SCÈNE IV
Berthe, venant de la gauche^ HéiJ.ne, assise et travaillaat^ Tristan.
Beiithe {entrant en rêvant et apercevant Tristan) Ah ! Tristîiii ! ... (.4 part.) Ce ([ue vient de me dire ma grand'mère est bien singulier. {Levant la tête,) Bali ! . . . essayons ! . . .
Tristan (allant à Berthe et prenant le milieu du théâtre). Quelle rencontre ! . . . moi qui avais une confidence à te faire !
Berthe. Et moi qui te cherchais pour te parler en secret.
HÉLÈNE {emportant sa robe). Je m'en vais, alors.
Berthe. Reste ! . . . toi, c'est nous ! ^
Tristan. A moins que cela ne te gêne?
Berthe. Et ne t'empêche de travailler?
HÉLÈNE. Moi? nullement, je n'écoute pas! {A pari et se rasseyant.) Qu'est-ce que cela peut être ?
Tristan {hésitant). Sais-tu, petite cousine . . . que, depuis un an, tu es bien embellie !
Berthe {de même). Sais-tu, petit cousin, que, depuis un an, tu as beaucoup gagné, comme esprit et comme manières !
Tristan. Tu crois ? . i .
Berthe. Certainement.
Tristan {haussant les épaules). Allons donc!^^ Berthe. Je le demande à Hélène.
Tristan. Moi aussi.
HÉLÈNE {toujours travaillant). Je n'ai pas regardé . • • Tristan. C'est aimable ! . . .
Berthe. Aussi, tu ne seras jamais embarrassé pour te marier !
Tristan. Et toi . . . avec ta fortune et ta jolie figure, les beaux partis ne te manqueront certes pas ! Berthe. Ah ! ni à toi non plus !
HÉLÈNE {cessant de coudre et les regardant tous deux). Ah ça! vous aviez des confidences à vous faire et vous ne vous faites que des compliments.
Bekthe, Tu trouves ! . . . (^EUe va asseoir près du bureau à gauche,)
HÉLÈNE. Ça eu a lairî
Tristan. C'est vrai. {Apres un instant de silejwei s" approchant de Berthe.) Berthe! . . . Berthe. Tristan ? . . .
Tristan. Est-ce que tu n'as pas causé tout h l'heure d^Tis le saloD, en tête-à-tête avec grand'mere ?
Berthe. 0\n ! Et toi ? est-ce que mon oncle ne t'a pas pris sous le bras pour te faire part d'un projet ?
Tristan. Oui ! ... eh bien ! petite cousine, que pensestu de ce projet?
Berthe. Petit cousin !.. .qu'en penses-tu toi-même?
Tristan {hésitant). Je pense ...
Bekthe {se levant avec crainte). Eli bien ? . . .
Tristan. Je pense que tu es la plus charmante créatiire du monde, que l'homme que tu choisiras . . . sera le plus heureux homnie de hi terre ... et j'ai répondu à mon père que je rendrais grâces au ciel, toute ma vie, d'avoir une sœur comme toi !
Berthe {avec joie). Une sœur ! . . . une sœur î . . mais tu ne m'aimes donc pas ? ... tu ne veux donc pas de moi ?
Tristan. Oh ! je ne dis pas !
Berthe. Oh! ne t'embarrasse pas pour me le dire, val je suis si contente, si heureuse !
Tristan {avec joie). Tu ne m'aimes donc pas non plus î
Berthk {de même). Mais non ! quel bonheur!
HÉLÈNE {à part). Ils sont charmants!
Tristan. Et mon père . . . qui m'assurait que tu ne pensais qu'à moi î
Berthe. Et grand'mère qid me disait que je te faisais perdre la tête ! Je déclare à grand'mère que, pour rien au monde, je ne serai ta femme !
Tristan. Je déclare à mon père que j'aimerais mieux mourir que d'être ton mari !
Berthe. Tiens ! je t'aime de tout mon cœur !
Tristan. Et moi, je t'adore î Ils nous disent de nous entendre. {Lui fendant la main). Eh bien î nous nous entendons Hélène en est témoin.
HÉLÈNE. Je Tattesterai.
Tristan (d\m sérieux comique^ h Berthe). Un mot; s'il vous plaît? Pourquoi, vous qui vautiez si haut mon esprit et mes manières, refusez-vous un cavalier aussi accompli ?
Berthe. J'aimerais mieux ne pas le dire. Tristan. Et moi, je tiens à le savoir.^^ Berthe. Je le refuse, ce cavalier si charmant . . . Tristan. Fai'ce qu'un autre vous paraît plus charmant encore ? . . .
Berthe. Allons donc! est-ce que c'est possible? • • • Tristan. Pourquoi alors ?
Berthe {à demi voix). Tais-toi !
Tristan (insistant). Pourquoi?
Berthe (à demi voix, jetant les yeux du côté d'Hélène gui leur tourne le dos). Parce que je voulais qu'il choisît une femme qui vaut bien mieux que moi . . . une femme que j'aime plus que tout au monde.
Hélène (à part), O ciel!
Tristan (avec chaleur). Parle . . . achève? . . . HÉLÈNE (se levant vivement), La robe est finie I Berthe. Ce n'est pas vrai . . .
Tristan. Non ! . . . non ! . . . elle n'est pas finie ! HÉLÈNE (à Berthe), Vois plutôt! . . . Berthe (passant près d'elle). Je vois ... je vois que ceci est encore à coudre . . .
HÉLÈNE. Parce qu'il faut l'essayer d'abord. Berthe. Nous avons le temps.
HÉLÈNE (la faisant passer devant elle). Et s'il faut y retoucher ? . . . s'il faut y refaire ? . . .
Berthe. O mon Dieu ! que tu es exigeante ... Eh bien ! soit . . . donne ... et dépêchons-nous . . . nous reve nous à l'instant . . . (Elle s'élance, en tenant la robe, dans la chambre à droite. — Hélène veut la suivre, 2'ristan la retient,)