‹ Les dominicains et la découverte de l'Amérique [microforme]Chapitre 16 sur 35 · RAA AA AR AR A 2 AR A = A A · texte numérisé non relu

RAA AA AR AR A 2 AR A = A A

ÀA À 2 À 2

LES DOMINICAINS naient pas d'autre moyen d'accroître vos

richesses que par les biens ordinaires de la: fortune, et elles s'entêtèrent dans cette idée.

J'employai à cette affaire six ou sept années d'un pénible labeur, montränt, le mieux que je savais, combien ce serait servir Notre Seigneur de propager son saint nom et sa foi chez des peuples nombreux, et combien celte œuvre était digne de grands princes, tant à cause de son excellence qu'à cause de la haute renommée et de l'impé-

rissable souvenir qui s'y attacheraient. Il

fallut aussi traiter le côté humain du projet. Je montrai alors tout ce qu'avaient écrit dans leurs histoires des savants nombreux et dignes de foi; comment ils racontaient qu'il y avait dans ces pays de grandes richesses. Je dus même rapporter à cet effet l'opinion de ceux qui avaient traité de la position du monde. Enfin Vos Altesses se déterminèrent à mettre le projet à exécution. Par là elles montrèrent bien le grand cœur qu'elles portent toujours dans les grandes entreprises, parce que tous ceux qui avaient connu cette äffaire ou assisté -à la discussion, tous à l'unisson tenaient le projet pour une plaisanterie,

« Sa

« tan

Les plus mière perso projet nas a1 impost

Une de pei nent à la rev entend l'unani

(1) eV.

como à L nas que Puse en trando 1 hacer à :

determin ron el gr grande, f oido est:

salvo dos rete, Cole

108 « sauf deux moines qui toujours furent consla. D «tants » (1). ée. Les paroles de Colomb sont, on le voit, des ées plus claires et des plus explicites. Une pre- UX | mière fois, quand il vient en Espagne, les vir personnes qui prennent connaissance de ses 4 om projets, les déclarent impossibles : las perso- : et nas que enlendieron en ello lo luvieron por ads imposible. C’est la junte de Salamanque de qu'à | 1186-1487.

pé- | Une dernière fois, après six ou sept années Il de peine, les propositions de Colomb revienjet. nent à l'examen. Tous ceux qui sont mêlés à crit la revision de son procès, lous ceux qui eux entendent l'exposition de ses idées, tous à ent l'unanimité tiennent cela pour une farce : todos des et (1) « Vine con la embajada à su Real conspectu, movido la como à los mäs altos Principes de cristianos.. las persose nas que entendieron en ello lo tuvieron por imposible.… mr Puse en esto seis 6 siete años de grave pena, demostrando lo mejor que yo sabia cuanto servicio se podia le hacer à nuestro Señor en esto.. en fin Vuestras Altezas ans determinaron que esto se pusiese en obra. Aqui mostra- DüS ron el grande corazôn que siempre hicieron en toda cosa grande, porque todos los que habian entendido en ello y ou

oido esta plâtica todos à una mano lo tenian à burla, son salvo dos failes que siempre fueron constantes (Navarrete, Colecciô.1, 1, débuts du troisième voyage).

los que habian entendido en ello y oùdo esa plilica todos à una mano lo tenian & burla. Que Colomb entende par ces paroles les dernières négociations et la diète de Grenade, c'est ce qui est hors de doute. Le moi plélica s’applique très bien à la discussion où il a exposé les idées qu’il a signalées plus haut. .

Enfin, le texte est formellement exclusif de tout concours ou appui notable autre que celui “des deux religieux qui l'ont défendu avec constance : salvo dos frailes que siempre fueon constantes.

Quels sont donc ces deux hommes auxquels revient l'honneur de s'être constitués si résolument les partisans de Colomb? Depuis Navarrete et à sa suite, tout le monde a nommé le précepteur de l'infant don Juan, Diégo de Déza, et le gardien du couvent de la + ed Antonio de Marchena.

M. Harrisse, à qui l'histoire primitive de l'Amérique est redevable de tant de vues critiques nouvelles, a voulu exclure Déza du bénéfice d'être l’un de ces deux religieux. Le savant auteur de Christophe Colomb, dans sa préoccupalion de dédoubler la personnalité traditionnelle du gardien de la Râbida en deux religieux franciscains, Juan Perez et Antonio

de M ci-des Déza par C les dé Qud due pe se s0 départ M.

emplo deven connu gieux ( Colo

ac Antonio fut l’autr

« Tous

« Déza toute sa :

savant ec fut que s dont l’An après avo Salamanc était déj la premiè parle, av.

de Marchena, & tenté de faire servir le texte ci-dessus mentionné à l'appui de sa thèse. Si Déza n’est pas l'un des deux moines indiqués par Colomb, il est vraisemblable que ce sont les deux franciscains qui sont visés par lui.

Quoi qu'il en soit de la dualité probable défendue par M. Harrisse, son argumentation ne peut se soutenir : car, à son insu, son point de départ est erroné.

M. Harrisse pense que Colomb n'eût pas employé le mot de fraile pour désigner Déza devenu évêque, et Colomb ne l'aurait pas connu alors qu’il n'élait que simple religieux (1).

Colomb n'eût-il connu Déza qu'après sa

(1) « Colomb parle de « deux moines » qui l’aidèrent. Antonio de Marchena était l’un certainement; mais qui fut l’autre?

« Tous les historiens désignent Diégo de Déza.

« Déza prit le froc de bonne heure, il est vrai, et resta toute sa vie affilié à l’ordre de Saint Dominique ; mais ce savant ecclésiastique ne connut pas Colomb lorsqu'il ne fut que simple fraile. « Un moine », est-ce l'expression dont l’Amiral se serait servi pour parler d’un prélat qui, après avoir été professeur de théologie à l'université de Salamanque et précepteur de l'héritier de la couronne, était déjà évêque de Zamora quand il le rencontra pour la première fois en 1486-1487, et qui, à l'époque où il en parle, avait déjà passé par les importants évêchés de

nomination à l’épiscopat, on ne saurait établir que le mot de fraile ne puisse s’appliquer à un moine devenu évêque, surtout quand il est désigné en commun avec un autre simple reli- .gieux. En réalité, les évêques tirés des ordres monastiques gardaient en Espagne, au xvi° siècle, leur appellation de fraile, et il suifit, pour s’en convaincre, d'ouvrir aux premières pages l’Histoire des Indes de Las Casas, où le vieux missionnaire place à côté l’un de l’autre

Salamanque, de Jaen, de Palencia, et était le confesseur en titre des Rois Catholiques ?

« Nous pensons, au contraire, que les deux moines auxquels Colomb fait allusion étaient le Fr. Antonio de Marchena et le Fr. Juan Perez, dontil faut faire, à l’exemple de Las Casas, deux personnalités parfaitement distinctes » (Christophe Colomb, I, 371). :

M. Harrisse prend toutes les données relatives à Déza dans Échard, Script. ord. Præd., 11, p. 51.— Voici les évêchés occupés par Déza, d’après le Bull. ord. Præd., t. IV, et Gams, Series episc. Eccl. Cat. : Zamora (Bull, 14 avril 1494; pas de date dans Gams); Salamanque Bull. 1497 ; Gams, 1496) ; Jaen (B., 1498 circiter; G., 1497); Palencia (B., 1500; G., 1500); Séville (B., 1504 ; G., 1505). Les lettres de nomination arrivèrent le 21 décembre 1504. Déza prit possession par procureur tout au commencement de 1405, et fit seulement son entrée solennelle le 24 octobre de la même année (Ortiz de Zuñiga, Anales eclesiästicos y seculares de la muy noble ciudad de Sevilla (Madrid, 1795), lib. XII et XIII). Tolède (B., 1523 ; G., 1523), mort le 9 juin 1523, âgé de quatre-vingts ans.

son tôlo obis que vêq hau plus le q Mi parti évêq que ; la dié plus l'évêc décou simpl nier deux à Col autre!

rons doute.

(1) I, (2) «] fraile d (3) B:

son titre de fraile et d’évêèque : Don Fray Bar- | t6lomé de Las Casas, fraile de Santo Domingo, obispo de Chiana (1) ; et ce qui est plus topi- - que encore, parlant de Déza lui-même, archevêque de Séville et ayant rempli toutes les , hautes fonctions énumérées par M. Harrisse, NES plus celle de chancelier de Castille, Las Casas s le qualifie d’archevêque et de fraile (2).

e Mais, quoi qu'il en soit, M. Harrisse est e parti d'une fausse hypothèse : Déza n’était pas évêque quand Colomb le connut à Salaman-

FR que ; il ne l'était pas davantage au temps de s: la diète de Santa Fé. Ce fut deux ans et demi le plus tard, le 14 avril 1494, qu’il fut nommé à si l'évêché de Zamora (3). Ainsi Colomb, avant la - découverte de l'Amérique, ne connut Déza que a simple religieux, c’est-à-dire fraile. Ce der-

nier est donc incontestablement parmi les ù deux seuls personnages qui furent favorables

à Colomb à Santa Fé, et le témoignage bien ; autrement explicite de l’Amiral, que nous citek rons bientôt, ne laissera subsister aucun doute.

LS (1) I, p. 34.

e (2) « Este arzobispo de Sevilla, que era D. Diego de Deza, fraile de Santo Domingo » (Hist. de las Ind., II, p. 187). (3) Bull, ord. Præd., t. TV, p. 197.

Quant à ce qui tendrait à admettre un ou plusieurs protecteurs signalés de Colomb en dehors des deux moines qu'il désigne, son propre témoignage rend la chose impossible.

Conçoit-on, en effet, que l'Amiral ait présenté avec lant d'insistance pareilles affirmations aux Rois Catholiques sur des faits à eux bien connus, si elles n'avaient été pleinement fondées et notoires? imagine-t-on Christophe Colomb patronné par le Grand Cardinal d'Espagne, la troisième Majesté, comme on disait alors, et déclarant aux Rois qu'il n’avait trouvé aucun concours hormis chez deux moines ?

Pareilles questions supportent à peine l'examen.

Avec la diète de Grenade, tout semblait perdu pour Colomb, et cependant jamais le malheureux solliciteur n'avait été plus proche du succès.

Le gardien de la Räâbida avait achevé sa mission avec la diète de Santa Fé, à laquelle

il avait conduit son protégé. Après cette dé-

faite, il ne pouvait donner d'autre secours à Colomb que la sympathie que trouve toujours un grand cœur pour un homme de génie persécuté par la mauvaise fortune.

Quant à Diégo de Déza, il demeurait à la

poui mais asse pers était de E

(4) que le pedid que a deteri que a

* cour, où sa charge de précepteur le retenait i près du jeune prince héritier. Ce fut son intervention qui sauva tout. A la suite du refus de “ la diète, raconte Las Casas, Colomb tomba

L dans un complet abandon, les Rois lui signifiant k qu'il n'avait plus qu'à se relirer..… Après ävoir t reçu de la Reine l'ordre de partir, il prit congé e de ce qu'il complail d'amis et se mit en roule À pour Cordoue, dans le dessein bien arrélé de past ser de là en France pour y soumettre ses pro- ” jets (1). Or, à cette heure, quelqu'un arrêta 9 l'inventeur attristé, mais non découragé. Celui- É là ne découvrit pas les Indes, mais il les atta-

cha assurément au royaume d'Espagne. Cet it homme, ce fut Diégo de Déza. Nous en avons à pour garant, non des chroniqueurs suspects,

mais Christophe Colomb lui-même, qui avait assez de discernement et de connaissance du personnel de la cour, depuis six ans qu'il y e était solliciteur, pour ne pas confondre Diégo Le de Déza avec le cardinal de Mendoza, comme

8 (4) « Vino en total despedimiento, mandando los Reyes

5 que le dijesen que se fuese en hora buena.. El cual, despedido por mandado de la Reina, despidiôse el de los que alli le favorecian ; tomé el camino para Cérdoba con determinada voluntad de pasarse à Francia y hacer lo que arriba se dijé » (Hist. de las Indias, I, p. 243).

le fait Oviedo, et moins encore avec Louis de Santangel, comme le font les Hisloires. Las Casas nous apprend en effet que « c'est Diégo de Déza, maître du prince don Juan, qui insista beaucoup près de la Reine pour qu'elle acceplât cette entreprise » (1). Le même Las Casas nous fait aussi savoir qu'il connaissait la lettre dans laquelle Christophe Colomb affirme que c'est Diégo de Déza qui a élé cause que Leurs Altesses possédassent les Indes (2). Cette lettre, d’ailleurs, nous a été conservée. Elle contient le témoignage éclatant souscrit par Colomb à son généreux bienfaiteur, et nul parmi les protecteurs du célèbre marin ne pourrait exhiber un pareil titre.

Le 21 décembre 1404, Colomb écrit à son fils et successeur don Diégo, pour qu'il s’informe si la reine Isabelle a fait mention de lui dans son testament. Pour cela, il exhorte Diégo à presser Déza, alors évêque de Palencia, à s’en occuper, et il ajoute ces mémorables paroles : « C'est lui qui a été cause que Leurs

(1) « Este arzobispo de Sevilla, que era D. Diego de Deza, fraile de Santo Domingo, siendo maestro del Principe D. Juan, insistiô mucho con la Reina que aceptase aquesta empresa » (Wist. de las Indias, t. III, p. 188).

(2) Hist. de las Indias, t. I, p. 228.

Alte dem rou

auc Si q aun déto les I nous voqu pren nier Déza Altes sois

déjà « que £ queda para perso

() « tiene, « dar pri que Su en Cas (Navar

ns Ce ©

Altesses possédassent les Indes ct que je sois demeuré en Castille, alors que j'étais déjà en route pour passer à l'étranger » (1).

Contre ce témoignage, aucune allégation, aucune subtilité historique ne prévaudra.

Si quelqu'un a su qui a arrêté et relenu Colomb au moment où il quittait la Castille, pour le détourner de la France et le pousser enfin vers les Indes, c'est Colomb lui-même. Or Colomb nous le dit sans possibilité de doute ou d’équivoque, cet homme, c'est son protecteur des premiers jours, l'ami de Salamanque, l’aumônier de ses premiers maravédis, Diégo de Déza. « C'est lui qui a été cause que Leurs Altesses possédassent les Indes et que moi je sois demeuré en Castille, alors que j'étais déjà en route pour l'étranger ». El que fué causa que Sus Altezas hobiésen las Indias, y que yo quedase en Caslilla, que ya estaba yo de camino para fuera. Loin de nous de faire injure à personne, mais l'histoire a ses droits. Or nous

(4) « Es de trabajar de saber si la Reina, que Dios tiene, dej dicho algo en su testamento de mi, y es de dar priesa al Sr. Obispo de Palencia, el que fué causa que Sus Altezas hobiésen las Indias, y que yo quedase en Castilla, que ya estaba yo de camino para fuerar » (Navarrete, Colecciôn, I, p. 346),

” bi. £ + ro mn armee

nm =

D ne M mn mm M

croyons que les titres réunis de tous les protecteurs réels et prétendus de Christophe Colomb ne pèsent pas, aux yeux d'un esprit impartial, le poids de cette phrase immortelle,

Page 1