ÉPILOGUE
La ronié qtii mhnt de Bââtia vers la pointe du tkp Côfse edtttottmê, m côtûichc, les sinuosités de la côte, longeant ou dominant la meir. Les villages qu'elle traverse se groupent dans des vallées peu pii'ofondêê, qtii découpent faiblement les falaises, et parfois s4iifîéciLiâsént jtwfequ'à ces petits ports de pêchéuf^ qu'on appelle là-bâs des maiines.
Les points lêspluà clétéâ dé cette belle route sont naturéllétiiént vers lès éolà qui font communiquer là côte orientale du Câp avec l'iiccidentale. Près de Sassorossoç là imt i'étènd au nord jusqu'à la mer de France, à l'est jusqu'à la xnër de Toscane, tandis qn'k l'ouest se creuse ttne vaste conque semée de villages. Le plus important de ces villages, Valettadonne son nom à la conque«
Un assea^ boa chemin, praticable aux voitures, joint Valetta au hameau de Maorta, dans le voisinage de Sassorosso. Màorta est connu par son couvent de Bcamardines, datant du xvm® siècle. La bâtisse a f aspect d'une grande caserne. La chapelle, constnaite sous l'Empire devant une percée ^des crêtes, offre au regard la plus magni"
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fiqoe échappée stir la mer italienne. Une Tingtaine de religieuses habitent le couvent. Leur règle est douce. Elles ne sont point cloîtrées de façon rigoureuse. L'objet de leur ordre étant surtout la charité et Téducaticm, elles ont pu traverser sans encombre la période des lois de sécularisation. De la vallée de Valetta^ il leur vient quelques élèves des meilleures familles. E^es secourent les petites agglomérations environnantes, quand la récolte déçoit le paysan. Et leur isolement même leur vaut une grande liberté.
C'est dans la chapelle de Maorta que naguère, à cette heure de la vie féminine qui est entre l'été et l'automne, Berthe Lorande et la comtesse Andemy, revenant d'une crcrisière en Méditerranée, avaient senti leurs cœurs vibrer à la vue de deux religieuses immobiles, en |»ière devant le Saint-Sacrement e3q>osé. En sortant de la chapelle, elles s'étaient communiqué leur émotioit. Les paroles qu'elles se dirent alors, le îibeccio^ qui soufflait ce jour-là avec violence, ne les empor^ pas dans l'oublL
Deux années et demie avxdtmt coulé depuis la fin de la guerre des peuples.
La crise de frénésie qui avait secoué le monde déclinait partout, ne se révélait plus que par soubresauts : comme après l'incendie d'une poudrière, de temps en temps, une gargotisse éclate. Non pas
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que le désir de remuer, de £aire do brait, de ripailler, de jomr, ihi apaisé dans cette génération surmenée : mais qrudqne chose de morne, de prostré, une endémie de renoncement et d'angoisse gagnait pea à peu... Et voilà qu'on recommençait à « attendre la fin », comme on avait attendu pendant la guerre.
Seulement, cette fois, la fin de quoi? On ne savait même plus. Et c'est ce qui donnait à cette attente le caractère d'un cauchemai* de neurasthénique.
C^^endant, çà et là, la société se rajustait tant bien que mal. Parmi les acteurs de la période frénétique, certains rentraient naturellement dans Tordre banal des choses. Un Maurice de Guilloux épousait la riche étrangère longtemps guettée, enfin captée. Un Jean de Trévoux gagnait à Aïn-Tab ses galons de capitaine. Un Albert Saulnois discourait sous la Coupole. Une grande-duchesse Hilda réintégrait Finsburg, où son mari, outré du dernier scandale, la bloquait désormais. Quant aux naufragés de la tornade, ils s'annexaient peu à peu à cette obscure catégorie, vouée à l'oubli dans la guerre conune dans la paix : les disparus. Qui parlait encore du suicide discret de Camille Engebnann? Bien rarement était prononcé le nom de Berthe Lorande, dont les livres ne s'étahueat plus aux devantures, qui n'écrivait j^bs, qm'oa ne voyait {dus. Et nul ne s^quiétait de ces autres disparus, Roger Vaugrenier^v^ Albine Andemy. Dans Tangoisse du lendemain, personne ne se souciait de la veille. On avait assez de défendre sa propre journée, son propre lendemain. L'égc^me
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é& chnetm WÊtsÙnésimi em hA lu ^âSé et, po>«ir fâ»i de sàre^ le se^venlr*
Eb mai Î92i.^ psr ime après-midi ardeaate ob le veisi ifsi-mème semblait dormir accablé, one calèche Tétaste, tradboiée par deax mtoles et coxuittite par im petit cocher rabougri et xkht, grimpait, parmi de maigres màqt&is, la route de Sassorosso au convent de Maorta. Il n'y avait, daa» la calèche, qu'Albine et scm filSé Mbine, 80bs ses cheveoai Mancs, ajant gardé la parfeûte beatsté de ses traits : seule la meurtrissure des yeujc Bk^j&ss^i Tâge; Roger montrant maintenant, au^iessus de sa tête ravagée, une toison de cheveuac tot&t gris.
OsTenaientde Valetta^ o&iki s'étaient fibcésseptmois auparavant. Aîb^ne, avec les restes de sa fortnne liquidée selon les volontés de son fils, avait acheté là wx^; habft^ion de moyeime gramdeur et quelques terres alei^our. Roger exerçait sa profession et, tout en faisant un peu de eli«ilèk&, y poursuivait ses travaux.
Ils atteignirent le couvent qudlques minutes avant quatre heures. On les introduisit dans le parloir. Leur visite était annonce; la Sosur Momque — c'est-à-dire B^-the Lorande — avait l'autorisation de les recevoir. A peine eurent-ils à l'attendre. Dès qu'ils l'aperçurent, blanche apparition que le parquet miroitant de cire reflétait et qui semblait ainsi marcher sur des eaux sombres, ils eurent la même
pensée: ^'Eûen'u'j^^mchm^i.,.» Cétalt, eii etret, la Bertke Lorande de toujoarsY habillée en moniale. Le temf» non pltis que les évéaemetits n^avaient marqtié de trace Tieillissaixie sar som visage. Mais la disparition de sa rottge auréole, masquée par' le voile et le bandeat;.^ en &dsait pomiant une autre femme.
Si, naguère, au fort de la crise qui les avait en même temps secouées, ces àenx femmes eus^smt imaginé wx pareil rendeas-vous, dans un pareil lieu, après la catastrophe, certes elles Feussent rêvé romanesque, poignant, éclatant. Rien né fut plus trâJaquille, ni, pour ainsi dire, plus bourgeois : un médecin de campagne^ habitant avec sa. mère un bourg perdu de Tiie, refedait visite à mïc de leurs amies entrée en religion : voilà tout.
Ce n'est pas que la 'Tivacité naturelle de Berthe fût abolie : elle restait éloquente, comme naguère, avec, en plus^ une nuance de bavardage, avec des rires sans motif, habitudes contractées sans doute dans la fréquentation de ses compagnes innocentes. Mais ce qui frappait les deux visiteurs, c'est que Soeur Monique donnait Timpressicm d'un oubli radical, ou même d'une véritable amnésie touchant les événements qui avaient précédé son entrée en religion. C'était si évidemment sincère et spontané qu'une allusion à ce passé ne pouvait venir aux lèvres des deux visiteurs. « L'enchantement du cloître a opérée » pensaient-ils. Cependant, avec toute sa chaleur d'autrefois, Sceur Monique décri* vait la vie du couvent, les réveils nocturnes pour
prier, les jeûnes, les mortifications, les longues adorations.
— Ah ! s'écriait-elle, le regard extasié, faire vivre cela avec des mots! J'ai essayé... Mais quand le Père Bonarmi, notre aumônier, a lu ma prose, il l*a déchirée et m*a interdit d'écrire une ligne.
Et cet aveu, commencé dans Témotion, s'acheva en fusée de rire.
Mais soudain la mère et le fils constatèrent que Berthe, ayant oublié son passé, gardait la mémoire du passé des autres. Devenue grave, elle questionna :
— Et vous?
Albineet Roger échangèrent un regard. Roger dit :
— Nous sommes venus chercher la paix dans ce creux de montagne, où nous habitons maintenant. Et il nous semble que nous l'avons trouvée.
Il ne dit rien de plus; Aibine resta silencieuse. Berthe comprit que, comme elle-même, ni le fils ni la mère ne voulaient rouvrir la porte close sur le passé.
D'ailleurs, en ce moment même, d'autres sœurs pénétrèrent dans le parloir : la supérieure, Mère Sainte-Fine, deux novices italiennes, une réfugié^ belge.
Elles venaient tout sbnplement saluer les visiteurs, non sans quelque curiosité. Elles firent un éloge enthousiaste de Soeur Monique, de sa piété, de son ardeur, de son endurance, de sa bonté allègre :
— Elle a renouvelé en nous l'esprit de pénitence, dit la Mère Sainte-Fine.
Sœur Monique souriait, du sourire charmant et
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modeste qu'elle avait jadis, quand on acciamai*. ses œuvres.
La vieille calèche redescendait vers Sassorosso, an jour déclinant, La mère et le fils songeaient. Peutêtre comparaient-ils la sombre austérité de leur vie commune, où la coupable et l'innocent expiaient ensemble le passé, à la pénitence ardente et fougueuse de Soeur Monique, pareille à celle que Don Juan Tenorio accomplit (dit-on) dans un cloître de Tolède, édifiant les autres moines par sa sainteté.
— Roger? murmura Albine.
— Ma mère?
— Regarde le reflet de ce soleil rouge sur la chapelle...
I,.es mules allaient au pas sur une brève remontée qui coupait la descente. La chapelle empire apparut toute rose, ses verrières en feu. Reflet, semblait-ii, de ce brasier d'amour céleste, allumé là-haut par la nouvelle venue, qui, dans le morne couvent corse, toujours inassouvie, s'efforce de conquérir Dieu.