Ces propriétés sont
La connexion des dons entre eux et avec la charité et la grâce, de telle sorte que sans la grâce ils n'existent pas ; leur durée, ici-bas et dans la patrie ; leur égalité ou inégalité soit entre eux, soit par rapport aux vertus.
Enfin, une autre propriété des dons est qu’ils n’ont pas dans un juste milieu leur régulation dé- ‘terminée. Se tenir dans le juste milieu est en effei une propriété qui ne convient qu'aux vertus morales, parce qu’elles sont réglées par la raison dans une matière capable d’excès ou de défaut. Maïs une telle propriété ne convient pas aux vertus qui sont réglées par l'inspiration même du Saint- Esprit, car elles sont unies immédiatement à Dieu luimême, et suivent sa motion.
Connexion des Dons entre eux et avec la Charité
9, Saint Thomas prouve, dans la question 68, a. 5, que les dons du Saint-Esprit sont connexes entre eux, de la même manière qu’il avait prouvé que 1es He morales sont connexes entre elles : coznme en effet toutes les vertus sont jointes en raison
de l’unité de la prudence par laquelle elles sont toutes réglées, et qui ne peut exister elle-même qu’en supposant l’intention de la fin rectifiée par les vertus, de même tous les dons du Saint-Esprit sont connexes en raison de la charité, qui ne peut exister dans l’Âme que par le Saint-Esprit habitant en elle ; et celui-ci ne peut habiter dans l’Ââme que si elle est bien disposée à sa motion : Ceux en effet qui sont agis par l’esprit de Dieu, ceux-là sont les fils de Dieu (Rom., vint).
3. Et remarquons bien que lorsque nous disons que ces dons sont connexes, nous ne voulons pas dire qu’ils le sont quant à tous leurs actes, mais seulement quant à l’habitus. Il n’est pas, non plus, nécessaire que celui qui pratique une vertu pratique actuellement toutes les autres, maïs il est nécessaire qu’il soit prêt à les pratiquer si l’occasion
s’en présente ; parce que si quelqu'un a l’obligaon d’accomplir, par exemple, un acte de la vertu de justice ou de religion, et que sa volonté soit mal disposée au sujet de la chasteté, il est manifeste que si l’occasion qui se présente le met en demeure ou d’observer la chasteté ou de ne pas observer la justice, il choisira d’abandonner la justice plutôt que de garder la chasteté, ce qui est la preuve que sa disposition à garder la justice n’était pas ferme, et par conséquent n’était pas une vertu.
Il faut dire de même au sujet de la connexion des dons, qu’il n’est pas nécessaire qu’ils soîent connexes quant à leurs actes, de telle sorte que celui qui exerce un don, exerce aussi les autres, mais bien qu’ils le soient en tant qu’habitus, parce que celui qui, uni à Dieu par les vertus théologales, est
prêt à suivre avec docilité la motion du Saiïint-Es- :
prit vers la vie éternelle, doit être prêt à suivre cette motion dans toutes les choses qui conduisent à cette fin, de telle sorte que celui qui suivrait l’ins- piration du Saint-Esprit dans la connaissance, mais ne serait pas prêt à la suivre dans la piété, ou la force; ou la crainte qui éloigne du mal, ne serait pas véritablement disposé à suivre la conduite du Saint-Esprit quant à l’obtention de la vie éternelle, et ne pourrait pas dire avec le prophète : Je suis prêt à suivre tes commandements et ne suis pas troublé.
4. Ainsi, en ce qui concerne la connexion de ces dons entre eux, une fois admis qu’ils sont enraci- ‘nés et unis entre eux dans la charité, comme les vertus morales dans la prudence, la question se
‘tranche sans plus de difficulté qu’au sujet de la
connexion des vertus morales ellès-mêmes. Sans la prudence en effet il n’est aucune vertu qui soif véritable vertu morale, puisque la règle elle-même
* de la moralité manque alors. Et la prudence étant - donnée, aucune vertu morale ne fait défaut, parce
que pour la rectitude du jugement et le dictamen de la prudence, toutes sont requises ; en effet, la
” droite intention est requise pour que l’on procède
prudemment, et cette droîte intention est l’œuvre des vertus elles-mêmes. De même sans la charité il n’est pas de don du Saint-Esprit qui nous meuve efficacement vers la vie éternelle. Et si la charité est là, aucun don ne manque, parce que la charité ne pourrait pas exister dans l’âme si celle-ci n’était pas dirigée vers la vie éternelle selon la mo-
tion du Saint-Esprit.
5. Objections : — On ne peut soulever de difficulté qu’au sujet de cette supposition même, que les dons sont unis dans la charité, et la charité avec eux, de telle sorte que sans la charité ces dons n'existent point, ni la charité sans ces dons.
1°) Les dons ne sont requis que pour les opérations qui dépassent la mesure commune des vertus, et qui ont besoin d’une motion spéciale du Saint- Esprit. Or ces opérations extraordinaires ne sont pas nécessaires au salut, parce qu’on peut être sauvé par la simple observation des commande-
ments ; le martyre en effet n’est pas nécessaire,
ni le renoncement à toutes les choses du siècle, et autres œuvres semblables (qui ne sont pas de précepte, mais de conseil), pour parvenir à la vie éternelle; et beaucoup moins encore les opérations extraordinaires qui se rencontrent à peine dans un tout petit nombre, comme la force de Samson... Ft
comme les dons sont requis pour ces œuvres extra-.
ordinaires, et qu'aux actions communes suffisent les vertus sans les dons, on ne voit pas qu'il soit nécessaire que les dons soient unis dans la charité et la charité avec eux.
6. — 2°) Beaucoup qui ne sont pas en état de grâce, bien plus, qui n’ont même pas la foi, accomplissent des actions extraordinaires et merveilleuses. Par conséquent des dons fondés dans la charité
ne sont pas requis pour les œuvres extraordinaires des vertus.