SCÈNE IX
Le Comtr, debmt à gauche^ Hélène, paraissant à la porte au fond, La Comtesse, assise à droite p)C3 du guéridon,
HÉLÈNE {tenant une lettre à la main). Madame de Treinazaii, notre cousine, m'apprend, mon oncle, que vous ne. voulez plus me garder auprès de vous.
Le Comte. Je n'ai pas dit cela.
HÉLÈNE. Voici sa lettre.
Le Comte {à part). Quelle indiscrétion!
HÉLÈNE. Vous lai demandiez pour moi un asile . . qu'elle ne peut m'accorJ.er . . . mais une de ses amies, la riche lady Evendaie, qui habite Edimbourg, cherche une demoiselle de compagnie ; qui soit Française . . . elle me propose cette place.
La Comtesse {avec indignation). Une Lesneven !
Le Comte. Quelle indignité !
La Comtesse {se levant). Soyez sûre, Hélène, que malgré cette lettre, que je regrette . . . vous avez toujours ici . . . un asile et une mère.
HÉLÈNE. Une mère ! . . . Oh ! merci de cette parole, ma tante, elle me fait du bien . . . {Avec effort,) Mais <j m quant à cet asile . . . c'en est fait . . il n'est plus le y mien.
Le Comte. Que dites-vous ?
HÉLÈNE. Que je ne gênerai plus personne ! . . . que je ne serai plus un fardeau pour personne, car je quitte cette maison pour n'y plus revenir.
Le Comte. Partir en Ecosge ! . . .
La Comtesse. Près de lady Evendaie, vous !
Hélène {avec dignité). Non, madame, rassurez-vous.
Le Comte. Près de qui alors vivrez-vous ?
Hélène. Je vivrai seule.
La Comtesse. A votre âge?
HÉLÈNE. J'ai vingt-deux ans, ma tante !
Le Comte. Sans fortune ! . . .
HÉLÈNE. J'ai les diamants de ma mère.
La Comtesse. Avec votre nom !
HÉLÀNE Je n*y manquerai jamais ! ^
La Comtesse. Non, c'est impossible ... et je vous défends . . .
HÉLÈNE. Vous me défendez . . .
La Comtesse. Oui ! je vous défeuds de partir ... au nom de ce que j'ai fait pour vous !
HÉLÈNE {avec vivacité). Eh! ne voyez-vous pas, que c'est par respect pour ces bienfaits même que je pars ? que c'est par reconnaissance . . . par tendresse . . . (Mouve" ment àe la comtesse.) Ali î vous m'aimez encore aiijourd'hin!...il ne s'est rien dit, entre nous, d'irréparable! Mais si je restais . . . chaque jour ma présence vous deviendrait plus pesante . . . chaque jour vos paroles deviendraient plus amères . . . vous gâteriez vos bienfaits ... et moi, je les oublierais, peut-être! . . . Non! non! séparonsnous . . . quand le souvenir de tout ce que je vous dois est encore pur et vivant dans notre âme . . . quittons-nous, quand nous pleurons encore de nous quitter ! . . . Adieu 1 (JiJUe va pour sortir.)