ACTE III, SCÈNE IX. G
mille francs, touche ses soixante billets de banque, et, au milieu du club, les jette noblement à la figure de son adversaire, prend rendez-vous avec lui, lui donne ce matin un coup d'épée dans la poitrine, en reçoit un dansla main... et voilà comment, Messieurs, le jeune et intéressant Lesneven a perforé un bomme, attrapé une blessure, forcé un banquier à devenir propriétaire foncier, et perdu, lui, la seule- propriété qu'il possédât. Le tout, parce qu'on n'a pas voulu lui permettre d'être avocat !
LE COMTE, allant à lui.
Et tu as remis tes titres de propriété à ce M. d'Hérival ?
TRISTAN
Il le fallait bien... il ne prête plus que sur de bons biens, francs de toute hypothèque : il a si souvent rencontré, dans le grand monde, des millionnaires insolvables.
LE COMTE, à part.
0 ciel!
TRISTAN, gaiement.
Et pour les remboursements!... il est féroce! il ne ferait pas grâce d'une heure, d'une demi-heure! et, comme le Schykok de Sbakspeare, il se payerait, faute de mieux, sur une once de chair humaine!
LE COMTE
Comment?
TRISTAN
Quant à moi, j'ai payé, je suis en règle, et je ne crains rien.
LE COMTE, a part.
0 mon Dieu ! s'il savait...
BERTHE, à Tristan.
Et moi, je trouve...
Ah! tu as écouté ?..
BERTHE
La fin!., pour te dire que tu as eu tort de donner la ferme : il fallait tout uniment l'adresser à M. de Ploërmel, mon tuteur, à qui j'aurais dit que je voulais...
TRISTAN
Tu es adorable! mais tu ignores absolument le chapitre de la tutelle, ma chère... tu ne peux rien donner... excepté... une poignée de main.... à un cousin qui se noie...
LA COMTESSE
Et moi, Tristan, je te reprocherai un chapitre que tu as tout à fait passé sous silence... pourquoi ton voyage en Angleterre? pourquoi v es-tu demeuré pendant une année entière I
TRISTAN
Ah! ne me parlez pas de cela, grand'mère! toute ma gaieté se dissiperait sur-le-champ!
hk COMTESSE.
C'était pour Hélène !
TRISTAN
Eh bien ! oui ! non pas que j'y pense encore, mais, pour notre famille, je voulais savoir ce qu'elle était devenue I