‹ Les doigts de fée; comédie en cinq actes (volume 2)Chapitre 9 sur 68 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

Le Co'siT'K, entrant par le fond; Hélène, à droîtey assise et travaillant; Richard, debout, à di'Oîte, au fœid; il passe à gauche pendant Vaparté du comte.

Le Comte {à part et tenant a la main un cahier quHl lit). " Conseil d'administration, article premier." (aSVmterrompant,) Je l'avais bien dit à ma mère ! je viens de m*explîquer avec Tristan, aussi clairement que possible au sujet de Berthe ... et il n'a pas eu l'air de comprendre . . . je suis sûr maintenant, à n'en pouvoir douter . . . que cette Hélène ...

HÉLÈNE {souriant et toujours occupée à travailler). Mon cher oncle a l'air bien soucieux, et quelque grave pensée le préoccupe . . . car il ne nous voit pas . . .

Le Comte. Ah ! que faites-vous là ?

HÉLÈNE. Vous le voyez, je travaille.

Le Comte {avec humeur). Oui, toujours des objets de toilette . • . des colifichets.

HÉLÈNE {gaiement). Mon Dieu, oui ! . . . comme si j'étais une femme ...

Le Comte. Une femme . . . dans votre position, une femme sensée ... se dirait qu'il y a des personnes, pour qui la futilité est plus qu'un défaut.

HÉLÈNE. Ah ! le méchant oncle . . . comme il me traite mal . . . quand je m'occuj)e de sa famille ... aïe !.. . au moment même {Parlant son doigt à sa bouche,) où je verse mon sang pour lui et les siens. {Riant,) Mais vous aurez beau faire,^^ monsieur, vous ne m'empêcherez pas . . .

Le Comte. Mon Dieu, ma chère, laissez là ces petites grâces, ces petites mines . qui sont fort gentilles, quand on a seize ans. comme Berthe . . . mais qui, à vingt-deux ans . . .

Richard {s"* avançant avec colère). Monsieur! . . .

Le Comte. Ah ! mon cher monsieur Richard . . . vous voilà ! . . . bien aimable de vous rendre à notre invitation. {Avec embarras.) Vous m'avez entendu ! je viens de gi'onder ma nièce . . .

HÉLÈisE {à part)r Et devant lui î

Le Comte. Mais vous le savez . . . qui aime bien • •

Richard {cherchant à se modérer). Vous . . . Tai . • l'ai . . . l'aimez beaucoup !

Le Comte {à jRichard). Vous avez eu la bonté ... en allant hier au soir au château de Trémazan, de vous charger de mes lettres ?

Richard. Pour madame de Trémazan, madame de Nervac, M, de Pontcalec.

Hélène Eh ! mon Dieu . . . toute notre famille.

Richard. Qui s'y trouvait réunie . . .

HÉLÈNE (travaillant toujours). Pn ndre la peine de leur écrire . . . quand vous devez les voir tous ... ce soir au bal ! c'était donc bien important !

Le Comte. Probablement.

Richard. Ça en avait l'air du moins . . . car l'un a rougi . . . l'autre a pâli . . .

Le Comte (hd faisant signe de se taire). Silence! {A part passant et à gauche). J'espérais leurs réponses, ce matin de bonne heure ... et rien encore . . . c'est singulier . . .

Richard (s^ approchant d^ Hélène toujours assise et travaillant ; il lui parle à demi-voix). Est-ce que votre oncle est toujours d'aussi bonne humeur?

HÉLÈNE (de même) . Rarement ! . . . aujourd'hui par hasard ... il est préoccupé « . . contrarié . . .

Richard {à part). Et elle l'excuse encore I

Le Comte (à Richard), J'aurais quelques renseignements à vous demander sur votre visite au château de Trémazan . . . Vous plaît-il, mon cher voisin, de faire un tour de parc.

Richard. A vos ordres, monsieur. {Il sort par le fond avec le comte en jetant sur Hélène un regard de compassion,)

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