SCÈNE vn
Hélène, Berthe.
{Hélène tombe sur un siège à gauche, et se cache la têtt dans ses deux mains.)
Berthe (sortant de la chambre à droite). Ah! qu'astu donc ? pourquoi pleurer ainsi ?
Hélène. Ma tante ! elle ne m'aime plus ! elle ni m'estime plus! . . . elle se repent de ce quelle a fait pour moi!
Berthe. Hélène ! Hélène ! . . .
Hélène. Oui! ... je le vois enfin! je leur pèse I je les gêne ! ils voudraient être délivrés de moi !
Berthe. C'est impossible! la douleur t'égaie! . . .
Hélène. Non ! on ne se trompe pas là-dessus ! . . ftlille souvenirs que je ne voulais pas croire . . . mille soupçons que je repoussais comme indignes d'eux et de moi . . . renaissent un à un ... et m'éclairent . . .
Berthe. Quels souvenirs ? . . . quels soupçons . . quelles paroles ? . . .
Hélène. Si tu avais entendu de quel accent ma tante m'a parlé ! eh bien ! . . . elle ! ce n'est rien ! ... je déplais encore plus à mon oncle ! Quand je viens m'asseoir à table ... oh ! je le comprends bien maintenant ! ... il se dit tout bas . . . encore elle ! ses regards, sa voix, semblent me reprocher la place que j'occupe ! le vêtement que je porte ... le pain qu'il me donne ! . . . (Avec désespoir.) Et il faut bien que j'accepte tout cela pourtant, puisque je n'ai rien . . . puisque je ne suis rien !
Berthe. Hélène ! chère Hélène ! . . .
Hélène (se levant). Oh! mon père! mon père! ... à quelle humiliation ta fille est-elle réduite ... et pourquoi, en me laissant la pauvreté, m'as-tu légué la noblesse ? Si j'étais une fille de paysan, je travaillerais à la terre ; si j'étais ouvrière, je gagnerais ma vie dans les manufactures ; fille d'un bourgeois, je donnerais des leçons de musique, de dessin ; mais une Ploërmel ! ... il faut qu'elle vive des bienfaits des autres ! ... à la charge des autres ! . . et encore je suis jeune maintenant ... et tant qu'on est jeune on paye sa bienvenue avec sa jeunesse même, on s'acquitte en bonne grâce, en gaieté, en bons offices, en beauté même . . . puisqu'on fait honneur à ses hôtes . . Mais vieille, 3n n'est plus qu'un fardeau, et, repoussée avec dédain ou accueillie avec regret, forcée souvent de payei l'hospitalité qu'on reçoit . . . par une sorte de domesticité . . Oh ! je voudrais être morte !
Berthe. Morte 1 et ceux qui t'aiment ! . . .
Hélène Oui ! .. toi ! ... tu as raison ... je suis ingrate !
Le Comte (en dehors). Oui . • . ma mère ! Berthe. Je les entends! ce sont eux!