‹ Les Dons du Saint-EspritChapitre 3 sur 47 · TOM CRE · texte numérisé non relu

TOM CRE

ce). Par cette règle nouvelle l’âme est dirigée et

enseignée, non selon le style de l’homme et la prudence commune, mais comme par le doigt de Dieu et l’excellence de la motion divine.

4. Aussi, comme Cajetan l’observe avec raisOn, est-ce la voie et l’état de l’homme spirituel que le Christ Seigneur a désignés lorsqu'il a dit : S'piritus ubi vult spirat, et vocem ejus audis, et nescis unde veniat aut quo vadat ; sic est omnis qui natus est ex spiritu (1).

Puisque le Christ, qui est la Vérité elle-même, nous dit très ouvertement que tel est tout homme qui est né de l'Esprit, nous n’avons pas de meilleur moyen d’expliquer l’état de l’homme formé

* par les dons du Saint-Esprit que d'approfondir

ces paroles du Seigneur.

Trois caractères de l’homme spirituel sont désignés ici. Le premier concerne la disposition intérieure : Spiritus ubi vult spirat. Le second se rapporte à la communication extérieure: et vocem ejus audis. Le troisième désigne la motion occulte de Dieu et cet instinct divin dont nous ne pouvons avoir une pleine certitude : eé nescis unde veniat

aut quo vadat.

5. Le premier caractère s’explique ainsi : la disposition intérieure procurée par les dons du Saiïnt- Esprit, et qui distingue les hommes spirituels, est que l’âme se sente tout à fait libre, volontaire et

dégagée dans tous ses actes, sans liens, sans obs-

(1) « Le vent souffle sù il veut, et tu entends sa voix; MAIS tune sais ni d'où il vient ni où il va. : ainsi en est-il de quiconque est né de l'Esprit. » Jean, I,

eurité, sans rien qui l’embarrasse ou lui pèse, —

parce que là où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté. | Les péchés enserrent l’âme et la paralysent. Maïs la première chose que fait l’Esprit lorsqu'il y pénètre, c’est de délier les liens du péché, et de briser les armatures de fer du cœur dur. Alors l’homme se sent comme allégé d’un grand poids et tout agile pour opérer. Bien plus, il prend des ailes comme des ailes de colombe, et il vole, et il se repose dans la solitude. Caï il n’est pas de repos du cœur là où il n’y a pas de vol vers Dieu ; les séraphins aussi se reposent et volent : stabant et volabant (Tsaïe, vi). R Et afin que nous ne pensions pas que l’homme né de l’Esprit est poussé par un élan furieux comme ceux qu'un mauvais esprit possède, le Seigneur affirme tout d’abord que l’Esprit souffle où il veut, pour signifier que naître de l’Esprit apporte, et n’ôte pas, la liberté de l’élection. Que resterait-il en effet du mérite si l’Esprit opérait dans la vo. lonté non en l’inspirant, et en pondérant son inclination, mais en la violentant ? Et c’est pourquoi -l’Apôtre dit que « les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes » (quand ils usent de l’esprit prophétique pour annoncer les choses cachées), à l’inverse de ce qui a lieu chez les possédés. De là vient que les dons du Saint-Esprit nous sont accordés par mode d’habitus (1), en sorte que

(1) L’habitus est une qualité const'tuant dans le sujet une disposition stable qui le perfectionne : p. ex, la science, la vertu. C’est en ce sens que les dons sont des habitus. CF, saint Thomas, Sum, theol., I? IT*e, q. 49,

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nous allions d’une manière rationnelle et volon:- “taire aux œuvres où nous dirige l'Esprit. Et ainsi

ceux qui sont agis par l'Esprit (aguntur a spiritu) sont mus non comme des esclaves, mais comme des hommes libres, comme des êtres doués de volonté et qui veulent effectivement ; et c’est par des principes qui leur sont inhérents et pourtant dérivés de l'Esprit, qu’ils sont inelinés à ces opérations, qui excèdent dans leur régulation et leur mesure le mode humain et commun.

La disposition intérieure de l’homme spirituel

est par conséquent d’être libre et volontaire dans

la voie de l'Esprit. Par suite, ceux qui ne sont pas libres et volontaires dans la voie de l'Esprit, et

| qui ne se sentent pas dégagés des commodités et

des délices, mais s’y abandonnent facilement, montrent qu'ils ne sont ni agis ni inspirés par le Saint- Esprit, fortement et parfaitement selon ses dons.

6. Le second caractère de l’état spirituel est signifié par ces mots : ef voCEm ejus audis, par lesquels le Seigneur nous fait entendre que celui qui est né de l'Esprit et qui est mû par l’Esprit parle aussi sous l'influence de l'Esprit, car la bouche parle de l’abondance du cœur.

Celui qui vraiment est né de l'Esprit, tous ses actes, sa voix et sa parole procèdent de l'Esprit, et respirent l'Esprit, et c’est à peine s’il s’entretient d’autre chose que de Dieu ou de ce qui touche Dieu. 4

C'est pourquoi l’homme spirituel et intérieur se révèle à nous par la manière qu ’] a de se comporter extérienrement et de gouverner tous ses sens,

sa voix et sa parole ; selon le mot de saint J acques : Celui qui ne pèche pas par la langue est un

homme parfait ; \ est maître de son corps tout

entier (ch. 111).

7. Enfin le troisième caractère de l’état spirituel est désigné par ces mots : Et nescis unde veniat aut quo vadat. 1s signifient la profondeur de l’Jsprit qui nous meut intérieurement et nous dirige sans que nous puissions connaître son origine, son progrès et sa fin. Mais lui pourtant sonde les choses les plus intimes et secrètes : Spiritus enim scrutatur omnia, etiam profunda Dei (E Cor., x), Bien qu’on voie les œuvres, dit Cajetan, et qu’on

entende la voix de l’homme spirituel, on ne con-.

naît pas cependant avec évidence le principe divin d’où il vient et le terme divin où il va.

Et ceci nous apprend que nous ne devons pas nous troubler si nous ne voyons pas toujours celairement de quel esprit sont nos œuvres, surtout les œuvres ardues et extraordinaires. Parce que, bien

que l’Esprit nous meuve intérieurement, nous ex-

cite et nous stimule, nous ne pouvons pas toujours . savoir d’où il vient et où il va, connaître son crigi- ne et sa fin, et ainsi l'Esprit de Dieu nous demeure

caché. Et beaucoup qui voudraient agir en toutes choses avec une souveraine sécurité et certitude sont souvent retardés, ou détournés de ces motions de l’Esprit-Saïnt par l’étroitesse de leur cœur, et ils deviennent impropres aux actions grandes et difficiles, à moins que leur cœur ne soit dilaté et n’en vienne à s’appuyer entièrement sur Dieu et sur son assistance intérieure,

8. Isaïe, s’adressant aux Israélites, qui le cœur sans confiance et l’esprit agité tremblaient dans

l'incertitude, leur parle ainsi : |

Pourquoi dis-tu, Israël : Ma voie est cachée au Seigneur, et mon droit est méconnu de mon Dieu ?

Voilà donc ce peuple au cœur resserré par l’incertitude de sa voie, et il croit que cette voie est cachée à Dieu, et il ne sait d’où elle vient ni où elle va. Et le Be ct l’exhorte à ne pas rester figé

- dans sa pusillanimité, et à dilater son cœur par la considération des grandeurs divines :

Ne le sais-tu pas, ne l’as-tu pas entendu ? Jéhovah est un Dieu éternel. Celui qui a créé les extrémaités de la terre ne peut défaillir, ni se lasser ; et sa sagesse est insondable. Il donne la force à celui qui est fatigué, et redouble la vigueur de celui qui est défaillant. Les enfants se fatigquent et se lassent et les jeunes gens chancellent (et de même ceux qui sont encore des enfants par la faiblesse

: deleur cœur, sont peu propres à la voie de l’esprit),

mais ceux qui espèrent dans le Seigneur (voici le cœur dilaté par la confiance) prendront des forces nouvelles, et Us recevront des ailes d’aigle (n’opérant pas comme des hommes, selon le mode humain, mais élevés comme des aigles par les dons du Saint- Esprit), — is courront et ne se fatigueront point, ils marcheront et ne se lasseront point (ch. x1).

Notons-le ici, ce n’est pas sans raison qu’on. leur promet des ailes d’aigle et que pourtant on ne dit pas qu’ils voleront, mais bien qu’ils courront et marcheront, à savoir : comme des hommes vi-

vant encore sur la terre et cependant mus par les ailes de l’Aigle qui descend d’en-haut.

C’est qu’en effet les dons de l’Esprit sont en exercice sur la terre et se manifestent par des actions qui peuvent paraître ordinaires. Cependant ils sont mus par des ailes d’aigle, ceux qui sont conduits et réglés par là communication des esprits et des dons supérieurs.

Ceux qui s’exercènt seulement dans les vertus sont comme ceux qui vont à pied et se règlent en tout par leurs propres soins et leur propre industrie. Mais ceux qui sont agis par les dons de l’Esprit-Saint sont portés par des ailes d’aigle enflées par le souffle d’en-haut ; et ils courent dans la voie de Dieu sans aucun labeur.

Pourquoi les Dons sont-ils nommés

dans l’Ecriture esprits et dons ?

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