‹ Les dominicains et la découverte de l'Amérique [microforme]Chapitre 15 sur 35 · LD · texte numérisé non relu

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ne fut pas favorable à Colomb, et Mendoza ne fut pas son protecteur, du moins à ce titre.

La base historique sur laquelle M. Harrisse fait porter son affirmation, est constiluée exclusivement par l'autorité d'Ovieda, qui reconnaît Mendoza comme protecteur de Colomb, et par le témoignage d'Alessandro Geraldini, qui assista à la diète et y confirme la présence de Mendoza. Procéder ainsi, c'est, croyons-nous, établir sur des données peu sûres un problème qu'on peut résoudre avec des documents très autorisés et autrement posilifs.

En ce qui concerne d’abord les renseigne-

‘ menis fournis par Geraldini, ils ont une valeur

absolue pour prouver le fait de la diète de Grenade, à laquelle il a assisté. Mais en dehors de cela, non seulement ils n’appuient en rien la thèse d'une diète favorable à Colomb et d’un patronage de Mendoza, mais ils vont directement à confirmer le récit de Las Casas.

€ Il y avait, dit Geraldini, diverses opinions dans le conseil, parce que beaucoup d'évêques espagnols regardaient l'opinion de l'existence des antipodes comme hérétique, à cause de l'autorité de Nicolas de Lyre et de saint Augustin. Moi, qui me trouvais derrière Diégo de Mendoza, j'objectai, peut-être parce que j'étais

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jeune, que saint Augustin et Lactance pouvaient être de très grands théologiens et d’assez mauvais cosmogräphes » (1). On voit aisément, d’après le témoin oculaire, que la junte ne devait guère être favorable, puisque les évèêques tenaient assez communément por” hérétiques les idées de Colomb, et qu’il al..vue à

une hardiesse de jeune homme la liberté qu'il

prit de faire une observation que nous trouvons aujourd'hui fort sensée, mais que les sages de Grenade prirent probablement en pitié.

Quant au rôle attribué à Mendoza, les paro-

(1) « Cum coadunato primariorum consilio v + sententiæ essent, eo quod multi antistites patria Jan&æ manifestum reum hæreseos esse plane asserebant, eo quod Nicolaus a Lyra totam terræ humanæ compaginem ab insulis Fortunatis orientem usque supra mare extentam nulla latera habere per inferiorem partem spheræ obtorta dicit. Et divus Aurelius Augustinus nullos esse antipodas affirmat. Tunc ego qui forte juvenis, retro eram Didacum Mendozam, sanctæ Romanæ Ecclesiæ cardinalem, hominem genere, integritate, prudentia, rerum notitia, et.omnibus præclaræ naturæ ornamentis illustrem petii. Cui cum referrem Nicolaum a Lyra, virum sacræ theologiæ exponendæ egregium fuisse, et Aurelium Augustinum doctrina gt sanctitate magnum, tamen cosmographia caruisse », etc. (Itinerarium, Romæ, Fee p. 204) Harrisse, L. c., I, p. 380).

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les de Geraldini ne permettent d'établir rien autre chose à ce sujet en dehors du fait de la

isé- présence du grand cardinal à la diète.

inte | Reste l'autorité d'Oviedo. Eu

vé- « Dans presque toutes les histoires -et les JA sré- chroniques, écrit M. Harrisse, où il est ques- À | le à tion de la découverte du Nouveau Monde et D qu'il des tribulations que souffrit Colomb, ce n’est 2} se ni à Déza, ni à Quintanilla, ni à Cabrero qu'est val

attribué le mérite de l'entreprise, mais à Pedro

je Gonzalez de Mendoza, grand cardinal d'Espa- gne > (1). Après avoir fait celte observation, . M. Harrisse la réduit lui-même à sa juste valeur. Quand on examine de près ces récits et sen- ces hisloires, « on reste convaincu que leur an: seule source d’information est Oviedo ou en Gomara ». Le texte d'Oviedo est formel. Mende doza a recommandé Colomb à Leurs Majestés ere Catholiques, et il atpu, par Mendoza et Quin- “sé tanilla, qui l'avaient présenté au cardinal, se Btro â #3 faire écouter de Leurs Allesses.

um Rien n'empêche d'admettre que Mendoza ait em présenté Colomb à Ferdinaud et Isabelle, et ait

témoigné intérêt et bienveillance au pauvre grand homme incompris. C’est aussi l’affirma-

(i) Christophe Colomb, I, p. 378.

tion expresse de Geraldini: « Sur la recommandation d'un homme illustre (c'est-à-dire Mendoza), les Rois furent émus pour la détresse de Colomb » (1).

Mais que le concours et l'intervention de

Mendoza aient été continués dans la junte de Santa Fé, surtout jusqu'à la rendre favorable à Colomb, c’est ce qu'il est impossible d'admettre.

Qu’après la résolution finale de tenter la réalisation des projets de Colomb, Mendoza ait pris part à la mise à exécution des ordres royaux à raison de sa haute position, et qu'à ce titre Oviedo lui ait attribué l'honneur de l'entreprise, comme à un premier ministre qui, sans avoir conduit une négociation, y attache cependant son nom, rien n'est plus naturel.

Mais que Mendoza soit entré dans les vues él les intérêts de Colomb jusqu'à avoir le droit d’être regardé comme la cause efficace de la découverte et qu'U puisse recueillir l'honneur d’avoir donné i’Amérique à l'Espagne, cela

(1) «Is Illiberim urbem, quam nostro sæculo Granatam vocant, ad Ferdinandum regem et Elisabetam reginam perrexit, qui auctoritate clari hominis moti pro Colono misero. Quo intra paucos dies veniente, cum coadunato primariorum hominum consilio », etc., comme à l’avantdernière note (Geraldini, Ztinerarium, p. 204). ;

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est erroné, et c’est Christophe Colomb lui-

même qui donne le démenti.

On a vu plus haut l'opinion formelle de Las Casas affirmant que la junte de Grenade avait méprisé les propositions de Colomb, et Las Casas fait appel aux écrits du malheureux navigateur pour appuyer son affirmation.

Colomb en effet s’est exprimé très clairement sur cette question, et c’est lui avant tout qu'il faut entendre. Au commencement du récit de son troisième voyage, Colomb s’adresse aux Rois Catholiques, et résume brièvement la physionomie de cette période, pendant laquelle il avait lutté contre tous pour faire accepter ses projets aux Rois d’Espagne.

« Sérénissimes, très hauts et très puis- « sants Princes, le Roi et la Reine, nos Sei- « gneurs. C’est la sainte Trinité qui mut jadis « Vos Altesses à celte entreprise des Indes.

« Dans son infinie bonté, elle fit de moi son « messager, et c’est comme son ambassadeur « que je vins en votre royale présence, comme « aux plus grands princes chrétiens et aussi € « € |

comme aux plus dévoués à la défense et à la propagation de la foi. Les personnes qui eurent alors connaissance de mes projels, les tinrent pour impossibles. Elles n'imagi-

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