ÉPILOGUE
toire de la géographie, Estancelin, Pierre Margfy, Paul Gaffarel, et bien d'autres, ne doutent pas de son expédition.
Lorsque les découvertes de Colomb, de ses émules et de ses successeurs, et celles aussi de Vasco de Gama, se répandirent en Europe, les Dieppois, rompant avec leurs habitudes de dissimulation, réclamèrent vivement en faveur de leur compatriote, qui, — on ne connaissait alors guère Leif Erikson, ses parents, Hervador, et Sinclair, — avait, selon eux, et très certainement, pris terre en Amérique quatre ans avant Christophe Colomb, et doublé la pointe africaine onze ans avant Vasco de Gama. Leurs plaintes se perdirent dans l'éblouissement des expéditions espagnoles et portugaises. Et puis, Dieppe était toujours Dieppe, c'est-à-dire mystérieuse et louvoyante.
Un peu moins de cent ans après la découverte du Nouveau Monde, en 1582, La Popelinière écrivait, en parlant de Cousin :
« Notre Français, mal avisé, n'a eu ni l'esprit ni la discrétion de prendre de justes mesures publiques pour l'assurance de ses desseins, aussi hautains et généreux que ceux des autres,
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comme si c'était trop peu d'avoir commis une semblable faute touchant les découvertes des nôtres en Afrique, où les vaisseaux normands trafiquaient avant que les Portugais y eussent
abordé. »
Résumons-nous!
Oui, assurément, le grand Génois demeurera le pionnier véritable, incontesté, des pays transatlantiques, parce qu'il a, le premier, franchi l'Océan, avec la conviction profonde, basée sur le raisonnement et la science, qu'il allait à un continent, destiné, en son esprit, à parfaire le cercle du globe terrestre. Mais la figure mâle de Jehan Cousin, sérieuse aussi, et pénétrée d'un esprit de découverte basé sur de non moins patients calculs, ne déparerait pas les monuments que les deux Mondes, dans un enthousiasme irréfléchi, continuent d'ériger à la gloire exclusive de Christophe Colomb.
Leif-le-Fortuné, Bjarn Heriulfson, et tous les vaillants Normands que nous avons cités, y trouveraient aussi leur place. Ils ont, eux, leurs papiers en règle, et personne ne peut leur contester leur antériorité sur le territoire américain, qu'ils ont, de plus, habité et colonisé.