‹ Les doigts de fée; comédie en cinq actesChapitre 84 sur 111 · ACTE IV, SCENE X · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE X

LE COMTE

Dis-moi... mon oncle...

HÉLÈNE

Quoi ! vous le voulez bien... vous y consentez 1...

LE COMTE

Toujours... quand nous serons entre nous, quand nous serons seuls; et pour te montrer combien je suis au-dessus des idées mesquines et arriérées qu'on me suppose; pour te prouver que je te regarde toujours comme ma niècC; je viens m'adresser à toi, te demander un service.

HÉLÈNE

0 mon cher oncle!... vous me rendez confuse I

LE COMTE

Deux tracés sont proposés pour un nouveau chemin de fer; tous deux offrent des avantages nombreux, mais différents. Si l'on choisit le tracé à gauche, qui traverse nos terres de Bretagne, nous faisons des bénéfices énormes, et notre famille est à jamais relevée. Mais si Ton préfère le tracé de droite, nous sommes ruinés!

Ruinés!...

LE COMTE

De fond en comble. Une commission est nommée qui doit se composer de cinq membres... on n'en connaît encore que quatre... mais les deux que j'ai vus sont contre nous... rien à espérer de ce côté.

HÉLÈNE

Et les autres... qui sont-ils?

LE COMTE

Le premier est un banquier... un capitaliste que tu dois con nîiîire, monsieur Balthasar... dont la femme est, dit-on, de tes clientes!

HÉLÈNE

Oui .. oui... monsieur Balthasar ne refuse rien à sa femme...

laquelle m''est toute dévouée. (Passant à la table à gauche.) Et 611 lui

écrivant ce petit billet confidentiel... (Elle écrit.) en lui disant surîoutque c'est pour mon oncle...

LE COMTE, vivement.

Garde-t'en bien !.. ta recommandation aura d'autant plus de orce qu'on ne saura pas du tout, du tout, notre parenté î tu

joiirras parler bien plus librement de mes talents, de ma capacité... tandis qu'autrement... on pourrait suspecter...

HÉLÈNE , Sûiuiaiit.

Je comprends... (se levant.) Et l'autre arbitre de votre sort, l'autre membre de la commission ?

LE COMTE

On Ta nommé, parce au'il est de notre pays, de la Bretagne, et sa voix sera la plus influente... C'est un grand seigneur... un duc... un ami de madame de Menneville, avec laquelle je viens de le voir arriver ici... tout à l'heure... (Moutrant l'appartement à gauche.) Et, tiens, regarde dans ce petit salon.

HÉLÈNE

Ce jeune homme qui cause avec mapremi-M'e demoiselle?

LE COMTE

Lui-même!..

HÉLÈNE

Où Tai-je vu?.. Ah ! je me rappelle! j'ai voyagé tout un jour avec lui en chemin de fer... Moi lui rien demander !... impossible, mon oncle!., c'est impossible!

LE COMTE

Alors, tout est perdu ! car il ne g'agit pas de moi seul, mais de Tristan !

HÉLÈNE, \iveraent.

De Tristan !.. que dites-vous ? achevez!

LE COMTE

Si tu ne peux nous venir en aide ! si j'échoue dans cette entreprise... mon fils compromis, sans le savoir, par moi, par mon imprudence... voit son avenir à jamais perdu.

HÉLÈNE, avec frayeur.

L'avenir de Tristan !.. (Entendant le duc dans l'appartement à gauche.) C'est le duc! (Remettant à son oncle la lettre qu'elle vient d'écrire et qu'elle

lent encore à la main.) Portez vite Cette lettre !

LE COMTE , la prenant, vivement.

Bien... bien... je cours chez madame Balthasar, de là m'inbrmer si le cinquième membre de la commission est nommé.

HÉLÈNE , le pressant.

Partez, vous dis-je !

LE COMTE, sortant.

Toij songe à nousl.. à ta famille 1

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