SCÈNE PREMIÈRE
HELENE, sortant de l'appartement à droite tenant une robe de bal, RICH AR D, entrant par le fond.
HÉLÈNE, parlant à la cantonade.
Oui, ma chère petite... le corsage va à merveille... que la jupe ne t'inquiète pas... tu viendras l'essayer dans une heure.. Ah! c'est vous, monsieur Richard... deux jours de suite!., que c'est Lien à vous! quelle bonne habitude !
RICHARD, bégayant.
Madame votre tante... m'a invité, hier, à passer cette journée au château.
Ma grand' tante songe toujours à nos plaisirs!
RICHARD, regardant la robe qu'elle tient.
Et vous... vous occupez... de toute la famille.
HÉLÈNE, gaiement.
Oui, la toilette de ma tante est terminée, j'ai commencé par elle. L'important maintenant, c'est la robe deBerthe... j'espère
bien être prèle... (S'établissant sur uue chaise adroite.) à la Condition
que vous me permettrez de travailler pendant que vous serez
là. (Elle s'assied à droite.)
RICHARD, lui approchant le guéridon à droite. Je VOUS aiderai lllème !.. (Regardant la robe qu'elle tient.) Que d'ûU-
vrage fait depuis hier!
HÉLÈNE
J'ai passé '.a i>\iit...
RICHARD
Mais votre toilette à vous?
HÉLÈNE
Ah ! je serai toujours assez bien ! une fille majeure !.. une vieille fille !.. pourvu que Berlhe soit belle!., elle et ma tante! Je lui ai combiné une toilette feuille morte... tendre... c'est un chef-d'œuvre I
Vous penserez donc toujours aux autres!
HÉLÈNE, tout eu travaillant.
C'est bien juste!., les autres ont tant pensé à moi! Songez donc que j'étais seule au monde... sans appui... sans asile, quand ma grand'tante et mon oncle m'ont recueillie... adoptée, v aussi je les aime!., ah!.. (Mouvement de Richard.) j'aime jusqu'à ces vieilles murailles qui m'ont abritée; je pense avec délices que je ne les quitterai jamais !.. je me trouve si heureuse ici!..
RICHARD, repassant à gauche.
Vrai... ai... ment!.. Hé bien... je craignais... en voyant voire tante et votre oncle... si... si sévères quelquefois avec vous...
HÉLÈNE
Après ce qu'ils ont fait pour moi, ils ont bien le droit de me brusquer un peu ! Je ne dis pas que quelquefois cela ne me rende le cœur un peu gros... mais je me console en pensant que je prendrai ma revanche, un jour!
RICHARD
Votre revanche!., comment?..
HÉLÈNE
Comment? ce château est encore bien animé... aujourd'hui... •1 y a de la vie, il y a de la jeunesse autour de mes chers parents... mais... Berthc un jour se mariera .. (Mouvement de Richard.) Tristan n'apparaîtra plus, peut-être, que de loin en loin, les ennuis viendront pour ma grand'tante et pour mon oncle... et la solitude se fora autour d'eu\ ! c'est alors que je leur payerai tout ce que je leur dois ! Je fais déjà des provisions de talents pour ce moment-là... j'apprends le piquet, pour faire la partie de mon oncle... je rassemble une foule de vieux airs, que ma tante chantait autrefois et qui la charmeront!., alors... je leur vferai une jeunesse avec la mienne !
RICHARD
Ali ! ma chère demoiselle...
Mais vous, monsieur Richard, le compagnon, l'ami de notre enfance... (Lui montrant une chaise.) mettez-vous là... et causons.
(Richard va prendre au fond, à droite, une chaise qu'il apporte pies du fauteuil d'ii.'icne.) Voyons, causons de vous... depuis notre dernière conversation, avez-vous réfléchi?