‹ Les doigts de féeChapitre 98 sur 120 · ACTE IV, SCÈNE XV. iii · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE XV. iii

LA MARQUISE, jetant la plume avec colère.

Inviter chez moi... madame Berny !... j'aimerais mieux avoir... trente ans!., les trente ans qu'elle me donne .. et que je n'ai pas.

~ « RICHARD, à part.

Aïe....

HÉLÈNE, avec douceur, et s'approchant de la marquise.

Vous m'avez dit quelquefois, madame la marquise, que si jamais je yo-us demandais un service...

LA MARQUISE

Je vous le rendrais et je vous le dis encore... mais inviter madame Berny!..

HÉLÈNE, avec émotion.

Ce sera plus qu'un service... ce sera une grâce qui vous assureà jamais et mon cœur... et ma reconnaissance...

LA MARQUISE, avec ironie.

Certes, l'offre que vous me faites de votre cœur est bit n propre à me toucher; mais celte offre même, si précieuse qu'elle soit, me prouve que, dans le rang que j'occupe, l'on a tort d l'être, comme je lesuis, trop bonne, trop simple, dans de certaines relations : c'est une leçon dont je profiterai, Mademoiselle, et vous

ailSSi... je l'espère... (A Corinne, d'un ton d'autorité.) Portez CCtte

robe dans ma voiture... allez vite.

HÉLÈNE, de mène.

Restez.

RICHARD, se frottant les mains.

A la bonne heure.

LA MARQUISE

Que dites-vous?

HÉLÈNE

Que ces chiffons de gaze auxquels la façon et l'arrangement donnent seuls de la valeur, que cette toilette e>t encore à moi, Madame.

LA MARQUISE

A vous !

IIÉLÈN E.

Nous garderons donc chacune ce qui nous appartient ! voua, votre rang... moi, mon travail, quelque médiocre qu'il soit.

LA MARQUISE

L'ai-je bien entendu ! vous auriez l'audace,;;

De ne donner cet'.c rolie ni pour or, ni pour argent, mais en échange seulement d'une invitation de bal pour madame de Berny.

LA MARQUISE, remontant le théâtre.

Jamais!.. Je prouverai que cette toilette est à moi !

HÉLÈNE

Je prouverai le contraire, Madame, en en disposant comme

je 1'enteildS. (Elle la jette dan; la cheminée.) .

L A MARQUISE, avec un cri et voulant s'élancer. Arrêtez... Courez... brûlée ! (Elle tombe dans les bras de Corinne qui la conduit sur le fau'euil à droite.)

CORINNE

Ah ! les nerfs, les nerfs!., je connais cela...

LA MARQUISE, avec désespoir.

Retirez-la.

HÉLÈNE, s'avançant, froidement.

C'est inutile, madame la marquise, la robe n'existe plus, elle est brûlée !

LA M A R QUI SE, qui est tombée hors d'elle-même dans un fauteuil.

Brûlée! brûlée! une toilette pareille, qui aurait fait parler de moi dans tout Paris I mais c'est abominable! c'est un crime! Et que voulez-vous que je devienne maintenant..! 11 faudra donc paraître à ce bal avec une robe...

CORINN E.

Qu'on aura déjà vue.

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