‹ Les doigts de fée (volume 2)Chapitre 14 sur 70 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Tristan, La Comtesse, Hélène.

La Comtesse (voyant Tristan quitter la main à* Hélène, et s9 éloigner d'elle). Il paraît que je vous dérange ? . . .

Tristan. Nullement, grand'mère !

La Comtesse. Comment, nullement ? et pourquoi donc vous séparer si vivement quand je suis entrée ? pourquoi tenais-tu la main d'Hélène ?

Tristan. Par affection . . . par amitié . . . S'il n'est pas permis d'aimer sa cousine, il faut renoncer à tous les liens du sang! ... et je vous jure, grand'mère, que si sa main s'est trouvée par hasard dans la mionne . . . c'est dans les intentions les plus pures !

La Comtesse (s9 asseyant à droite). J'aime à le croire . . . mais en tout cas, Hélène ne devait pas le permettre . . . elle doit me comprendre !

Hélène. Moi, madame ! . . .

La Comtesse. Je sais ce que je dis : vous avez trop de tact et d'esprit pour n'avoir pas deviné et compris nos espérances, à votre oncle et à moi, pour Berthe et pour Tristan, et pourtant, je m'en suis aperçue depuis longtemps, vous semblez prendre à tâche, en toute occasion, de renverser tous nos projets.

Hélène. Moi)

La Comtesse D'attirer Tiistan à vous par une coquetterie . . .

Tristan. Grand'mère !

Hélène. Moi! moi! . . .

La Comtesse. Oh ! mon Dieu ! tout cela est fort innocent en apparence, votre mise est toujours plas simple que loutes les autres . . . mais cette simplicité elle-même, qui est une recherche . . . cet air de vous mettre en arrière pour qu'on vous mette en avant . . . cette affectation de fuir Tristan pour qu'il vous suive ... et vous trouve seule . . . comme dans ce moment . . .

Tristan (a?*ec force et V interrompant). Ma mère ! . . . {Se calmant.) Je ne peux pas laisser outrager Hélène devant moi ! . . . fût-ce par ma mère elle-même !

Hélène. Tais-toi ! tais-toi ! une pareille scène met le comble à toutes mes souffrances ! 32

La Comtesse (se levant). Toutes vos souffrances ? Voilà un mot qui a droit de m étonner dans votre bouche, Hélène ! je croyais . . . jusqu'à présent, avoir mis fin à toutes vos souffrances, et non pas les avoir causées . . .

Hélène. Mais . . . ma tante ... je n'ai pas dit . . .

La Comtesse. Mais, puisque vous l'oubliez ... je vous dirai à mon tour que si quelqu'un a droit de se plaindre, ce n'est pas vous, c'est moi ! moi qui, pour prix de mes bienfaits, me vois enlever, par vous, ce que j'ai de plus cher, le respect de mon petit-fils, sa tendresse ! . . .

Tristan. Mais, grand'mère . . .

La Comtesse. Oui, vous avez raison, Hélène . . . celle qui jette un tel trouble dans la maison qui l'a accueillie . . . celle qui blesse si cruellement le cœur de ceux qui ont tout fait pour elle ... oh ! celle-là est bien à plaindre . . . et je conçois que vous parliez de vos souffrances! Adieu! (A Tristan.) Votre bras, Tristan ! Venez . . . venez ! . . (Elle sort avec Tristan.)

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