‹ Les doigts de fée; comédie en cinq actes (volume 2)Chapitre 7 sur 68 · SCÈNE ym · texte numérisé non relu

SCÈNE ym

Les Précédents, Hélène.

HÉLÈNE (entrant par la porte du fond et allant droit ait comtey Mon oncle . . . puisque c'est vous que cela regarde, donnez-moi donc un conseil sur la broderie . . .

Tkistan (courant à elle), Hélène ! . . . chère Hélë fie !.. .

HÉLÈNE. Tristan ! . . . (Tristan va pour embrasser Hélène qui tend ses Joues.)

La Comtesse (vivemeiif), Hélène, je vous défends . . -

Tristan. Mais, grand'mère ! • . . vous m'avez bien permis d'embrasser Berthe.

La Comtesse. Eh bien ! j'ai eu tort !

Tristan. Je ne suis pas de cet avis-là ... et la preuve . . . (// embrasse Hélène ; puis lui montrant une broderie qvUelle tient à la main.) Et qu'apportes-tu doue là cousine ? car il paraît que tu fais des merveilles.

Hélène (gaiement). Du tout ! je fais des gilets . • , pour mon oncle . . . vois plutôt !

Berthe (i-egardant la broderie). Ah! c'est délicieux... regardez donc !

Tristan (regardant aussi). Je ne m'y connais pas . . • mais cela me paraît divin. (Au comte.) Et dès demain, mon père, s'offre pour vous une occasion de faire admirer votre nouvelle parure.

Le Comte. Comment cela ?

Tristan. Je ne vous ai pas encore dit . . . on ne peut pas tout dire à la fois, et puis le plaisir de vous revoir me l'avait fait oublier. (Passant ait milieu du théâtre près de la comtesse.) Je me suis arrêté, en venant, au château de Trémazan.

Richard. Où je vais me rendre,

Tristan. Et où tu seras le bienvenu ... il y a fête et gala.

Le Comte. Ils sont si riches !

Tristan. De grands seigneurs ! de belles dames do Paris . . . une entre autres , . . que j'ai retrouvée là et que je eonnaif^ beaucoup.

Hélène {avec émotion). En vëritéî

Tristan. J'ai valsé avec elie cet hiver ! la marquise de Meunevilîe ! ... et je vous annonce, mon père, sa visite pour aujourd'hui ou demain.

Le Comte. A moi ! que peut-elle me vouloir ?

Tristan. Je Tignore ! mais il paraît que c'est très important !

Le Comte Et quelle est cette marquise de Menneville ?

Hélène {s^ approchant de Tristan), Oui, quelle estelle ?

Tristan. Ce qu'elle est? c'est l'élégance, c'est la parure, c'est la mode personnifiées ! Si vous lui parlez de sa santé, elie vous répondra toilette ! de ses projets ? . . . elle vous répondra toilette ! Si vous lui parlez d'elle ou des siens, de son frère qui a des chances pour être ministre, elle vous parlera des robes de cour, auxquelles l'événement pourra donner lieu ; si vous lui parlez de son mari, défunt depuis quinze mois, elle vous parlera de toutes les robes de deuil auxquelles sa douleur a été obligée de se livrer. Elle n'en oubliera aucune, elle me les a racontées à moi ... en dansant le cotillon ! Cela cause,^'' cela existe, cela valse ... et pourtant ce n'est pas une femme! . . . c'est de la gaze, de la soie et des rubans !

Le Comte. Et c'est à moi qu'elle demande une entrevue ?

Tristan. A vous, monsieur ie comte de Lesneveu, {Se frappant le front,) Ah ! j'oubliais encore ! . . .

Richard {souriajit). Une dame?

Tristan {à Richard), Non ! un beau monsieur qui, par parenthèse, m'a parlé de toi !

Berthe. De M. de Kerbriand ?

Tristan. Et qui t'attend ! un fashionabîe qui avait Tair, ennuyé ... il est vrai qu'il causait avec madame de Menue ville ! un jeune diplomate, notre chargé d'affaires dans je ne sais quel pays, M. le duc de Penn-Mar ! qui est T18 en Bretagne.

E,iCHARD. Un de mes bons camarades ... au co . • collège de Rennes.

Tristan. Et vous croyez peut-être que ce sont là toutes mes rencontres ? détrompez-vous ! j'ai gardé les

mtîillcures pour la fin. Toute notre famille se trouve en ce momont au château de Trémazan : tantes, neveux, cousins et ccusines!

Le Comte (vivement.) Tous nos parents réunis!

Tristan (à Hélène). Ces jeunes filles et moi avons décide madame de Trémazan à nous donner à danser, et elle voulait vous envoyer une invitation, à vous, mon père, à ma grand'mére, à Bertlie et à Hélène, je m'en suis cliai-gé, répondant d'avance du consentement général. Je vous annonce donc que vous êtes attendus à un bal magni* fîoue, qui aura lieu demain au château de . . .

HÉLÈNE (avec joie). Est-il possible!

Berthe. Ah 1 quel plaisir!

Tristan. N'est-ce pas ? J'invite Hélène pour la pi*emière valse, et Berthe pour la première polka !

KiCHARD {bégayant). Et moi, pour . . . pour . . .

Berthe (cichevant sa phrase). La seconde . . . car nous reviendrons tard ! n'est-ce pas, ma grand'mère ?

Tristan. Nous ne reviendrons pas du tout 1 c'est-àdire le lendemain !

La Comtesse. Impossible, mes enfants !

Berthe. Et pourquoi ?

La Comtesse. Nous n'avons rien de prêt . . . Berthe.) pas de toilette de bal ! ... et dans une réunion si brillante, mademoiselle Berthe de Ploërmel de Lesneven doit paraître d'une manière conforme à son rang et à sa fortune, n'est-ce pas, mon fils?

Berthe. Mon Dieu ! mon Dieu ! quel dommage !

Hélène. N'est-ce que cela? console-toi, nous irons au bal !

Berthe (avec joie). 0 ma bonne Hélène!

Tristan {gaiement). Vive Hélène!

' HÉLÈNE {à Berthe). Je te promets d'ici à deraaîri une toilette délicieuse ... je veux dire simple et charmante eon\me toi 1 de la gaze, des fleurs ; et tu seras, je te le jure, jolie comme un printemps ! et vous, ma tante, j-i ADUS ferai une toilette d'automne, gaie, riante, aimable . . im été de la Saint-Martin.^^

Tristan. Une toilette qui donnera envie de vieillir I

La COxMTFSSE. D'ici à demain, cela ne se peut pas.

HÉLÈNE. Je réponds de tout!

LES BOKÎTS DE FKE.

Tristan (montrant Hélène), Hélène répond de tout!

Bekthe. Elle en répond ! . . . elle a des doigts de fée, vous le savez ? { A Hélène,) Mais toi ? ... ta robe ? . .

HÉLÈNE. Nous y penserons après, que cela ne t'în^ quiète pas !

Berthe. Et SI tu n'es pas bien ? . . .

HÉLÈNE. Je me regarderai . . . dans toi!

Tristan. Ah ! comment ne pas l'aimer ?

Richard. C'est . . . c'est ce que je dis . . . et je bé • • bénis mon bégayement qui me permet de le répéter.

. Le Comte {bas à la comtesse à gavche, pendant que le$ quatre jeunes gens causent ensemble, à droite du théâtre)^ Oui, ma mère, l'occasion est excellente ! tous nos parents réunis au château de Trémazan comme si je les avais convoqués ; je vais, en répondant à l'invitation de notre cousine, envoyer mes lettres à la famille rassemblée.

Berthe (regardant par la croisée à droite)» Une voiture entre dans la cour du château.

Tristan (de même). Voiture à la Daumont . . .^^ quatre chevaux . . . deux postillons : c'est madame de Menne- \nlle . . .

La Comtesse. Qu'il faut recevoir !

Berthe (vivement). Nous ne recevons pas, nous autres femmes.

HÉLÈNE (gaiement). Nous ne voyons personne . • nous avons nos robes à faire.

Tristan (passant près des jeûnes files) . Nous avons nos robes à faire !

Le Comte. Mais, mon fils î . . .

Tristan. C'est une visite pour vous, mon père . • , cela vous regarde . . .

Le Comte. A condition que tu ne me quitteras pas^ que tu me soutiendras !

Tristan (traversant le théâtre et revenant pris de son fere). Allons, puisqu'il le faut ! . . .

Le Comte. M'as-tu apporté de Paris ta procurât ioiî pour toucher tes fermages ?

Tristan (tirant un papier de sa poche), La voici " Pouvoir donné à M. le comte de Lesneven, pour louer affciTner, hypothéquer, etc., etc."

La Comtesse. Qu'est-ce que c'est? hypothéquer?

Le Comte (prenant le papier). Vous le saurez, ma mère.

HjÉLÈNE {aux deux femmes qu'elle cherche à emmener) Berthe 1 . . . ma tante ! . . . mais, Berthe ! . . . mais, ma tante ! . . . venez ! il faut bien que je vous prenne mesure I

Berthe. C'est vrai, grand'mère, elle n'aura pas le temps.

HÉLÈNE {sortant par la porte à droite avec la comtesse et Berthe). Adieu, Tristan !

Tristan. Adieu !

Richard {regardant Hélène qui s'éloigne). Une duchesse . . . cou . . . couturière ! ... ou ... où le talent va-t-iî se nicher?^ {Le comte et Tristan, qui sont près du bureau à gauche f sortent par la gauche ; les trois femmes par la droite^ et Richard par le fond.)

24 LES DOTfiTS DE FJÉE.

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