‹ Les doigts de fée; comédie en cinq actes (volume 2)Chapitre 17 sur 68 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

Beuthe, TiiîSTAN et Richard, entrant par le fond.

Berthe. Venez, venez, arrêtons-la !

Le Comte et La Comtesse. Monsieur Richard !

Hélène. Tristan !

Berthe. Oui, monsieur Richard, Tristan, que j aï amenés ici, à qui j'ai raconté cette odieuse lettre ... Ils empêcheront Hélène de s'éloigner , , , {A IVistan.) N'estce pas ?

Tristan. Non ! . . . {Descendant en s:ène.) Hélène a raison !

. J^ERTHE. Raison ! . . .

Tristan. Oui ! elle a raison de partii î Le Comte. Mon fils !.. .

Tristan. C'est comme votre fils que je parle, mon père . . . c'est comme héritier de votre nom ... et je dis qu'elle ... qui porte ce même nom . . . ne peut pas ... ne doit pas accepter des bienfaits qui gênent . . . une hospi-

talith qui pèse ... et qu'elle ne peut pas rester ici ... à moins d y rester . . . non plus comme une iniërieure, ou nue obligée, mais comme notre égale à tous . . . comme maîtresse ainsi que nous tous . . . comme votre fille . . enfin comme ma femme . . . (// passe auprès d'Hélène,)

Tous. Sa femme ! . . .

Richard, l^ravo!

Le Comte. Mon fils ! onbliez-vous . .

Tristan. Oh ! je sais bien . . . que je ne peux pas répouser sans voti'e consentement ... et je ne le voudrais pas . . . elle ne le voudi-ait pas elle-même . . . mais pourquoi me la refuseriez-vous ?

Le Comte. Pourquoi ? . . .

Tristan. Oui ! ne vouliez-vous pas me marier k Berthe?

Bkrthe. C'est vrai!

Tristan. Eh bien ! . . . n'est-elle pas ma cousine comme Berthe ?

Richard (bas), Bra ... a ... vo !.. .

Tristan. N'est elle pa«i noble comme Berthe ?

Richard (bas). Bra . . . a . . . avo ! . . .

Tristan. N'est-elle pas belle comme Berthe?

Berthe. Mille fois plus !

Richard. Pas . . . as . . . mille fois!

Tristan. Que lui raanque-t-il ? . . . elle n'est pas riche ? Ah ! Dieu merci ... ce mot-là n'a jamais compté pour vous ... et c'est l'honneur de la noblesse de ne })as demander à quelqu'un ce qu'il a . . . mais ce qu'il est . . .

La Comtesse. Tristan . . . n'oublie pas . . .

Tristan (allant à la comtesse). Pas encoi*e î pas encore ! . . . grand'mëre . . . laissez-moi dire ce que j'ai dans le cœur! . . . car je le sens, c'est toute ma vie qui se décide en ce moment. Vous m'aimez comme une Lesneven doit aimer . . . avec grandeur ! pour que je sois digne de mou nom ! . . . Eh bien ! . . . c'est k votre réponse à décider ! . . je vous l'ai dit ! ... Je suis également propre peut-êti'e au bien et au mal ... Si vous me refusez Hélène, je suis perdu . . . tout ce que j'ai de généreux ... de supérieur . . . peut-être . . . s'en sa, se flétrit . . . (Avec passion.) Mais si vous me l'accordez . . .

HÉLÈNE. Tristan ! do grâce! . . .

Tristan {avec tendresse). Oh! tais-toî aussi! . . . taîstoi ! . . . ou plutôt ne réponds que quand tu m'auras entendu .. . compris . . . (^Lid prenant la main avec tendresse,) Oh ! chère compagne de mon enfance, tu ne sais donc pas . . . que jeune homme, au milieu des plaisirs de Paris et des folies de mon âge . ta seule image suffisait poui' m'a prêter au milieu de rnos égarements.

HÉLÈNE. Tristan ! . . . Tristan ! . . .

Tristan. Tu ne sais donc pas que quand je suis ici, près de toi ... te tenant la main ... le seul son de ta voix, la seule lumière de ton regard . . . me transforme, me métamorphose . . . Oui ! ... ce que je viens de dire) est vrai ! . . . ma vie dépend de toi . . . Veux-tu que je sois quelque chose ? ... je le serai . . . veux-tu que je relève notre nom ? . . . je le relèverai ! veux-tu mon âme . . . veux-tu ma vie, chère Hélène, veux-tu être à moi ? , . •

Le Comte. E«t-ce tout, enfin ... ?

La Comtesse {avec colère). Laissez parler Hélène . . car il paraît que nous ne sommes plus rien dans cette maison.

Le Comte {avec dépit). Voyons, Hélène . . . répondez ! . . . puisque vous êtes l'arbitre de la famille.

Berthe {bas à Hélène). Dis oui ! dis oui !

HÉLÈNE. Je vais répondre, mon oncle ! {A Tristan,) Cher Tristan . . . Fémotion que m'ont causée tes paroles . . . je ne peux te le^dire ... tu ne le sauras jamais ...

Tristan. Mais . . .

HÉLÈNE. Mais je ne puis accepter! . . .

Tristan. Eh! pourquoi? grand Dieu !^

HÉLÈNE. Pourquoi? Tu m'arraches un secret pénible .. . mais je dois ce retour à ta confiance I

Tristan. Ce secret, quel est-il ... ?

HÉLÈNE {avec émotion). C'est . . . c'est que . . . j'aime quelqu'un ...

, Tristan {tombant dam un fauteuil à droite). Ciel!

RicuARD {bas à Hélène). Comment? Qu'osez- voua dire?

HÉLÈNE (bas). Silence, de grâce I Hi eu \Rr> {à part). Brave cœur!

HÉLÈNE {après un effort et s' élançant dehors). Adieu! Bektfie. Hélène! Hélène . . . oi^i vas-tu?

HÉLÈNE. Personne ne le saura jamais ! (BertTic va pour s'élancer après elle.)

liiCHARD {à part). Excepté moi, je lespèie!

La Comtesse. Ah! l'ingrate! {Le comte et Richard sont à gauche, Hélène au milieu du théâtre embrassant Ikrthe. — Tristan est tombé dans un fauteuil à droite. La couitesze pris de lui cherche à le consoler.)

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