‹ Les Dons du Saint-EspritChapitre 36 sur 47 · Au second argument (suite du $ 12) nous ré · texte numérisé non relu

Au second argument (suite du $ 12) nous ré

bi NOMBRE DES DONS 267

pondons que les dons intellectuels s'étendent à leurs objets proportionnés, de la même façon que la foi aux siens, et cependant cela n’empêche pas que l’un puisse être plus universel que l’autre dans son extension matérielle ; la foi, en effet, ou le don de sagesse, atteignent plus de choses que le don de conseil qui s'étend seulement aux œuvres que l’homme peut accomplir. Du reste, formellement et dans leur mode d’opérer, ni la foi ne fait ce que font les dons d'intelligence et de sagesse, n1 ces dons ce que fait la foi, mais chacun opère selon son genre et son ordre propre : la foi se borne à croire au témoignage de Dieu, sans se mêler de rechercher ou d’expliquer ou de juger les vérités auxquelles elle adhère ; le don de sagesse juge de ces vérités auxquelles déjà on adhère par la foi ; et le don d'intelligence les fait pénétrer et bien comprendre. Ainsi chacun de ces dons s’étend à tous les objets de la foi, mais ne les atteint pas de la même façon que les autres.

16. C’est pourquoi lorsqu'on dit que la foi à elle seule suffit à embrasser tous ces objets, et la partie spéculative et la pratique, je distingue : elle suffit à tous ces ohjets selon tel mode déterminé, qui est le mode propre de la foi, mais non pas selon tel autre, qui est le mode propre des dons. Elle suffit à croire, et non à juger, analyser, pénétrer et saisir intimement les objets de la révélation.

Et de même les dons se comportent de telle sorte que chacun suffit à atteindre tous ces objets selon son mode et sa raison formelle propre, et non pas selon le mode et la raison formelle des autres dons,

Or, les dons ne diffèrent pas seulement entre eux en raison des divers objets matériels auxquels ils s'étendent, mais en vertu de la diversité de leurs raisons formelles et de leur mode d’opérer à l’égard de ces objets. Et si l’on considère ce mode d’opérer, et ces raisons formelles, alors il faut dire que la foi ne s'étend pas à tout ce à quoi s’étendent les dons, et qu'’elle,ne fait pas à elle seule tout ce que font les dons, selon toute la raison formelle de leur opération. Et ainsi ni un seul don ne suffit, ni la seule foi, parce que la foi ne suffit pas à toutes ces choses, mais elle suffit seulement pour croire, et ce sont d’autres qualités infuses qui sont requises pour pénétrer et pour juger.

17. Cela provient de la limitation spécifique de chaque vertu : de même qu’une seule science ne suffit pas à ce que font toutes les sciences, ni une seule faculté sensitive à exercer toutes les fonctions des sens, parce que chacune a son espèce limitée.

Mais de puissance absolue pourrait-il y avoir un habitus ou un don qui embrasse l’activité de tous les dons, selon une raison formelle tout à fait éminente ? Nous disons que cela est peut-être possible, mais que cela n’est pas conforme à notre ‘apacité limitée, selon laquelle il nous convient d’opérer par des vertus moins amples, et de fait nous n’avons pas reçu de dons d’une telle éminence, comme en fait foi l’Ecriture qui nous révèle ces dons comme distincts, et les trois vertus théologales comme distinctes : Manent fides, spes, charitas, tria haec.

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18. Au troisième argument nous répondons, nous appuyant sur ce que nous venons de dire, que pour juger et appréhender selon une raison formelle différente, la même vertu ou le même habitus ne suffit pas. Or les dons de sagesse et de science sont ordonnés à juger selon des raisons formelles qui diffèrent de celle du don d'intelligence, parce que les premiers jugent par un jugement résolutif, puisqu'ils procèdent par les causes, soit premières, soit inférieures ; le don d'intelligence au contraire procède par un jugement simple et appréhensif, comme j’habitus des principes appelé intelligence ; on ne dit pas en effet que le don d’intelligence appréhende, parce qu’il ne juge en aucune façon, mais parce qu’il ne juge pas de façon résolutive, comme font la sagesse et la science : il juge de facon sim ple [par mode de simple adhésion].

Pourquoi n’y a-t-l pas plus de Dons ?

Et si les sept Dons sont des espèces ultimes ?

19. Réponse à la première objection (Voir $ 13, 1°) : — Nous répondons que sans aucun doute les dons constituent des espèces ultimes, maïs plus éminentes que les vertus, de sorte qu’une seule de ces espèces équivaut à plusieurs espèces de vertus, et à ce titre les espèces des dons sont, éminemment, plus de sept, mais formellement ils ne sont que sept espèces, indivisibles et ultimes.

Saint Thomas (in III Sent., dist. 34, q. 8, a. 2, qel. 2), dit du don de piété (et il en va de même pour les autres dons), qu’il dirige d’une seule et même

facon, en tout ce qui regarde le prochain, selon une autre mesure que les vertus ; et parce que cette mesure est simple et une, la piété est un seul habitus spirituel, et c’est par rapport à cette mesure que tout acte du don de piété est spécifié. » |

Si la piété n’avait que l’unité d’un sous-genre, et non pas celle d’une espèce ultime et indivisible, saint Thomas ne dirait pas qu’elle dirige dans toutes les sortes de communications d’une seule et même façon, pas plus qu’on ne peut le dire de la vertu de justice ; celle-ci en effet dirige autrement dans la Justice commutative, autrement dans la distributive, autrement dans la religion, autrement dans l’observance, etc. Et l’on ne dirait pas non plus que cette mesure est une et simple, et que c’est un habitus un, et que tous ses actes sont spécifiés par ordre à une même mesure : toutes ces choses indiquent manifestement une spécification ultime.

20. Et cela est en outre plus conforme à l’Ecriture et au sens de l'Eglise, qui posent purement et simplement sept dons du Saint-Esprit, sans rien ajouter de plus. Or s’il y avait plusieurs espèces ultimes sous un même don il y aurait, absolument parlant, plus de sept dons ; c’est ainsi qu’on ne peut pas dire purement et simplement qu’il y a quatre vertus morales, on dit qu’il y a quatre vertus cardinales, et non pas qu'il y a seulement quatre vertus. Et de même pour les dons, il faudrait dire qu’il y a sept genres de dons, maïs non pas sept dons purement et simplement. Et s’il y avait d’autres espèces ultimes de dons, ‘elles devraient à

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coup sûr être nommées et énumérées ; mais il n’en est rien ; donc il ne faut pas en admettre d’autres. Comme nous ne connaissons les dons que par la Révélation, il n’est pas licite de rien affirmer à leur sujet au-delà de ce que la foi déclare explicitement, et de ce que le sens de l’Eglise suggère.

21. Ef la raison confirme cela, parce que les motifs et raisons formelles de ces dons sont en chaeun d’eux d’une seule espèce indivisible : donc il en est de même des dons eux-mêmes, qui sont spécifiés par ces motifs formels. En effet, les choses spécifiées ne peuvent pas dépasser leurs raisons spécificatrices; donc si les raisons formelles appartiennent chacune non à un sous-genre, maïs à une espèce indivisible, chaque don aussi appartiendra à une espèce ultime et indivisible.

Preuve de l’antécédent : Dans n’importe quel genre comprenant plusieurs espèces de vertus, soit intellectuelles soit morales, les dons opèrent selon un motif formel plus éminent et capable d’embrasser dans son unité les multiples motifs qui diversifient les vertus. Donc les motifs et les raisons formelles des dons sont moins divisibles que les raisons formelles qui caractérisent ces genres de vertus.

La conséquence est claire, parce que la raison formelle capable d’envelopper plusieurs raisons inférieures est moins divisée que ces motifs inférieurs ; autrement si elle était divisée comme eux, elle ne procéderait pas d’une manière plus une ; c’est ainsi que la vertu du soleil, parce qu’elle est plus éminente, n’est pas divisée spécifiquement

comme les vertus des éléments et des mixtes; et la science de l’ange supérieur est moins divisée que la seience et les représentations intelligibles des anges inférieurs ; et les sciences et les arts architectoniques, moins que les arts et les sciences inférieures et subalternes.

Et il en est bien ainsi pour les dons : Dans un genre, par exemple la tempérance ou la justice, les vertus relatives à autrui qui constituent les diverses sortes de justice, ou les parties qui constituent les diverses sortes de tempérance, se divisent en diverses espèces, parce que la raison mesure selon une autre règle les choses qui regardent la justice commutative, et celles qui regardent la justice distributive, ou qui se rapportent à Dieu, ou au prochaïn, ete. Mais le don de piété, qui est mesuré par la règle divine et l’inspiration du Saint-Esprit, peut embrasser toutes ces choses sous une régulation plus élevée et comme architectonique, en tant qu’il regarde la paternité divine et la fraternité humaine dans l’ordre de la grâce, et pour ce motif rend à Dieu et aux hommes tout ce qui leur est dû. Par ce motif surnaturel et un, de la communication de la grâce, le don de piété se subordonne toutes les communications d’ordre naturel. Semblablement la crainte par une même et unique raison nous fait fuir le mal de faute, et retire l’âme de toute délectation illicite, et réfrène tout excès d’expansion nuisible, toutes choses que la vertu de tempérance fait pour divers motifs formels de l’ordre de la raïson et de l’honnêteté.

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