‹ Les dominicains en AmériqueChapitre 40 sur 48 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

Les Dominicains aux États-Unis, en Californie, au Canada, à l'ile de la Trinité.

Aujourd'hui, la plupart de ces belles provinces dominicaines dont les fondateurs ont civilisé et christianisé l'Amérique, ont disparu sous le coup des révolutions et des lois iniques forgées par le despotisme de certains prétendus libéraux.

La province de Sainte-Croix à Saint-Domingue, mère de toutes les autres, n'a plus de représentants dans cette île.

Les trois provinces de Saint-Jacques, de Saint-Hippolyte, des Saints -Anges, dans le Mexique, ont été frappées par le même gouvernement impie qui a chassé de leurs hôpitaux les sœurs de Charité et détruit toutes les congrégations religieuses de ce vaste empire.

A Guatemala, les fils de Saint-Dominique appartenant à la province de Saint -Vincent ont été nuitamment arrachés de leurs couvents par les sbires du gouvernement, et expulsés brutalement de cette microscopique république, malgré les pleurs et les protestations de la population restée chrétienne.

A la Nouvelle- Grenade et à Venezuela, il ne reste plus

rien de la belle province de Saint -Antonin; tous les membres en ont été expulsés ou sécularisés.

Dans toutes ces diverses républiques, la blanche tunique des fds de Saint-Dominique ne peut plus se montrer au grand jour, et leurs magnifiques couvents ont été transformés en casernes ou autres établissements analogues.

La province de Sainte-Catherine, dans la république de l'Equateur, existe encore; mais le lâche assassinat du vertueux président Garcia Moreno ' a arrêté le généreux mouvement dont ce grand homme avait pris l'initiative, et rendu difficile, si ce n'est impossible, l'œuvre réformatrice commencée il y a quinze ans par des Frères Prêcheurs envoyés d'Italie par le Rme P. Vincent Jandel.

Au Pérou, la belle et vaste province de Saint -Jean- Baptiste, jadis si florissante, ne compte plus que les couvents de Lima, de Cuzco et d'Arequipa, et encore ces trois couvents sont presque déserts, tant a diminué le nombre de leurs habitants.

Les seules provinces de Saint- Laurent au Chili et de Saint-Augustin dans la république Argentine ont conservé jusqu'à nos jours la totalité ou presque la totalité de leurs couvents; mais malheureusement les vocations à la vie religieuse deviennent de plus en plus rares, et pour cette raison beaucoup de ces couvents ne possèdent plus qu'un personnel trop restreint.

Ainsi, comme tous les autres Ordres religieux, l'Ordre de Saint- Dominique a subi une décadence sur cette terre d'Amérique, que cependant il a civilisée, arrosée de son sang , fécondée de ses sueurs , et où il a donné de si grands exemples de vertu et de dévouement.

Quelle a donc été la cause de cette décadence? Est-ce la persécution? Non.

♦ G août 1875.

La persécution, quelque funeste qu'elle ait pu être auv; Ordres religieux établis dans certaines petites républiques américaines, n'a point été cependant l'ennemi le plus terrible dont ils ont eu à subir les attaques.

La persécution, en effet, n'est point généralement un fléau durable; d'ailleurs elle ne peut frapper qu'à la superficie, et elle ne saurait atteindre cbez des religieux l'esprit qui anime et vivifie, et qui seul donne la vraie vie et la vraie force. Souvent même elle devient entre les mains de la Providence un moyen de purification et d'amendement pour un Ordre monastique. Elle émonde les membres défectueux et en rapproche plus intimement les meilleurs, et ainsi elle prépare pour l'avenir des générations plus fortes et plus généreuses.

« La persécution, a dit le R. P. Lacordaire, est presque toujours le signe d'une grandeur à venir... Elle est à la vie morale ce que la poésie est au style. La poésie , en resserrant l'expression de la pensée dans un champ exact et mesuré, la fait jaillir jusqu'aux extrêmes limites du beau; la persécution, en tombant sur une âme forte, la détache du monde sans la briser et la porte vers Dieu l. »

L'ennemi le plus redoutable pour les Ordres religieux, celui qui laisse parmi eux les ruines les plus irrémédiables, c'est le relâchement, c'est-à-dire l'oubli du but spécial pour lequel ils ont été fondés et qui leur donne leur raison d'être dans le monde; l'abandon des vertus et des principes sur lesquels toute vie religieuse est fondée ; l'introduction dans le cloître des mœurs, habitudes, travers et défauts du monde; le rejet ou le mépris des règles, pratiques, observances, etc., imposées sagement par les fondateurs et leurs successeurs , tant pour la sauvegarde du religieux lui-même, que pour mieux développer en son

1 Panégyrique du bienheureux Fourier.

âme, parla pratique journalière des devoirs monastiques, ce don complet de soi sans lequel un Ordre religieux, comme toute autre société, peut encore former, il est vrai, des savants distingués et d'agréables orateurs, mais de vrais hommes de Dieu et de vrais apôtres, jamais.

Le relâchement donc attaque la vie religieuse dans son essence, il la détruit jusque dans ses racines, et là où il règne, Dieu ne peut plus demeurer, il s'éloigne et retire sa main protectrice. Aussi tout couvent atteint de cette maladie intérieure est condamné; à la moindre secousse il devra chanceler et tomber en ruines. « Les communautés religieuses, a dit l'abbé de Rancé, ne périssent que' parce que Dieu retire la protection qu'il leur accordait dans le temps de leur première fidélité; ce qui fait qu'il s'en éloigne, c'est qu'il y est contraint, ou par des dérèglements éclatants, ou par des fautes cachées et des infidélités secrètes. »

Quoiqu'il en soit, si dans certaines parties de l'Amérique la hache révolutionnaire a tranché quelques-unes de ses branches à l'arbre de Saint-Dominique, et si le relâchement en a ruiné ou desséché quelques autres , cependant l'arbre lui-même n'en est pas moins resté sain; il n'a rien perdu de sa vitalité, et il conserve toujours toute sa beauté et sa fécondité. D'autres branches, en effet, pleines d'une sève vigoureuse, ont bien vite surgi de ce tronc toujours vert , pour remplacer celles desséchées ou perdues , et ces nouvelles venues , non-seulement donnent les plus riches espérances , mais déjà elles ont produit de grands fruits de bénédiction aux Etats-Unis , en Californie , au Canada et aux Antilles.

La province de Saint-Joseph aux Etats-Unis compte déjà quatre grands couvents, à savoir : ceux de Sainte -Rose (noviciat), de Saint-Joseph (maison d'études), de Louisville et de New -York.

De plus, elle possède quatre maisons inférieures ou vi-

cariats, à Washington, Memphis, Newark , Zanesville.

Les sœurs Dominicaines sont à la tète de vingt -six établissements ou collèges, dont les principaux sont à Sainte- Catherine, Memphis, Nashville , Nouvelle-Orléans, Columbus , Sinsinawa . Mound , Washington , New-York , Chicago.

Tous ces établissements font un bien immense dans le pays.

En Californie, l'Ordre possède déjà deux couvents réguliers, l'un à Benicia, l'autre à San-Francisco, el bientôt la fondation d'un troisième permettra aux religieux de constituer une nouvelle province, laquelle sera nommée province du Saint-Nom-de-Jésus '.

Les sœurs Dominicaines possèdent aussi deux pensionnats prospères à Benicia et à San-Francisco.

Au Canada , des Frères Prêcheurs français ont établi un couvent avec un noviciat dans la ville et le diocèse de Saint- Hyacinthe; et il est probable qu'avant peu d'années il se formera une nouvelle province dominicaine sur les rives du Saint-Laurent.

Les Antilles, où le nom du P. Labat2 est resté si popu-

i Voir ce que nous avons déjà écrit sur la Californie, dans V Année dominicaine du mois de juin 1874.

2 Le P. Jean-Baptiste Labat, né à Paris, en 1663, fut envoyé comme missionnaire aux Antilles, en 1693 ; et, peu de temps après, il reçut la charge honorable de procureur général de toutes les missions dominicaines en ces régions. Ses hautes connaissances en mathématiques le firent choisir, par le roi de France, pour remplir des fonctions et occuper des postes rarement confiés à des religieux. Nommé ingénieur du gouvernement, il dut, en vertu de ce titre, visiter toutes les îles de l'archipel et aviser aux moyens de les protéger contre les attaques de l'ennemi. De plus , il fortifia très -bien la Martinique et contribua honorablement à la défense de la Guadeloupe, en 1704. Aussi adroit mécanicien qu'habile ingénieur, il inventa, pour la fabrication du sucre, de nouveaux procédés, qui même aujourd'hui sont encore en vigueur dans les colonies. Chaque fois qu'on a voulu les modifier, les nègres ne manquaient pas de

laire, ont salué de nouveau avec joie la blanche tunique des Dominicains, et depuis quinze ans déjà la belle île de la Trinité voit fleurir en son sein un couvent de Frères Prêcheurs, dont les travaux apostoliques s'étendent sur tout l'Archipel.

Les sœurs Dominicaines se sont aussi établies dans cette même île, où elles se distinguent par leur zèle admirable et un dévouement vraiment héroïque.

Nous n'en dirons pas davantage sur ces nouvelles fondations. Plus tard, si les circonstances nous le permettent, nous essaierons d'en raconter l'histoire et de faire connaître les hommes privilégiés à qui Dieu a confié de nouveau la noble mission d'implanter l'Ordre de Saint-Dominique sur ces divers points du sol américain.

dire : « Cela peut être bon, néanmoins on en reviendra au P. Labat; » et l'événement leur a toujours donné raison.

Appelé à Rome, en 1706, il y trouva l'occasion de montrer ses divers talents , et s'y fit une grande réputation.

En 1 716 , il retourna à Paris , où il demeura jusqu'à sa mort.

Le P. Labat, mathématicien, ingénieur, architecte, mécanicien, etc., était, avec tout cela, un littérateur distingué, aussi spirituel que bien informé. 11 écrivit plusieurs ouvrages, dont quelquesuns eurent un grand succès.

Voici ses ouvrages :

1° Voyage aux îles d'Amérique, contenant l'histoire naturelle du pays, l'origine des mœurs, etc.; huit vol. in- 12. Ouvrage instructif et amusant.

2° Nouvelle Relation de l'Afrique occidentale, etc., d'après les mémoires de Brue; cinq vol. in-12. Ouvrage excellent, plein de détails intéressants.

3° Voyage du chevalier Desmarchais en Guinée; quatre vol. in-12.

4° Relation historique de l'Ethiopie occidentale; cinq vol. in-12.

5° Voyage en Espagne et en Italie ; huit volumes in-12.

6° Mémoires du chevalier d'Arvieux, contenant ses voyages en Asie, Syrie, Palestine, etc.; six volumes in-12.

Dans tous ses divers ouvrages , le P. Labat a décrit avec soin les productions naturelles des pays qu'il a parcourus. Sa Flore des Antilles est une des meilleures et des plus complètes qui existent.

Le P. Labat mourut au couvent de Saint-Jacques, à Paris, en 1738.

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