SCÈNE XIL
Les Précédents, Hélène, sortant de Vappartcmeni^ à gauche.
HÉLÈNE (apercevant la comtesse). Vous madame, chez moi ! un tel honneur !
Richard {et Hélène^ à deînî-voix). Quand je vous disais qu'ils y viendraient tous !
La Comtesse. Vous avez pensé que dans le malheur vous trouveriez mon honneur moins fier et mon ressentiment plus facile ... et fût-ce au prix de tout ce que je possède ... je m'acquitterai . . . car je ne consens pas à être obligée par vous ... et ne vous reconnais pas surtout le droit d'emprunter mon nom ...
Richard (ne pouvant plus se contenir et bégayant). Pas même . . . pour . . . sauver l'honneur de ce nom !
HÉLÈNE. Richard, je vous défends ...
Le Comte et la Comtesse. C'est donc vrai ! . . .
Richard (bégayant). Eh bien . . . quand ce ... ce serait . . . (commençant à jiu^er). Et sacr . . . (Sur un geste de Berthe, il s'arrête,) Non ... non . , . (Se retour^ nant vei^s la comtesse.) Quand elle aurait, par son travail, relevé votre maison qui tombait de noblesse ! . . .
HÉLÈNE. Richard, au nonudu ciel ! . . .
Richard (ne bégayant plus). Oh est le mal ? ... où est le scandale ? où est le crime ?
Berthe (à part). Le voilà reparti!
Richard. Pour avoir le droit de vous rendre service, que lui manque-t-il ? un rang digne de son nom . . . Eh bien! rassurez-vous ... ce que vous refusiez de la marchande, vous pouvez l'accepter de la duchesse de Penn- Mar.
Le Comte. Oui, ma mère ... M. le duc de Penn-Mar DOus demande sa main.
Tristan (avec douleur). Elle a donc accepté ?
La Comtesse (avec fierté). Si elle a accepté ! . . .^^
Hélène (froidement). Non, madame ... je viens de lai écrire pour refuser l'honneur qu'il me faisait
Tous (avec un sentiment différent). Refusé!
Tristan {avec joie). Tu as refusé! . . . est-ce possîye!...
Le Comte. Et quelle raison lui as-tu donnée ?
HÉLÈNE. Celle-là même qu'il y a deux ans . . . j'ai donnée, devant vous à Tristan . . . j'aime quelqu'un.
Le Comte. Tu lui as dit cela! . . .
La Comtesse {avec indignation). Tu as refusé d'être duchesse ?
Le Comte {avec ironie). Pour quelqu'un qu'elle ne peut, qu'elle n'ose nommer !
La Comtesse. Pour quelqu'un indigne de nous !
HÉivÈNE {vivement et jetant malgré elle un regarde sur Tristan), Indigne de nous ... lui !.. .
Tristan {rencontrant le regard d'Hélène). Ah ! quel soupçon ! {couinant à Hélène.) Celui qu'elle aime . . .
HÉLÈNE {craignant d'être trahie). Tais-toi !
Tristan {avec explosion). Je le connais ... je le connais.
HÉLÈNE. Tristan î
Tristan. Ose dire le contraire ! . . . Ose dire qu'il y a deux ans, tu n'étais pas désespérée en le désespérant ! . . Ose dire que ce n'est pas par devoir, par reconnaissance . . • que tu t'immolais ainsi . . .
La Comtesse. Quoi ! est-il possible ? . . . C'est pour nous que depuis deux ans . . .
Tristan. Eh ! oui, grand'mère !
La Comtesse {avec fierté). Ah ! il n'y a qu'une Lesneven pour agir ainsi !
HÉLÈNE. Ma tante !.. .
La Comtesse. Dis donc ma mère !
Berthe. a la bonne heure, grand'mère ! . . . Vous consentez ? . . .
La Comtesse. Oui, oui ! . . . mais partons ! . . .
Tristan. Dès demain, et dans l'antique château de nos pères, nous ferons mettre cette inscription sur les armoiries de la famille :
lliCHARD. Effacées par le temps . . .
Tristan {montiant Hélène), " Redorées par l'industrie et le travail I "