faisant considérer la chute de la forteresse comme possible dans les circonstances actuelles. M. Paléologue pria de transmettre cette demande au ministre des affaires étrangères.