ACTE IV, SCÈNE XIII
MADAME DE BER^Y, avec effroi.
Balthasar !
RICHARD
Qu'dvez-vous donc ?
MADAME DE BERNY
Je ne réponds plus de rien !
0 ciel !
MADAME DE BERNY
Si M. Balthasar vote pour, mon mari votera contre I
RICHARD
Ils... ils... sont... confrères.
MADAME DE BERNY
Ils sont ennemis !
RICHARD
C'est... c'est ce que je voulais dire !
MADAME DE BERNY
Ils se détestent !.. une rivalité...
RICHARD
De femmes !
MADAME DE BERNY
Non, de millions! Vous ne savez pas quelles haines effroyables s'allument de millionnaires à millionnaires! nos jalousies, à nous autres femmes, l'envie des hommes de génie, entre eux, les guerres même des conquérants ne sont que des idylles auprès des haines des capitalistes de nos jours; auprès de ces combats acharnés de spéculateurs qui rivalisent de créations industrielles, qui luttent de chemins de fer, qui joutent de luxe, de profusions, d'extravagances ! M. Balthasar donne un bal de vingt mille francs, M. de Berny donne un souper de quarante ! M. Balthasar crée une revue, M. de Berny fonde un journal ! Enfin, si, par bonheur, M. Balthasar à l'idée de se construire un hôtel, mon mari me donnera sur-le-champ un palais; j'y compte bien. C'est un steeple-chase de vanité prodigue, où le vainqueur ne voit, pour prix de la course, que le désespoir du vaincu !.. voilà où nous en sommes I
RICHARD
Je comprends !.. sachant que M. Balthasar est pour nous-..
HÉLÈNE
Jamais M. de Berny ne consentira à être de son avis.
RICHARD
Aucun moyen... de l'y contraindre?
MADAME DE BERNY, vivement.
Si! un seul... (a Richard.) jc VOUS ai dit qu'il était jaloux comme tigre ! et il y a quelqu'un dans ce moment^ un adorateur assidu qui le désespère, dcmt l'image le poursuit même à la Bourse, et trouble ses rêves dorés! Si je consens à ne plus le recevoir chez moi^ mon mari accordera tout!
RICHARD
Quel dévouement!..
madame de BERNY, vivement è Héièae.
Mais j'aurai mon invitation?
HÉLÈNE, de même.
Vous l'aurez !
RICHARD, avec compassion.
Et ce pauvre jeune homme... cet amoureux?..
MADAME DE B E R N Y, gaiement.
Peu m'importe... je n'y liens pas !
RICHAR D.
M. de Berny a donc tort d'être jaloux !
MADAME DE BERNY, à Richard.
De celui-là, oui !.. (se tournant vers Hélène.) Adicu... adieu. . je
réponds de tout. (Elle son vivement par le fond.)