scène vrn
La Comtesse, Berthe, Le Comte.
La Comtesse (s9 asseyant sur le canapé à gauche). Ne pas recevoir la famille Lesneven !
Berthe (debout s'appuyant sur le dos du canapé). Mais, ma grand'mère, êtes-vous sûre que Tristan ne se soit pas trompé ? il est si étourdi ! l'avez-vous vu ?
La Comtesse. Nous avons trouvé, à notre arrivée, un mot de sa main : u Mes chers parents, la marquise de Menneville vous attendra chez elle, ce matin ou ce soir, à votre choix." Et comme votre oncle était pressé . . .
Le Comte (se promenant avec agitation). Oh! oui! très pressé.
La Comtesse. Il ajoutait: "Priez Berthe de vous accompagner, la marquise désire la connaître et je la lui ai promise."
Berthe (riant). Me voici ! (Regardant le comte.) Mais comme vous avez l'air agité, mon oncle ?
Le Comte. Ce n'est rien, mon enfant.
Berthe. Et ma grand'mère aussi !
La Comtesse. Faire attendre la famille Lesneven !
Le Comte (s* asseyant près d'elle sur le canapé à gauche, pendant que Berthe s'asseoit près de la table à droite et parcourt des gravures de modes). Eh! oui, sans doute c'est très- inconvenant ! mais calmez-vous, ma mère, es tâchez d'avoir avec la marquise un air aimable,
56 LES DOIGTS rE ¥\ÊE.
La Comtesse. Quand je suis furieuse !
Le Comte (à demi-voix). C'est égal . c'est demaû que notre sort se décide, et si je n'obtiens pas, ce soir, una audience particulière de son frère . . .
La Comtesse {avec fierté). Qu'importe! . . .
Le Comte {avec impatience et toujours a demi-voix) Mon Dieu, nia mère, il y a temps pour tout ! une autra fois . nous serons nobles, mais aujourd'hui nous somme3 industriels, nous sommes dans les affaires.
La Comtesse. Et pourquoi vous y êtes-vous mis ? . . contre tous mes avis . . .
Le Comte {de même). Nous y sommes, ma mère ! et depuis deux ans tout va mal par ma négligence, par mon laisser-aller ** de grand seigneur, parce que vous prétendiez qu'un Lesneven ne devait se mêler de rien.
La Comtesse. Et je le dis encore !
Le Comte. Bien ! bien ! . . . En attendant, cette malheureuse entreprise de défrichements a successivement attiré tous nos capitaux ... et pour en trouver, pour emprunter, il m'a fallu hypothéquer non-seulement nos propriétés foncières . . . mais encore, ce que vous ne savez pas, ma mère ... la ferme de Tristan . . .
La Comtesse {effrayée). O ciel !
Le Comte. Qui m'avait laissé sa procuration.
La Comtesse. Tristan!
Le Comte. Que je n'ai pu prévenir encore, et à qui il est inutile d'en parler; car, si nous pouvons obtenir, comme je l'espère, le passage du nouveau chemin de fer sur nos terrains, tout est réparé . . . bien plus, notre désastre devient une magnifique spéculation !
La Comtesse. Et alors . . .
Le Comte. Et alors nous aurons le loisir d'être nobles . . . nobles tant que nous voudrons, ma mère. {Bir* the, qui pendant la fin de la scène précédente a feuilleté sw la table à gauche des journaux de modes et des alhwm regarde vers le fond et se lève vivement.)
La Comtesse. Ali ! Tristan !
LES DOIGTS Dî FÉE. 57