‹ Les Dons du Saint-EspritChapitre 35 sur 47 · Voici comment saint Thomas prouve la suf · texte numérisé non relu

Voici comment saint Thomas prouve la suf

fisance des dons intellectuels, dans cette question 8, A0 .

« Ces quatre dons (intelligence, sagesse, science

et conseil) sont ordonnés à la connaissance surna- . turelle qui est établie en nous par la foi. Or, la foi + porte d’abord sur la vérité première ou divine elle-

- nant les créatures. En troisième lieu sur la direc-

même, En second lieu sur certaines choses concer-

tion des actes humains, à laquelle elle s’étend par-

ce que la foi opère par la dilection (cf. IT* IT, q. 4,

« Il suit de là que deux choses sont requises de notre part à l’égard des vérités de la foi : la première est qu’elles soient saisies et pénétrées par l’intellect, et ceci appartient au don d’intelligence. La seconde, qu’elles soient jugées avec rectitude, de sorte que nous ayons la conviction que nous de-

vons nous attacher à elles et nous écarter de ce qui leur est opposé. Ce jugement est le propre du don

de sagesse s’il regarde les choses divines, du don

de science quand il s'applique aux choses créées, ef du don de conseil quand il concerne la direction des actes humains. »

11. Objections : — Cependant on a formulé des objections contre ce dénombrement des dons, et essayé de prouver soit qu’il y a moins, soit qu'il y à plus de sept dons.

12. Pour prouver qu’il y a moins de sept dons on procède ainsi : pourquoi tous les-offices attri-

bués aux quatre dons intellectuels ne) seraient-1ls

pas remplis par un seul habitus ? Il n’y a pas de raison qui s’y oppose, étant donné surtout l’éléva- . tion et la perfection des dons du Saint-Esprit.

De plus, puisque la même et unique foi commande tous ces actes, et est en même temps spéculative et pratique, comme le sont aussi ces dons, un seul et unique don pourra s’étendre à toutes ces choses par un motif supérieur et éminent. Enfin il n’y a pas de raison pour que le même habitus ne suffise pas à appréhender la vérité et à juger, puisque le premier de ces actes est ordonné à l’autre, et qu’ils peuvent être compris sous ia même raison formelle,

13. Pour prouver d’autre part qu’il y a plus de sept dons on argumente ainsi : 1° Bien que l’on compte sept dons du Saint-Esprit, il n’est pas évident que tous soient des espèces ultimes, ils peuvent n'être que des sous-genres, comme on dit qu’il y a quatre vertus cardinales, sous lesquelles cependant un nombre de vertus bien plus grand est contenu à titre de parties subjectives et d’espèces ultimes, comme sous la justice sont contenues la justice commutative, la distributive et la légale, qui sont des espèces de la justice. Et la religion, la piété, l’observance, la reconnaissance, et vertus semblables, comptent parmi les parties potentielles de la justice, De même sous la prudence en général sont contenues la prudence politique, économique, militaire, comme des espèces ; la synèse, l’eubulie et le gnomen, comme vertus potentielles adjacentes.

Pourquoi donc plusieurs espèces de piété, de conseil, ete., ne seraient-elles pas contenues sous les dons, ét pourquoi les dons embrassent-ils toutes ces choses simplement comme des fonctions diverses, et non pas à titre de diverses spécifications ?

2° Puisque plusieurs vertus intellectuelles sont subordonnées à la sagesse et à la science, pourquoi n’y aurait-il pas plusieurs dons intellectuels subordonnés aux dons de sagesse et de science ? Pourquoi même n’y aurait-il pas un don correspondant à la vertu d’art ?

3° Il y a des dons correspondant aux vertus intellectuelles et morales, pourquoi n’y en auraitil pas d’autres correspondant aux vertus théologales ?

4° Les dons sont disposés de telle sorte, qu’ils vont deux à deux, le don régulateur et le don régle, comme la sagesse et l’intelligence, parce que la saesse régit l'intelligence; la science et la piété, le conseil et la force ; pourquoi ne pas poser un huitième don, régulateur de la crainte?

5° Isaïe, après avoir énuméré les sept dons, en ajoute deux autres, la foi et la justice, quand il dit : Et la justice sera sa ceinture, et la foi ceindra ses reins.

6° Saint Paul (1, Cor., xit), énumère plusieurs autres dons de l’Esprit, disant : 1 y a diverses sortes de grâces, et un seul et même Esprit; et encore : À l’un est donnée par l’Esprit la parole de sagesse; à l’autre la parole de science dans le mncme Esprit; à l’autre la foi dans le même Esprit; à l’autre la grâce de guérir dans le même Esprut; à l’autre le don des miracles; à l’autre la prophéhe, ete. Pourquoi tous ces dons ne sont-ils pas mis au nombre des dons du Saint-Esprit ?

Pourquoi il n’y a pas moins de sept dons

14, Réponse (au $ 12) : — Lorsqu'on dit qu’il n’y a pas de raison pour que toutes les fonctions et tous les offices attribués aux dons intellectuels ne soient pas remplis par un seul et même habitus, nous répondons que quoi qu’il en soit du domaine du possible, et qu’il puisse ou non y avoir quelque habitus tellement élevé et éminent qu’il embrasse toutes ces fonctions (nous ne nous occupons pas de cette question pour le moment), cependant il est manifeste que, de fait, elles ne sont pas accomplies par le même habitus, parce que l’Eeriture elle-même témoigne de la multiplicité de ces dons. Et ainsi saint Thomas n’avait pas à prouver que ces dons sont plusieurs, il devait le prendre comme admis, [et expliquer ce fait par des raisons de convenance]. De même pour les dons qui perfectionnent les faeultés appétitives il n’avait qu’à rechercher en quoi il convient qu'ils soient plusieurs ainsi que la foi nous le dit, elle seule nous faisant connaître l’existence de ces dons. Et qu'ils soient plusieurs cela convient davantage à notre faible capacité, el à notre limitation, à laquelle autant que possible s’accommode la grâce. Constatant que de fait ils sont désignés en tel nombre par l’Ecriture, saint Thomas a décrit comme il faut la convenance selon laquelle un tel nombre est posé. Et son argumentation ne tend pas à prouver davantage.

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