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Chine et de l'Inde dans le golfe du Mexique et la mer des Antilles.
Saint Thomas d'Aquin, dans le commentaire même d'Aristote sur le ciel et le monde, met cette idée courante en suspicion. Dans la preuve que nous avons exposée, le pénétrant commentateur rapporte le considérant du Maître, la présence des éléphants sur ce que Ton croyait être les rivages opposés de l'océan Atlantique; mais il aperçoit clairement la faiblesse de cette base, et il la révoque dun mot. c La présence des éléphants en Afrique et aux Indes, dit-il, témoigne bien de la similitude des climats, mais non de la proximité des lieux j> : Quod quidem est signum convenientiœ et similitudinis locorum, non autem propinquitatis.
C'est un beau mot de protestation dans l'histoire d'une opinion erronée qui a traversé dixneuf siècles et s'est fait accepter d'Aristote le profond penseur et de Colomb l'héroïque praticien. Nous devions signaler ce doute du grand docteur : car il nous fait sentir, avec beaucoup d'autres (1), la tendance qu'avait son génie à
(1) Qu'on nous permette d'en signaler, à titre d'exemple, un autre des plus remarquables. On sait que, dans l'hypollièse de la rotation du ciel, le mouvement apparent des planètes devient irrégulier et fort compliqué. Ilipparque
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se dégager des fausses idées qui encombraient en grand nombre la science de son temps.
La dernière preuve do la sphéricité de la terre, qui implique aussi la pelitesse de sa masse, est empruntée par Albert et saint Thomas d'Aquin aux opérations géodésiques déjà tentées dans l'antiquité et renouvelées par les Arabes. La seule donnée fournie par Aristote à ce sujet, c'est Tévaluation de la circonférence terrestre à 400,000 stades. On ignore si une opération pratique avait servi de base à cette estimation (l).
Il semble cependant qu'elle devait être le résultat d'une supputation rationnelle : car
etPtolémée avaient imaginé la théorie très complexe des excentriques et des épicycles pour en rendre raison. Quand saint Thomas aborde ce problème, il exprime toujours un doute et pressent qu'une autre hypothèse simplifiera ces mouvements bizarres des planètes, qui ne peuvent entrer dans les lois si harmonieuses et si simples du ciel. In astrologia p mitur ratio excentricorum et epicyclorum ex hoc qiiod, hac positione facta, possunt salvari apparentici sensihilia circa motus cœlestes ; non tamen ratio hœc est sufficientcr probans, quia etiam forte alia positione -facta salvari possent {Sum. theolog. I p , q. XXII, a. l,ad 2'") La solution, en effet, était dans l'interversion des mouvements, immobilité du ciel et rota ion de la terre. Le même doute est exprimé dans le de Cœlo et Miindo, lib. I, lect, III, p 10. Si tamen hoc verum sit.
(1) Vivien de Saint-Martin, Ilist. de la géogr., p. 113.
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Aristote ne lui aurait pas donné place, si elle n'avait eu en sa faveur au moins une légitimité apparente.
Les deux coaimentateurs connaissent en outre les opérations subséquentes exécutées dans le but de résoudre le même problème avec plus de précision.
Le chiffre fourni par Arislote était en effet le double de la longueur réelle d'un méridien terrestre. Albert et saint Thomas abandonnent sans peine le chiffre d'Aristote, pour se fier à des observations moins anciennes.
<r Si le nombre fournipar Aristote, dit Albert, n'a pas été corrompu par les copistes, il est faux. Cela provient de ce qu'au temps d'Aristote on ne savait pas encore mesurer avec précision la valeur du diamètre du soleil, de la lune et de la terre, comme Font failles savants mathématiciens qui ont suivi Ptoléaice i> (1).
Quant au procédé employé pour arriver à €es évaluations, Albert n'indique que celui de
(1) « Si lisec liltera Aristotelis non sit vilio scriptorum de pravata, tune est falsa : et falsitas accidit ei ex eo quod Icmpore Aristotelis nondum perfecte sciebantur quanlilates diametrorum solis et lunaî et terrœ secundum verilatem antequam alio modo invenit, et super quam inveiierunt sapientes malhemalici, qui scculi sunt Ptolomceum » (p. 234),
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Ptolémée, décrit au chapitre xvi du cinquième livre de VAlmagesie, c'est-à-dire la détermination des dimensions respectives du soleil, de la lune et de la terre, par la mesure comparée de leurs diamètres. Quant à la valeur absolue du degré terrestre, il connaît le chiffre de 56 milles 2/3, fourni par les opérations entreprises par les Arabes en 727 ou 728, en Mésopotamie, par ordre du calife Almamoùn (1). Il n'indique pas, comme saint Thomas d'Aquin, le procédé suivi dans cette opération géodésique. 11 opère sur le chiffre des Arabes en le multipliant par 360, le nombre de degrés du cercle, et obtient en milles la longueur de 20,400 ; il divise le total par le nombre 3,7, qu'il estime être le rapport •::, et trouve ainsi le diamètre de la terre.
Saint Thomas a une notion plus précise des opérations par lesquelles on a déterminé l'étendue du méridien terrestre : il sait que Ton a mesuré une longueur du sol correspondant par la distance de ses points extrêmes à la valeur d'un degré astronomique. C'était bien là en effet le procédé employé par les Arabes, qui n'avaient fait que renouveler eux-mêmes
(1) Histoire de la géogr., p. 250 et suiv.
celui d'Ératoslhène et de Possidonius (1). C'est par Alfragan que Thomas d'Aquin connaît Tentreprise des Arabes et ses résultats, et par Simplicius, celle de Possidonius et de Ptolémée (2).
Tel est renseignement cosmographique développé et vulgarisé pour la première fois dans la société chrétienne au xiii® siècle par Albert le Grand et saint Thomas d'Aquin : la terre est une sphère de médiocre dimension, et les extrémités occidentales de l'Europe sont séparées des côles orientales de TAsie par une mer dont la superficie n'est pas très vaste. Retenons toutefois, sur ce dernier point, le doute de saint Thomas en attendant une exposition toute nouvelle et personnelle d'Albert le Grand.
(1) Vivien de Saint-Martin, l. c, p. 137, 144.
(2) Ox^era omn., î. c, p. 196; Vivien de Saint-Martin, p. 201 et suiv.