L- DIÈTE DE SALAMANQUE
Contemporaine des premières relations de Christophe Colomb et de Diégo de Déza est la célèbre junte de Salamanque.
C’est un écrivain dominicain qui nous donne le récit le plus circonstancié touchant les corni- : :
‘ férences que Colomb aurait eues avec les savants de cette université. Voici le témoignage même d'Antonio de Remesal, dans son Histoire. de la. province-dominicaine de Saint Vincent de ’ Chiapa et Guatémala. « Quand Dieu eut mis « au cœur, de Christophe Colomb le dessein « de passer en cette partie du monde demeu-
« rée jusqu'alors inconnue, il ne trouva pas « d'accueil auprès de certains rois, et il fut
traité d'homme chimérique et de peu de jugement. Pour gagner à son projet les Rois de Castille, Ferdinand et Isabelle, il vint à Salamanque, dans le but de présenter ses raisons aux maîtres en astrologie et cosmographie qui enseignaient ces matières à l'université. Il commença par leur proposer ses théories et ses arguments, mais il ne trouva d'attention et d’accueil que parmi les religieux de Saint Étienne. La raison en était qu'alors on enseignait dans ce couvent, non seulement les arts et la théologie, mais encore toutes les autres malières que l’on professe dans les écoles. C'était au couvent que
« se tenaient les réunions des astrologues et
RAA 2 AR À ZA
des mathématiciens. Colomb proposait ses conclusions et les défendait. Grâce au concours des religieux, il gagna à son opinion les premiers savants de l'école. Entre tous, ce fut frère Diégo de Déza, professeur de la chaire de prime et maître du prince don Juan, qui se chargea de l’accréditer et de le favoriser auprès des Rois Catholiques. Tout le temps que Colomb demeura à Salamanque, le couvent de Saint Étienne lui donna
. le couvert et le gîte, et fit les frais de ses
voyages. Maître Diégo de Déza agissait de
sido ad) hombre intento bel, vi los mae estas f sus dis:
S. Ester en el C lugia, s Escuela Astrolo, clusiont sos red escuela.
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« même à la cour. Aussi, à cause des larges- « ses de ce dernier et des démarches qu'il fit « auprès des Rois pour qu’ils prêtassent foi à « Colomb et lui vinssent en aidé, on le regarda « comme l'instrument de là découverte des « Indes. L'évêque de Chiapa, don Barthélemy « de Las Casas, raconte cela au long dans son « Histoire générale des Indes (livre Ier, au milieu du chapitre xx1x) (1). Le renvoi de
(1) Historia de la provincia de San Vicente de Ch:apa y Guatemala, de la orden de San Domingo. Madrid, 1619, col. 52, 53. « Auiendo puesto Dios en el coraçon de Christoual Colon el proposito de passar en aquella parte del mundo, hasta entonces encubierta, y no auiendo sido admitido de algunos Reyes, antes defechado como hombre quimerista y de poco juizio, por persuadir su intento à los Reyes de Castilla D. Fernando, J. D. Isabel, vin à Salamanca à comunicar sus razones con los maestros de astrologia, y cosmografia, que leian estas faculdades en la Vniversitad. Comenzù à proponer sus discursos y fundamentos, y en solos los frayles de S. Estenan hall atencion y acogida. Porque entonces en el Conuento, no solc se professauan las Artes, y Teolugia, sino todas las demas facultades que se leian en Escuelas. En el Conuento se hazian las juntas de los Astrologos, y Matematicos, alli proponia Colon sus conclusiones, y las defendia. Y con el fauor de los Religiosos reduxo à su opinion los mayores Letrados de la escuela. Y entre todos tomè mas à sus cargo el acreditarle y fauorecerle con los Reyes Catolicos el Maestro
Remesal à l'Histoire de Las Casas est relatif à la protection de Déza, mais non à la tenue de la junte à Salamanque, ignorée de cet historien (1).
M. Harrisse, rendu défiant à la suite des graves erreurs introduites dans les biographies de Colomb par les Pseudo-Histoires dites de don Fernand, a fait passer au crible d’une sévère critique la plupart des données relatives aux fastes colombiens. Comme bien l’on pense, la junte de Salamanque n'a pas été épargnée et a dû présenter ses titres.
Ce qui frappe M. Harrisse, c’est le tard des récits de Remesal, postérieurs d'au moins cent vingt ans aux événements. D'autre part, avant
F. Diego de Deça catedratico. de Prima de Teolugia, y Maestro del Principe don Juan. Todo eltiempo que se detenia Colon en Salamanca, el Coneunto de S. Esteuan le daua aposento. y comida, y le hazia el gasto de sus jornadas, y en la Corte el Maestro F. Diego de Deça, y por esto, y por las diligencias que hizo con los Reyes para que creyersen y ajudassen à Colon en lo que pedia se atribuhia assi como instrumento el descubrimiento de las Indias. Cuenta esto largamente el señor Obispo de Chiapa, D. F. Bartolome de las Casas en su Historia general de las Indias, lib. I, al medic del cap. xxix.
. (4) Bartolomé de Las Casas, Historia de las Indias. Madrid, 1875-1876. Cinq vol. ; t. I, p. 228.
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(1) Chri
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lui, il ne connaît personne qui ait parlé ni de junte, ni de Salamanque, ni des moines de Saint Elienne (1).
L'objection est formelle et demande un examen.
Que des historiens primitifs de l’Amérique, comme Oviedo et Las Casas, ou l’auteur d'une histoire locale, comme Gil Gonzalès Davila, ne fassent pas mention d'une dièle à Salamanque, nous n’en voyons d’autres raisons plausibles que le peu d'éclat qu'eurent au dehors la junte de Salamanque et le séjour de Colomb dans cette ville. Cet événement de la première heure fut effacé sous les événements autrement graves et multiples qui surgirent avec la découverte du Nouveau Monde. On comprend qu'il ait laissé un souvenir dans une vaste agglomération comme était le couvent de Saint Étienne, sans sortir au delà, du moins de manière à trouver un historien. La Chronique de Valladolid n’ignore-t-elle pas la mort de Christophe Colomb, décédé dans cette ville, alors qu'il n’était plus un obscur inconnu, mais l'inventeur du Nouveau Monde et le grand Amiral des Indes? Quant à Las Casas en particulier, bien
(4) Christophe Colomb, t. I, p. 358 et suiv.
112 LES DOMINICAINS qu'il ait étudié à Salamanque, ce fut postérieurement à la tenue de la junte ; et le jeune juriste, qui n'avait alors aucun rapport étroit avec les dominicains, a bien pu ignorer l'existence des conférences privées tenues dix années plus tôt par quelques savants (1).
Quelles que soient les causes de ce silence, l'objection demeure ; mais, comme l'argument est purement négatif, il reste à savoir si des données positives ne viennent pas suffisamment l'infirmer.
Qu'il y ait eu après l’arrivée de Colomb en Castille une réunion de sommités scientifiques, en vue d'examiner les projets du navigateur génois, le fait est absolument certain. M. Harrisse le reconnaît et l’établit en faisant appel à la déposition du docteur Rodriguez de Maldonado, un témoin oculaire, présent à la diète. En compagnie, dit-il, de celui qui était alors prieur du Prado, et qui ensuile devint archevéque de Grenade, ainsi que de plusieurs savants, lettrés et marins, nous conférâmes avec l’Amiral de son projet d'aller aux îles, et lous nous lombâmes d'accord qu'il élait impossible que ce qu’il disait füt vrai. Malgré l'opinion de la majorité,
(1) Échard, Script. ord. Prœd., t. II, p. 192.
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(1) Na (2) Jo:
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(3) Co (4) Ch rait con!
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l'Amiral persisla avec opinidtreté dans son projet d'entreprendre cè voyage. C'est comme l'un [des membres] du conseil de Leurs Allesses que je sais loules ces choses (1).
Le prieur du Prado dont il est fait ici mention, est Hernando de Talavera, un religieux hiéronymite qui arriva à de hauts emplois, et qui, au temps de la diète, se trouvait être simple prieur du couvent de Notre-Dame du Prado, près de Valladolid (2).
M. Harrisse, à la suite de Navarrete (3), prend pour point de repère le fait positif que Talavera était prieur du Prado lors de la diète, pour établir que ce ful entre 1486 et 1487, avant le mois d'août de celte derniére année, que ces conférences eurent lieu : car aprés celte dale, Hernando de Talavera, devenu évéque, dut cesser de porter le titre de prieur du Prado (4).
La suite de la déposition de Maldonado,
(1) Navarrete, Colecciôn, t. III, p. 589.
(2) José de Siguenza, ZTercera Parte de la Historia de la orden de San Gerônimo. Madrid, 1605 ; t. III, p. 387.
(3) Colecciôn, t. III, p. 416 et suiv.
(4) Christophe Colomb, t. I, p. 361, Quand même il aurait continué à porter ce titre, il n'était certainement plus prieur. Or Maldonado dit qu’au temps de la diète il l’était effectivement, ce qui suffit à la rigueur de la démonstration.
aurait pu fournir à M. Harrisse un second argument qui lui aurait permis d'établir que la junte eut lieu non seulement avant le mois d'août 1487, mais même avant le 5 mai de cette même année. Le témoin ajoute, en effet, que ce fut à la suite de cette réunion que Leurs Altesses firent délivrer à Colomb certaines sommes d'argent (1). Or la première allocation faite par les Rois Catholiques est du 5 mai 1487 (2). C'est donc avant cette date, et assez peu avant, puisque cette gratification fut la conséquence de la tenue de la junte, qu'il faut placer cette première discussion publique.
Ainsi donc le fait fondamental de l’existence d’une junte, affirmé par Remesal, est mis hors de toute discussion.
Quant au caractère de cette assemblée, Remesal nous dit qu'elle se composait d’astrono-
LA
(4) « E contra el parecer de los mäs de ellos porfé el dicho Almirante de ir el dicho viaje, é SS. AA, lo mandaron librar cierta cantidad de maravedis para ello, é asentaron ciertas capitulaciones con él : lo qual todo supo este testigo como uno de los del Consejo de SS. AA. » (Navarrete, Colecciôn, t. III, p. 589).
(2) « En dicho dia (5 de -Mayo de 1487) di à Cristobal Colomo, extrangero, tres mil maravedis, que est à aqui faciendo algunas cosas complideras al servicio de Sus Altezas » Navarrete, Colecciün, t. II, p. 4
mes Mal cett de & cro riss suite entr done roya nous sava met expe et la couv avait men étudi
Ma on à d'hon sait q le cet Yoyon
(1) Ci
mes, de cosmographes et de maihématiciens.
Maldonado, de son côté, confirme de tous points cette donnée : d'après lui, la diète était formée de savants, de lettrés et de marins. Nous ne croyons donc pas qu'il faille dire avec M. Harrisse « que des gens de la cour furent consultés, et qu'un débat contradictoire eut lieu entre eux et Colomb » (1). Il est vrai que Maldonado y assista comme membre du conseil royal, et peut-être d’autres avec lui ; mais il nous dit aussi que assemblée se composait de savants, de lettrés et de marins, ce qui nous met en présence d'une réunion d’hommes experts, bien plus qu’en face de gens de cour ; et la venue à la dièle d’un simple prieur de couvent, comme Talavera, nous montre qu'on avait cherché à former une commission d’examen composée de personnes compétentes pour étudier et expédier cette affaire.
Mais ces consulteurs que l’on appelait ainsi, on a dû les grouper là même où une réunion d'hommes savants était déjà constituée, et l’on sait que l’université de Salamanque était alors le centre intellectuel de la Péninsule. Aussi “oyons-nous, quelques années plus tard, les
(1) Christophe Colomb, t. I, p. 359.
du "7" NT Ets DOMENICAINS
Rois Catholiques s’adrésser à cette même université, faire appel à ses astronomes et cosmographes pour résoudre des questions de navigation (1). Le seul fait d’ailleurs de l'assistance du prieur du Prado exclut la probabilité de la tenue d’une junte dans le midi de l'Espagne : car on n’eût vraisemblablement pas convoqué un religieux des environs de Valladolid à un conseil tenu à Séville, voire même à Tolède. Mais ce qui fait cesser les doutes, c’est la présence même de la cour à Salamanque pendant l'hiver de 1486-87. « L’Jinerario de Galindez de Cartajal, écrit M. Harrisse (2), établit que les Fois Catholiques terminèrent l’année de 1486 et commencèrent celle de 1487 à Saiamanque » (3). D'autre part, comme Colomb touchait, dès le 5 mai, une subvention en conséqueuce de la tenue de la junte, et traitait
(4) « Nos habemos menester algunas personas que supiesen é luviesen experiencia de astrologia & cosmografia para que platicasen con otros que aqui estan sobre algunas cosas de la mar », etc. (Navarrele, Colecciôn, t. III, 489).
(2) Christophe Colomb, t. I, p. 362.
(3) Memorial 6 Registro breve de los lugares donde el Rey y Reyna Catolicos estuvieron caca año desde el MCDLXXX VII. Ms. de la Bibliothèque nat. de Paris, n° 6964 ‘collection Legrand), fol. 121, et imprimé dans la collection Ribadeneyra, t. LXX.
avec les Roisg d'après l'affirmation du témoin Maldonado, la réunion n'a pu avoir lieu qu'à Salamanque, où Maldonado devait être luimême à la suite de la cour comme membre du conseil (1). Il est dès lors aisé de comprendre les paroles de Christophe Colomb quand il rappelle aux Rois qu'il est venu à leur service le 20 janvier 1486 (2). C’est le moment, non de son arrivée précise en Espagne, mais celui où il se présenta pour la première fois à Ferdinand et Isabelle, bien que ses offres de services n'aient été acceptées qu'une année plus tard. C'est ainsi que des données fort diverses mais très posilives confirment le témoignage de Remesal et en: garantissent la valeur.
M. Harrisse lui-même conclut que la première conférence, celle de l’hiver 1486-1487, fut tenue « très probablement à Salamanque, lors du retour de la cour » (3). Nous ne croyons
- pas franchir les bornes d’une critique prudente
et légitime, en concluant, après la discussion
(1) Maldonado était de Salamanque et regidor de la ville (Navarrete, Loc. cit., III, 614).
(2, Colomb écrit le 14 janvier 1493 : « Despues que yo vine a les servir, que son siete añïos agora à 20 dias de Enero esto mismo mes » (Navarrete, I, 316. Voyez aussi II, 263). (3) Christophe Colomb, t. I, p. 363.
que l’on vient de lire, que le fait est moralement certain.
Nous pouvons ajouter, et ce n'est que justice, que l'autorité historique de Remesal a par ellemême un poids notable. Hislorien précis, bien renseigné, ayant fait de nombreuses recherches dans les archives de l'Amérique, il n’incline nullement à la légende et aux fictions. Sir Arthur Helps, qui, dans ses travaux d’américaniste, l’a trouvé souvent sur son chemin, s’est plu à lui décerner des éloges autorisés, et a tenu bon compte de ses affirmations (1).
Un dernier doute soulevé par le récit de Remesal est relatif à la présence de Diégo de Déza à la junte de Salamanque. En dehors de cet auteur, nous ne connaissons pas d’autorité ancienne confirmant directement ce fait. Mais ce que des textes ne donnent pas, les conjonctures des événements l’établissent avec la plus
(1) « I do not feel at all disposed to throw over the authority of Remesal. He had access to the archives of Guatemala early in the seventeeth century, and he is one of those excellent vwriters, so dear to the students of history, who is not proné to declamation, or rhetoric, or picturesques writing, but indulges us largely by the introduction everywhere of most important historical docu-
. ments, copied boldly into the text». The Life of Las Ca- Sas. London, 1883 (quatrième édition), p. 185.
1orale-
justice, ar elle- 8, bien echerl n'inctions.
d’améhemin, orisés, (1).
cit de égo de iors de utorité . Mais njonca plus
the auof Guas one of onts of bric, or the inl docu-
as Ca-
grande vraisemblance. Étant données la présence de la cour à Salamanque et la tenue d’une diète officielle pendant l'hiver 1486-87, on peut à peine douter de la participation prise par Déza. À ce moment, en effet, il était à Salamanque, ou comme professeur à l’uni-
versité, ou comme précepteur de l’infant don
Juan. Remesal dit les deux, car c’est en effet le moment où il passe de sa chaire de théologie au précertorat du jeune prince. Connaissant son amitié pour Colomb et l’autorité scientifique du premier professeur de l’université, on ne peut douter qu'il ait pris part à des discussions qu’on avait préparées de longue main. On ne concevrait pas, en effet, qu'on eût fait appel au simple prieur du Prado, un ancien professeur de Salamanque, et que le maître qui était au premier poste de l’université et était investi de la plus haute confiance à la cour, n’eût pas pris part à une discussion où il s'agissait d'un homme et d’une idée qui lui étaient si chers. Si Diégo de Déza est resté étranger à l'acte le plus importani, on pourrait dire le seul important des premières années du séjour de Colomb en Espagne, nous ne voyons pas où, quand et comment il aurait pu acquérir ces titres si formels de pa-
LES DO'INICAINS
tronage que Colomb lui décerne en disant qu'il l’a toujours favorisé et désiré son honneur depuis sa venue en Castille.
Ce qui confirme encore ces inductions, c’est ce que l'on pourrait appeler l'intervention latente de Déza dans l'obtention et le versement des subsides fournis à Christophe Colomb, à la suite des conférences de Salamanque. Nous savons que les consulteurs en masse avaient rejeté les théories du tenace navigateur. La cour, qui avait formé la junte pour prendre une détermination motivée, n’aurait pas dû songer à s'attacher Colomb. Néanmoins nous voyons dès ce moment celui-ci émarger aux comptes royaux, et il importe de connaître l’intermédiaire de ces faveurs.
Le savant Navarrete, dont les travaux critiques ont posé les bases solides de l’histoire de Christophe Colomb et de la conquête, a cru que Diégo de Déza fut l'intermédiaire direct
par ordre duquel les premières sommes du tré-
sor royal furent versées à Christophe Colomb (1). L'importance du patronage de Déza, continué après le ‘dernier voyage de l’Amiral des Indes, alors qu'il était réellement évèque
(1) Colecciôn, t. II, p. xcrr.
dont n tourer leurs 1 ce(3).1
(À) Rip (2) Gan Ratisbon nation de l'année 14.
(3) Sur
de Palencia, semble avoir induit Navarrele en erreur. En outre, cet auteur n’a pas connu la date de l'élévation du précepteur de l'infant à l'épiscopat. Ce qui est désormais certain, c'est qu'en 1487 Déza n'était ni évêque de Pa- Jencia ni même simplement évêque: son élévation à l'épiscopat, avec le titre d'évêque de Zamora, est du 14 avril 1494 (1). Ce n'est donc pas lui qui a donné l’ordre officiel de payer à Colomb plusieurs sommes importantes pendant les années 1487 et 1488.
Qui donc était alors évêque de Palencia?
Un collègue et ami de Déza, Alonzo de Burgos (2). Simple religieux dominicain, ses mérites l’avaient élevé aux premières dignités dès le commencement du règne de Fefdinand et d'Isabelle, et, au Lemps où nous sommes, il était un de ces hauts personnages ecclésiastiques dont nous voyons les Rois Catholiques s’entourer constamment pour le gouvernement de leurs États et la direction de leur conscience (3). La prédilection de Ferdinand et d'Isabelle
(1) Ripoll, But ord. Præd., t. IV, p. 197.
(2) Gams, Series episcoporum Ecclesiae catholicae, Ratisbonne, 1873, p.64, indique l’année 1486 pour la nomination de Burgos; Touron, éoc. cit., t. III, 694, indique
l'année 1484.
(3) Sur Alonzo de Burgos, voy. Touron, Hist. des hom-
pour les dominicains était des plus marquées. Au temps de la diète de Salamanque, Alonzo de Burgos est Grand Aumônier et Président du Conseil de Castille ; Thomas de Torquemada tient entre ses mains toute la puissance inquisitoriale, et Diégo de Déza dirige l’éducation d’un jeune prince en qui tout un peuple met ses espérances. Dans leur affection pour les dominicains, les rois sont allés jusqu’à vouloir habiter leur couvent de Saint Thomas d’A vila et en faire leur résidence favorite, C’est là que repose encore aujourd'hui, comme un gage de cette amitié, le jeune prince que Déza avait initié à la science et à la vertu, non loin d'une autre tombe, laissée, par une étrange ironie du temps et des révolutions, dans une tranquillité sans pareille, et où est pourtant couché l'homme qui a soulevé tant d’implacables colères, Thomas de Torquemada.
mes illustres, t. III, p. 693-97. — Ce fut lui qui eut l'idée géniale de fonder une école de hautes études pour les professeurs dominicains, au collège de Saint Grégoire, à Valladolid : il posa ainsi la base de la suprématie doctrinale de l’ordre en Espagne pendant le xvi° siècle, De li sortirent Victoria, Cano, les Soto, Caranza, Bañez, Medina, Grenade, etc. Déza fonda, à Séville, un collège analogue à celui de Valladolid, sous le titre de Saint Thomas.
Ce qu'un Ferdi en ava ment que à de Coll des Ro sauva du fut
Alon du cons jestés, largessé irouvo trésorie l'inscrif
ordre o!
Quand 1 émane € au trésc Rois, l'e seil, dor
ou du m
C’est paye, pe mara véc
es, Ce n’était donc pas une protection sans portée nz0 qu'une proteetion dominicaine à la cour de ent Ferdinand et d'Isabelle. A l'heure où Colomb ada en avait besoin, elle lui vint incontestablejui- ment par Diégo de Déza. La diète de Salamanion que avait universellement repoussé les projets met de Colomb ; ce fut une intervention privée près les des Rois, celle du précepteur de l'infant, qui loir sauva d'un premier naufrage les espérances vila du futur inventeur des Indes.
| là Alonzo de Burgos, en qualité de président un du conseil, fit exécuter lesordres de Leurs Ma- )éza jestés, et délivra les certificats officiels des loin largesses royales à Christophe Colomb. Nous nge trouvons en effet dans le livre de comptes du une trésorier royal, Francisco Gonzalez de Séville, ant l'inscription de diverses sommes versées par Ca- ordre ou par cédule de l'évêque de Palencia.
Quand Leurs Altesses sont présentes, l’ordre émane d'elles, et la cédule ou billet, présenté au trésor, est de l’évêque ; en l'absence des Rois, l'évêque de Palencia, président du conseil, donne l’ordre, et un autre membre rédige ou du moins souscrit la cédule.
C’est ainsi que, le 5 mai 1485, le trésorier paye, par ordre de l'évêque de Palencia, 3,000 maravédis à Christophe Colomb, étranger, qui
travaille à certaines choses pour le service de Leurs Altesses.
Le 27 août de la même année, versement de 4,000 maravédis, par ordre de Leurs Altesses et par cédule de l'évêque.
Le 3 juillet, Colomb touche 3,000 maravédis pour frais de déplacement.
Le 15 octobre, par ordre de Leurs Altesses et cédule de l'évêque, encore 4,000 maravédis (1).
Ainsi donc, dès la venue de Colomb en Espagne, deux mains dominicaines se tendent vers la sienne : celle de Diégo de Déza et celle d'Alonzo de Burgos; mais ces deux mains sont
(4) « En dicho dia (5 de Mayo de 1487) di â Cristôbal Colomo, extrangero, tres mil Maravedis, que estô aqui faciendo algunas cosas complideras al servicio de Sus Aitezas, por cédula de Alonzo de Quintanilla, con mandamiento del Obispo (de Palencia).
« En 27 de dicho mes (Agosto de 1487) di â Cristôbal Colomo quatro mil Maravedis para ir al Real por mandado de Sus Altezas, por cédula del Obispo.
« Son siete mil Maravedis con tres mil que se le mandaron dar para ayuda de su costa por otra partida de 3 de Julio.
« En dicho dia (15 de Octubre de 1487) di à Cristôbal Colomo cuatro mil Maravedis que Sus Altezas le mandaron dar para ayuda à su corta por cédula del Obispo » (Na” varrete, Colecciôn, t. II, p. 4).
mues tecteu royau trange mière
Enfi manq savant ment E dont n vera »
rôle po mes le dit bie du prie la part nomme ses rap qu'il oc fort in venant précéda dignité.
la direc buer à
(1) Car
mues par un seul cœur, celui de Déza, le protecteur constant de Colomb, que les livres
t de royaux, à cette heure difficile, appellent l’épi tranger, quand ils prononcent pour la première fois son nom.
édis | Enfin, pour en finir avec la junte de Salamanque, nous relèverons une affirmation du sses savant M. Harrisse. Nous ne sommes aucuneavé- ment porté à croire avec lui que la conférence dont nous avons parlé fut « dirigée par Tala- | en vera » (1). Non seulement rien n’établit un tel dent rôle pour Talavera, mais les circonstances mêcelle mes le rendent improbable. Maldonado nous sont dit bien qu’il assista à la junte, en compagnie du prieur du Prado, mais il ne qualifie point tôbal la part prise par Talavera; et si Maldonado aqui À nomme ce seul personnage, c’est à cause de Ne ses rapports avec lui et des hautes dignités qu'il occupa dans la suite. D'autre part, il cst 6bal fort invraisemblable qu’un simple religieux, PAS venant au milieu de savants dont plusieurs le RTE précédaient par leurs titres scientifiques ou la > de dignité de leurs offices, ait été appelé à prendre ce la direction de la diète. Que si l’on devait attri-
buer à Talavera une fonction de cette nature, il
(1) Christophe Colomb, t. I, p. 363,
faudrait la réserver pour la diète de la fin de 1491 : car les Histoires dites de Fernand Colomb désignent alors positivement Talavera pour un pareil rôle (1). Mais on sait avec quelle défiance il faut accueillir les données de cet ouvrage, et nous montrerons nous-même plus loin qu'en ce qui regarde les rôles des prétendus protecteurs de Colomb, il n’a pas. plus d’autorilé qu'en beaucoup d’autres points où il est bourré de grossières et impudentes erreurs. Si Diégo de Déza a assisté aux conférences de
Salamanque, comme tout porte à le croire, il
a dû s’y trouver au premier rang : la junte . était une assemblée de savants, et c’est à ce titre surtout qu'il dut y prendre part. Mais il élait aussi précepteur de l'infant et il descen-
(1) « Le Alteze loro la commisero al prior di Prado, che poi fu archivescovo di Granata », etc., Historie del Fernando Colombo, etc., Venetia, 1571, p.f. 32, verso. — En ce: endroit, l’auteur des Histoires a eu sous les yeux la déposition de Maldonado ; et, comme elle ne porte pas de date exprimée, il a mis sottement ce fait en 1491, sans se douter que Talavera n’était plus prieur du Prado et qu'il était dé;à archevêque de Grenade. Il a gardé matériellement la formule de Maldonado, vraie pour une junte de 1486-87, mais erronée pour 1491. Quant au rôle principe! attribué à Talavera, les Histoires l'ont imaginé en glosant arbitrairement la donnée de Maldonado sous ce besoin d’amplification qu’elles font sentir partout.
dait l'on dans
que € Il 4 de nd chem le se les a sans et la] que h avec NOUS E ces, n son Sp.
plus be üibles « délaiss amplifi mais /?
etd’hor d'or co des trés Qu’or en peu croyons
n de dait de la première chaire de l’université, et lomb l'on conçoit au’à ce double titre il dut occuper ar un dans les débats une préséance à la fois honorififian- que et scientifique.
rage, À Il aura pu paraître fastidieux à nos lecteurs loin de nous voir ainsi frayer laborieusement un ondus M chemin au travers de difficultés multiples, dans auto- le seul but de mettre hors de doute un fait que il est les auteurs avaient depuis longlemps accepté rs. Si sans hésitation, que les arts avaient popularisé es de et la légende largement exploité, Mais la critiire, il que hislorique a aujourd’hui des exigences. junte avec lesquelles il faut compter ; et, loin de t à ce nous plaindre de ses sévérités et de ses défianfais il ces, nous nous en louons : car là où est passé: sscen- Æ son spectre jaloux, l’histoire s'élève rajeunie et
plus belle, sur des assises désormais indestruc-
do, che tibles ct seules dignes de la vérité. Le vulgaire ernan- délaissera toujours l’histoire austère pour les A amplifications romanesques et les légendes ; 3 0- . ‘ 2 + A a mais l’homme qui pense trouvera plus de joie se dou- M etd'honneur à tenir au fond de sa main le grain il a d'or conquis par son travail, que de posséder ment 1a h PRE: à st 186.87, des trésors puérils ou imaginaires.
btribué Qu'on nous permette maintenant d’esquisser arbi- D en peu de mots la physionomie de ce que nous d'am- P°y
croyons avoir été la junte de Salamanque, en
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128 e LES DOMINICAINS
dégageant les grandes lignes de cet événement des critiques fondamentales précédemment établies.
Quand Christophe Colomb vint, le 20 janvier 1486, offrir à la cour de Castille de se meltre à son service, en lui promettant, non pas de découvrir un nouveau monde, mais de trouver une route abrégée pour aborder aux Indes, les Rois Catholiques durent être sollicités par un double mouvement : un mouvement de défiance vis-à-vis d’un aventurier et d’un projet peut-être chimérique, et un mouvement de désir et d'espoir pour des avantages que les récentes découvertes des Portugais et les progrès de la navigation rendaient possibles. Il était de la sagesse des Rois de Castiile et de Léon de ne pas s'engager à la légère dans une entreprise de cette nature; ils devaient réflé-
chir et surtout consulter. Dans l'impossibilité |
de traiter rapidement cette affaire, à raison des graves entreprises dans lesquelles Ferdinand et Isabelle étaient alors engagés, et aussi à cause du manque d'hommes compétents dans leur entourage, on laissa à Colomb des espérances et la perspective d’un examen sérieux de ses projets, dès que les circonstances le rendraient possible. Dès l’année 1486, on dut son-
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ger à une consultation de savants et de spécialistes, et, selon toute apparence, à Salamanque, où les hommes les plus aptes à ce dessein semblaient être déjà réunis. Quand ce projet eut pris corps, Colomb prit les devants, et, avec cette résolution et cette ténacité qui étaient le fond de son caractère, il vint préparer les voies à un examen officiel de ses idées. L'importance capitale que devait avoir pour lui semblable mesure, ne lui permettait pas de rien abandonner au hasard.
À Salamanque, il trouva Diégo de Déza, le professeur le plus en évidence de l’université. Les idées de Déza, qui n'étaient autres que celles de son école, touchant les problèmes soulevés par Colomb, le mirent immédiatement d'accord avec un homme qui se sentait l’énergie de montrer pratiquement la vérité des théories reslées jusque-là dans l’intérieur des académies. En attendant que les Rois Catholiques vinssent à Salamanque et lui donnassent des juges, Colomb entra par Déza dans l'intimité des dominicains de San Esteban, le couvent le plus important et le plus lettré de la ville. Les idées de Déza, qui étaient aussi celles des religieux instruits de cette maison, assurèrent à Colomb un bienveillant concours. Il fut logé,
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nourri, entretenu, comme le dit Rémésal, par les moines de Saint Etienne. On montre encore
‘aujourd’hui, aux environs de la ville, une sorte
de villa à laquelle la tradition a attaché le
nom de Colomb, et que l'on regarde comme
ayant été mise à la disposition du marin génois par le couvent des dominicains, dont elle était une dépendance. Du côté de Déza et de ses
collègues, Colomb trouvait des auxiliaires con-
vaincus et dévoués. Bien des fois, en attendant l'examen officiel projeté par la cour, le solliciteur dut discuter avec les religieux de Saint Étienne les théories et les visions dont son esprit était obsédé, et c'est ainsi que, pourvu de la double hospitalité du corps et
des idées, le courageux étranger attendit la
venue des Rois. |
Pendant l'hiver 1486-87, Leurs Majestés Catholiques, étant à Salamanque, donnèrent suite au projet de formation d'une commission scientifique pour examiner les projets de découvertes de Colomb. Le fonds dés consulteurs dut être pris naturellement dans le personnel de l’université. On adjoignit à ceux-ci diverses notabilités scientifiques, telles qu’on pouvait les avoir alors, et c’est ainsi que Hernando de Talavera fut appelé de son couvent du Prado.
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ET LA DÉCOUVERTE DE L’AMÉRIQUE 1931 Des spécialistes, c’est-à-dire des hommes de mer, furent aussi adjoints aux lettrés, ainsi qué des délégués du conseil royal, comme Maldonado, dont la déposition nous a été si précieuse dans toute cette question.
Plusieurs séances durent être consacrées à l'examen des projets d'invention des Indes tels que les proposait Colomb. Le gros des débats roula incontestablement sur la discussion des autorités scientifiques de l’école et les difficultés pratiques de l'exécution. Un double courant d'idées se partageait alors inégalement les esprits en Espagne : le courant scientifique venu d'Aristote, et profondément canalisé dans l’enseignement classique de l'école dominicaine par les travaux d'Albert le Grand et de saint Thomas d'Aquin ; celui venu de saint Auguslin ét de Lactance, accru par l'adhésion de Nicolas de Lyre, niant des antipodes en se fondant sur des textes scripturaires superficiellement compris et des objections vulgaires et antiscientifiques. Par malheur, ce dernier entraînait alors la plupart des esprits dans la Péninsule. L'épiscopat, nous dira un témoin oculaire de la diète de 1491, où furent reprises les mêmes discussions, l’épiscopat était en masse opposé aux idées cosmographiques d'A-
182 LES DOMINICAINS ristote, et le témoignage de Maldonado nous
apprend aussi que, dans les conférences de Sala-:
manque, l’universalité des consultants répudia les vues de Colomb. Le navigateur inspiré discuta vainement leurs objections avec les plus doctes : il persévéra finalement presque seul dans ses idées et ses résolutions.
Cès séances mémorables se tinrent au couvent de Saint Étienne, le centre intellectuel de Salamanque, où l'on montre encore aujourd’hui la salle où Colomb défendit avec 'audace \:5 inspirations de son génie. Cette première .. ie ne fit pas la lumière. Les savants fermé: t vour quelques années encore à son ‘voa. lag portes du Nouveau Monde.
Les conférences de 1486-1487 ayant abouti à une pure négation, la logique voulait que les Rois d’Espagne donnassent congé à Christophe Colomb. 11 n'en fut rien cependant. Une influence privée s'exerça près de Ferdinand et d'Isabelle, et Colomb put poursuivre encore ses projets, aidé et soutenu par les largesses royales. Nul doute que Déza ne fût l'agent de ces bienfaits. Vivant à la cour par suite de son office de précepteur de l’infant, il trouva, outre son crédit personnel près des princes, l’appui de son confrère et ami Alonso de Burgos,
ous président du conseil royal et principal moteur ala- dans les résolutions administratives. Dans un pu - péril analogue à celui qu'il courait présente- / . iré | ment, Colomb nous dira lui-même que c’est les | Déza qui a tout sauvé et conservé l'Amérique que à l'Espagne. Nul doute donc que dès la pre-
mière heure Déza ait pris l'attitude que nous nur avons signalée et qu'il gardera jusqu'à la fin : | de elle découle des paroles mêmes de l'Amiral, salé affirmant que Déza l’a toujours favorisé et a Fe toujours désiré son honneur depuis son arrière vée en Castille, paroles amplement commener- tées par l’autorité de Remesal et les conjoncson
lures des événements pendaht les années 1486 et 1487.
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