CHAPITRE VI
LE BAPTÊME d'eRIK-LE-ROUGE.
Suivant sa promesse, Erik-le-Rouge, devant le fait accompli, se laissa convertir à la religion chrétienne. Il écouta la parole de celui qu'il avait nommé le « méchant homme », et, quand il fut prêt à recevoir le baptême, ayant réuni ses proches et ses gens, d'une voix ferme et solennelle, il leur tint ce langage :
— Mes compagnons, les temps sont changés, et l'étoile de nos dieux a pâli. Avant eux, un chaos enveloppait l'univers. 11 n'existait ni ciel ni terre, et l'abîme était sans fond. Surtur, esprit du Feu, vint d'abord, et le géant Ymer, né des flammes, l'assista avec ses frères, les llimthursar, génies du mal, suppôts du brasier.
« Le feu seul remplissait l'espace, lorsque la tendre déesse Bure, douée de beauté, d'agilité et
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de pouvoir, fut, en trois jours, engendrée d'une étincelle. Son (ils, Borr, épousa une géante, qui fut la mère de nos premiers dieux : Odin, Vile et Vé.
« Salut à vous, vétérans des nuages éthén héros des légendes célestes, rois des premiers jours et des premières nuits.
« Les temps sont changés, et votre étoile a pâli.
« Cependant, vous tuâtes Vmer, esprit du néant, et de son corps vous pétrîtes l'univers. Les Rimthursar se noyèrent dans son sang, et vous fîtes la terre avec sa chair, les pierres avec ses os, et les herbes avec ses cheveux. Sa sueur devint l'Océan, au milieu duquel se placent nos royaumes, et son crâne, supporté par les nains Est, Ouest, Sud et Nord, fut le ciel.
« Salut à toi, Odin, Dieu de lumière! Salut à toi, Natt. déesse de la nuit! Salut à toi, Dag, beau comme le jour !
« Salut à vous tous, Dieux des aïeux, qui trônez au palais enchanté (ï As-Gard! Salut à vous, déesses, qui rayonnez à Vingolf! Salut à toi, Frigga, qui habites la terre, et qui l'animes de tes vertus.
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« Thor, ton fils, est le plus actif, le plus léger, le plus fort et le plus brave des dieux et des hommes. Armé du maillet sans manche, il parcourt sa carrière sur son char traîné par deux boucs. Il lance le tonnerre qui protège des mauvais génies. Puis, en son palais de Trudvanger, il se repose, chaque année, de longs mois; et alors la neige tombe, et la terre s'engourdit en une délicieuse fraîcheur.
« A toi aussi, salut, Balder, fils d'Odin! Tu es, de tous les dieux, le plus gracieux, le plus éloquent, le plus aimable et le plus pacifique. Ta beauté projette des rayons de lumière. Tes yeux resplendissent d'un lustre plus brillant que Tétoile du matin, et les poils de tes sourcils ont l'éclat du givre. Si Hrasvelg, le géant, déchaîne les tempêtes, tu les apaises; car tu es d'une nature douce et caressante. Tu vis ignoré et tranquille dans ton palais de Breidablik, et, parles nuits sereines, tu présides à la zone éclatante qui brille à la voûte céleste
« Hommage à vous, divinités plus à portée des mortels :
« Niord, dieu des marins, qui commandes aux flots et aux vents;
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« Freyr, qui, d'une pluie bienfaisante, fécondes la terre ; « Bragi, qui dispenses la et lapoésie;
« Tyr, patron sanglant des héros, qui surpasses tous les dieux en courage eten hardiesse!
« Respect à toi, Haudur, privé de la vue, dieu des ténèbres! Et salut à Vidar, le silencieux, qui peut marcher dans Tair ou sur les eaux!
« Vile est renommé pour son adresse à tirer de Tare; Ullir, sur ses patins, devance la foudre; et Foresti, en son palais de Glittrer, soutenu par des piliers en or et couvert d'un toit en argent, juge les différends et maintient la paix parmi les hommes.
« Et vous, tendres sœurs de Frigga, soyez bénies : Gna, douce messagère de la reine de la terre; Fylla, chargée de la garde de ses toilettes; Freya, déesse de beauté, dont les yeux versent des larmes d'orpur ; Iclunna, qui offres aux Dieux, en des vases étincelants, les hommes célestes qu'ils mangent pour perpétuer leur immortalité; Vara, qui présides à la sainteté du serment ; Siona, qui fais naître les douces affections, et Lofna qui réconcilies les ennemis; Snoûra,
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grande-maîtresse de la cour, qui propages Les belles manières; Eyra, la candide, qui prépares les simples pour les dieux malades, — et môme salut à toi, Synia, humble tourière des déesses !
« Oui, à vous toutes, femmes et filles de notre ciel radieux, hommage tendre et discret! Et, à vous, nymphes guerrières, Tilles d'Odin, qui assistez les braves dans la bataille, et qui, sur vos coursiers, enlevez leurs cadavres pour les conduire à la Walhalla, gloire et fanfares! Les nuages tremblent et s'illuminent; c'est la chevauchée des Walkyries... Vous fûtes grandes et sublimes, Skuld, Skangul, Gulinur, II i Ida, Gaundrol... Votre règne est-il passé?.. Votre
étoile a-t-elle pâli aussi Hélas! Hélas! Hélas!
Les temps sont changés! Et les prophètes avaient prédit la fin des jours heureux.
« Nos Dieux étaient trop unis; cela ne pouvait durer. Lorsque, en un moment fatal, ils prirent pour fiancées des filles de géants, le Gidlveiga, — \epeseur dor, — s'introduisit en leurs palais et leur donna le goût du lucre, qui bientôt fit naître en eux l'envie. Loki le Fourbe, qui surpassait tous les êtres en perfidie et en fourberie, s'installa en leurs demeures, devint L'hôte
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de leurs foyers. Le loup Fenrir prit la place du chien caressant, et le serpent Mid-gard entoura le monde. Les hommes se mêlèrent aux dieux et les aidèrent à, conjurer le mal; mais ce
fut en vain. S'ils parvinrent ;i attacher Fenrir avec une chaîne magique et ;i jeter le serpent dans la mer, où il rongea sa queue, le < *ull-
veiga, livré trois fois aux flammes, renaquit trois fois de ses cendres. Les géants étaient vaincus, non soumis. A l'aide de Loki. ils s'emparèrent d'Idunna, et, enhardis par ce succès, ils osèrent attaquer la Walhalla.
« Désormais, le sort de l'empire céleste dépendait de Balder; mais une vala, prophétesse du séjour infernal, prédit sa mort, Alors Frigga fit jurer à toutes les choses animées ou inanimées du ciel et de la terre de ne faire aucun mal à son fils chéri. Le feu, l'eau, les rochers, les plantes furent liés par ce serment. Seul, le gravait été omis; ce fut la perte du plus gracieux et du plus éloquent des dieux, car, Loki, soupçonnant cet oubli, mit entre les mains d'Haudur, l'aveugle, un trait fait d'une branche de cette plante; et, dans un tournoi, Balder fut tué
« Depuis, d'autres sont morts aussi. Je vous