Mais le cas des vertus infuses est différent
de celui des dons, parce que les vertus infuses sont .
plus élevées que les acquises du côté de l’objet, et de la substance des actes, non pas du côté du mode de régulation. En effet dans leur opération elles sont. plutôt proportionnées aux vertus acquises, parce que, bien qu’elles regardent un objet et une
fin surnaturelle, ét soient à cause de cela d’un ordre plus élevé que les vertus acquises, cependant
leur régulation, à l’égard de tels objets et d’une
telle fin, se fait par la prudence infuse, qui pro-
cède, a qu’en matière surnaturelle, ion la limios de notre raison et de notre capacité naturelle. ,
Aussi, bien que par leur objet elles soient élevées au-dessus des vertus acquises, cependant dans le mode lui-même de régler, et de mesurer, et
de connaître, les vertus infuses ne sont pas éle-
vées au point d’accomplir d’une façon plus une, et indivisiblement, et avec éminence, ce que font les diverses vertus acquises.
Au contraire les dons du Saint-Esprit, par le mode même de leur régulation, dépassent ce que
peuvent atteindre les forces humaines, car ils sont réglés par l’inspiration et la motion du Saint-Esprit, Et à cause de cela ils procèdent d’une manière plus une et plus éminente que les vertus infuses.
C’est pourquoi ils ne doivent pas être aussi nombreux que les vertus, mais en nombre moindre, et envelopper, chacun, d’un lien indivisible, un genre entier de vertus, parce que leur motif formel est plus élevé dans le mode même de leur opération.
24, Réponse à la seconde objection (Voir $ 13, 2°) : — En ce qui concerne la sagesse et la science, nous disons que ces dons ne se multiplient pas comme les sciences d’ordre naturel, parce qu’ils procèdent selon une raison plus haute et plus simple, et par suite plus unie et moins divisible que les sciences d’ordre naturel, comme il a été dit des vertus. |
: Nous disons aussi qu'il n’y à pas un don qui corresponde à la vertu d’art, parce qu’il n’y a pas d’objet de production artistique surnaturel, auquel un tel don se rapporterait ; mais toutes les choses surnaturelles ont trait à la connaissance et à l’amour, parce qu’elles regardent la vie bonne, ordon-
née à la vie éternelle, ce que ne fait pas la vertu d’art.
25. À la troisième objection (Voir $ 13, 3°), nous avons déjà répondu en disant que certains dons correspondent aux vertus théologales, non pas comme leur étant supérieurs, mais come étant à leur service et jouant à leur égard un rôle prépara-
toire du côté de leur objet matériel ; et cela parce que les vertus théologales nous unissent à la fin ultime elle-même, et sont comme le fondement et la racine des dons par lesquels le Saint-Esprit nous meut vers la possession de cette fin, à laquelle nous sommes déjà reliés par la foi, l'espérance et la charité.
Et ainsi tous les dons se rapportent aux vertus théologales comme à leurs racines, ainsi que saint Thomas l’enseigne dans cette questioi 68, a. 4, ad 3. Mais les dons d'intelligence et de science correspondent spécialement à la foi, la crainte à l’espérance, la sagesse à la charité, comme saint Thomas
l’enseigne dans la IT® Il*, qq. 8 et 9, 19 et 45; non comme supérieurs à ces vertus, mais comme leurs serviteurs, ainsi qu'il a été dit.
26. À la quatrième objection (Voir $ 13, 4°), on peut répondre de deux manières :
1° Dans le Commentaire sur les Sentences, livre III, dist, 34, q. 1, a. 2, ad 3, saint Thomas dit que la crainte comporte un-certain mouvement par lequel on s’écarte du mal. Or le même mouvement qui éloigne du mal rapproche du bien. C’est pourquoi les mêmes dons qui règlent ce qui nous rapproche de Dieu par l’espérance, la charité, la piété, ete., règlent aussi la crainte, par laquelle nous nous écartons du mal; il ne faut done pas adjoindre à la crainte un autre don directif.
2° Saint Thomas dit aussi (q. 68, a. 4, ad 5), que la crainte est dirigée par la sagesse, parce que l’excellence divine, que considère avant tout la sagesse, est la raison essentielle de la crainte de Dieu.
Et la crainte elle-même prépare aussi à la sagesse, selon qu’il est écrit : Le commencement de la sagesse est la crainte du Seigneur. Aïnsi la crainte : regarde la sagesse comme la forme ou la fin à laquelle elle dispose, et donc comme la règle qui la dirige et la mesure.
27. Et il n’y a à cela aucune difficulté dans le fait que le don d'intelligence, lui aussi, est dirigé et réglé par la sagesse, paree que celle-ci tout à la fois perfectionne l’intellect, et dirige la volonté, et réfléchit sur les principes eux-mêmes connus par l’habitus de l’intelligence.
28. À la cinquième objection (Voir $ 13, 5°), nous répondons que la foi et la justice qui sont nommées
par Isaïe après les sept dons ne sont pas nommées …
comme des esprits, contrairement aux sept esprits énumérés d’abord, et ainsi ne peuvent pas être comprises parmi ces dons dont le rôle spécial est de nous bien disposer à la motion du Saint-Esprit. Isaïe ne dit pas que l’esprit de justice et de foi sera la ceinture de ses reins, il dit la justice et la foi. C’est ie signe qu’il s’agit là des vertus concernant spécialement le gouvernement du royaume du Messie, ou du Christ, qui doit régner dans la justice et dans la fidélité (c’est ce que désigne ici le mot foi, et non pas la foi théologale, qui n’a pas été dans le Christ). Selon le texte hébreu, d’ailleurs, ce ne sont pas des vertus qui sont signifiées là, « mais les hommes fidèles et justes qui ie.
ront le Messie régnant et seront comme la ceinture de ses reins. Que l’on consulte Oleaster sur ce passage.
DU NOMBRE DES DONS Ati
| 29. À la sixième objection (Voir $ 13, 6°), nous répondons que selon l'interprétation commune, Paul dans ce passage énumère des dons surnaturels qui sont des charismes et ne sont pas accordés à tous les justes, et peuvent aussi être accordés à des pécheurs, comme la prophétie et autres dons semblables; ces charismes sont donnés pour l’édification des autres, non pour la justification et le bien propre du sujet qui les reçoit. Et ainsi l’Apôtre dit expressément : À l’un est donnée par l'Esprit la parole de sagesse; à l’autre la parole de science, * etc., parce que les grâces de cette sorte ne sont pas données à tous, mais l’une à celui-ci, l’autre à celuilà.
Mais les dons du Saint-Esprit sont donnés à tous les justes, parce qu’ils ont pour fin de nous rendre dociles au Saint-Esprit qui nous conduit vers la vie éternelle, selon le psaume 142 : Ton esprit bon me. conduira dans la terre de droiture. C’est pourquoi dans le ch. xr' d’Isaïe il est déclaré que ces sept « dons sont dans le Christ : Sur lui reposera l’Es- »* prit du Seigneur, l’esprit de sagesse et d’intelli-
gence, etc.; or l’Esprit du Seigneur ne repose pas
sur les pécheurs, maïs sur les justes. Parce que l’Esprit-Saint, éducateur des hommes, fuit l'astuce et se retire quand approche l’iniquité, comme il est
dit dans la Sagesse, I, 5.
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