‹ Les doigts de féeChapitre 4 sur 120 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Eli bien! neuf et nous trois?

LA COMTESSE

Nous trois! et Hélène?..

LE COMTE

Ah! c'est vrai, j'oubliais Hélène! quelle contrariété!.. Mais, j'y pense, nous prierons Hélène de dîner dans sa chambre... elle est si bonne! si charmante de caractère I cela ira tout seul! Nous retiendrons à coucher le vice-président, vous lui donnerez le pavillon d'honneur.

LA COMTESSE

Le pavillon d'honneur ! l'appartement de Tristan, notre fils , que nous attendons d'un jour à l'autre.

LE COMTE

C'est juste... Eh bien! alors, la chambre verte.

LA COMTESSE

La chambre verte!., c'est impossible... c'est la chambre d'Hélène.

LE COMTE

Hélène!., ah!., c'est vraiment insupportable! car j'ai de fortes raisons pour désirer... Mais au lait, rien de plus simple! on fera établir un lit pour Hélène dans votre cabinet de toilette, dîne l'antichambre, n'importe où !.. Elle est si bonne! cela ne souffrira pas de difficulté!.. Ain-i, voilà qui est convenu, je vais aller jusqu'à Vannes voir s: le courrier est arrivé.

LA COMi'ESSE.

N'oubliez pas, auparavant, de me donner les trois cents francs que je vous ai demandés.

LE COMTE

Trois cents francs!., c'est que je dois fat 'e nn versement! En avez-vous absolument besoin?

LA COMTESSE

C'est pour la pension d'Hélène.

LE COMTE

Hélène! encore Hélène!.. Mais à quoi bon, ma mère, faire une pension à Hélèoe?. .

LA COMTE5SE

Nous sommes convenus Je lui allouer chaque année une petto somme pour sa toilette.

LE COMTE

Hé bien! nous avons eu tort! ou plutôt le vrai tort, c'est...

comme je vous l'ai dit il y a trois ans, et comme je m'en convaincs chaque joui' davantage... le vrai tort c'est de l'avoir prise

avec nous... de nOUS en être Chargés! (Mouvement de la comtesse qui

se lève.) Mon Dieu ! ma mère!., secourir les gens de temps en temps, à intervalles, à intervalles un peu éloignés, c'est bien! c'est très-bien! mais les bienfaits chroniques sont odieux! Ainsi cette petite somme est sans doute fort peu de chose, mais par cela seul qu'elle revient toujours, et toujours à époque fixe, comme une dette... elle vous agace, elle vous irrite, et celle à qui il faut la donner, finit par vous faire l'effet d'une lettre de change vivante.

LA COMTESSE, se levant.

Mais mon fils!., pourtant!..

LE COMTE

Oh! ce n'est pas romanesque, j'en conviens, mais c'est vrai! ou plutôt c'est juste, et naturel ! Le toit de famille est fait pour abriter la famille, c'est-à-dire le père, la mère et les enfants : hors de là, rien... on ne partage pas son chez soi ! et cette personne, à demi étrangère, quwest toujours là, qu'il faut faire entrer dans toutes ses dispositions, pour qui il faut déranger tous ses arrangements, à qui il faut réserver sa place partout à table, en voiture, au spectacle, en voyage... cette personne, fùt-eile charmante comme Hélène, devient à la longue une gène. un fardeau... Convenez-en, ma mère, il en est ainsi même pour vous! j'ai vingt fois observé que la vue d'Hélène vous causait une impatience, une irritation !..

LA COMTESSE

Qui parlaient chez moi d'un sentiment tout différent du vôtre... mon fils... Hélène n'est que ma nièce, après tout, tandis que Berthe est ma petite-fille! Eh bien! môme ici, Berthe est éclipsée par elle! J'ai beau parer Berthe des plus élégantes toilettes, dès qu'Hélène parait avec sa petite robe de mousseline et un bout de ruban dans les cheveux... Berthe ne compte plus, on ne la regarde plus...

LE COMTE

Silence!., c'est elle!

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