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les hommes. Bien que ces paroles se puissent en-
tendre de tous les dons surnaturels (vertus ou au-
tres habitus, ou grâces actuelles), elles s’appliquent cependant par excellence aux dons du Saint- Esprit, que le Christ après l’Ascension a répandus avec une plus grande largesse sur son Eglise.
Les mots : «tu as recu tes dons dans les hommes : accepishi dona in hominibus », concernent
particulièrement les dons du Saint-Esprit qui ren-
dent l’Ââme très docile à ses inspirations. Et ainsi,
tandis qu’ils recoivent de Dieu les autres dons, dans ces dons-ci, en outre, Dieu recoit les hommes eux-
mêmes, et en ces hommes qu’il a captivés et qu’il s’est soumis, il recoit en retour ses propres dons,
Let il les fait siens davantage encore,
10. Or il convient éminemment à ces habitus très parfaits d’être nommés esprits et dons.
En premier lieu parce que ces deux noms con-
viennent au Saint-Esprit lui-même : Esprit, en
tant qu’il procède de l’amour spiratif, et par le poids de l’amour. Don, parce que l’amour est communicatif de soi, et le premier don de l’amour est le cœur même de l’ami, uni à l’aimé présent au de-
dans de celui qui l’aime, selon ces mots de David :
Si vous êtes venus à moi pacifiquement pour me secourir, mon cœur s’unira au vôtre.
Ainsi ces gages d'amour par lesquels le Saint- Esprit joint d’une manière toute spéciale son cœur à notre cœur, en nous unissant à lui et en nous rendant dociles à soi, sont appelés esprits parce qu’ils pro-èdent en nous de la spiration et du poids de
i Ÿ PC LES DONS DU SAINT-ESPRIT
l’amour. Et ils sont appelés dons parce que par eux l’Esprit se donne à nous et demeure en nous.
11. Mais pour comprendre comment ces dons procèdent spécialement de l’amour, et de l’esprit
. même du cœur de Dieu, et comment ils allument et augmentent en nous le feu de la charité, il faut savoir que ces dons ont pour fonction de perfectionner les vertus. La vertu, dit en effet saint Thomas (1) peut être en défaut soit à cause du sujet où elle se trouve, soit en elle-même.
Du côté du sujet il y a défaut par accident, à sa-
voir du fait de l’indisposition de celui qui parti-
cipe imparfaitement l’habitus ou la vertu en question. Et ce défaut disparaît par l’augmentation de la vertu elle-même qui croît en intensité.
Du côté de l’habitus il peut y avoir un certain ‘défaut intrinsèque. Aïnsi, par exemple, la foi est imparfaité en elle-même, parce qu’elle est énig-
matique et obscure, selon ce que dit Salomon (Ii
Paral., vi) : Dieu veut habiter dans l’obscurité, c’est-à-dire dans la foi, d’après le mot de saint Paul : [Dieu] qui fait habiter le Christ dans vos cœurs par la foi.
Ce défaut, ajoute saint Thomas, est enlevé par un habitus supérieur (2) appelé don, qui excède
pour ainsi dire le mode de l’ordinaire opération
(1) Commentaire sur Isaïe, ch. XI.
(2) Supérieur quant au mode d'opération. « Donum in hoe transcendit virtutem quod supra modum humanum operatur » (FI Sent, "4-35, gear oh
« Dona perficiunt virtutes elevando eas supra modum humanum, sicut donum intellectus virtutem fidei, » (Quaest. disp. de C'haritate, a, 2, ad 17).
humaine ; et c’est le don d'intelligence qui fait pénétrer d’une manière claire et limpide la crédibilité
let la convenance des choses de la foi, et les fait dis
Mtinguer des erreurs et de tout le sensible.
! 12. Les dons viennent pour ainsi dire polir, et | dorer, et faire resplendir les vertus dans les choses où celles-ci n’atteignent pas par elles-mêmes. Car la foi seule et nue nous laisse dans l’obscurité;
Let par suite ceux dont la contemplation procède de la seule foi tombent rapidement dans l’ennui, et
ne peuvent persévérer longtemps. Aussi, aux con- Étemplatifs qui s'efforcent de pénétrer les mystè- Lres de la foi le don d'intelligence est-il nécessaire, set ils doivent en user.
Mais ceux qui disent se contenter de la raison, et de la contemplation dans la foi nue (1), savent à peine ce que c’est que contempler : ils divaguent ou ils dorment dans leur contemplation, parce que
la foi ne contemple pas, mais assentit obscurément ; -et il semble que les cieux et les choses célestes lui
: soient cachés plutôt qu’ouverts
| » gardent la terre du froment ct du vin ; et les cieux
Les yeux de Jacob, dit Moïse (Dent. XXXIII), Te-
- sont obscurcis de rosée. En effet, tant que nous sommes dans l’Eglise militante, qui est proprement la terre du froment et du vin, c’est-à-dire de
(1) C’est-à-dire en faisant abstraction de l’activité des dons. > Mais si on entendait par foi nue ce que saint Jean de la Croix appelle la pure foi (par opposition à tout mélange naturel), à savoir la foi vive unie aux dons d'intelligence et de sagesse, :1 faudrait dire au contraire qu’une telle foi est le moyen même de la contemplation. Cf. R. Garrigou-Lagrange, Perfection chrétienne et Contemplation, t. I, ch. IV, a. 6.
l’aliment spirituel qui naît sous le voile sacramentel du pain et du vin, les cieux sont obscurcis de rosée parce qu'ils sont cachés sous les ombres de la foi. Nous ne pouvons donc contempler parfaitement en vertu de la seule foi, tout au plus sommesnous arrosés d’une rosée légère, et cette rosée ellemême obscurcit nos yeux.
13. Il nous est donc nécessaire, pour ne pas défaillir,. que le ciel nous soit quelque peu entr”’ouvert, et c’est ce que fait le Saint-Esprit par les dons d’intelligence, de sagesse et de science.
Nous en avons un signe dans le Baptême du Christ :
Jésus ayant été baptisé, dit San Marc (ch. 111), il sortit aussitôt de l’eau, et les cieux lui furent ouverts, et it vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui.
De même à l’âme purifiée par le Baptême dans lequel elle a reçu la foi, l’Esprit-Saint ouvre les cieux afin qu'elle ait quelque intelligence des choses du ciel, et que celles-ci ne soient pas seulement obscurcies par la rosée.
Plus l’âme progresse dans les dons, plus lar-
gement les cieux lui sont ouverts, et mieux elle! eontemple la gloire de Dieu. Et le meilleur signe
Met
de la présence de ces dons en elle, et de l’ouverture :
des cieux, c’est qu’elle ait une grande joie et quelque intelligence de cette gloire.
C’est pourquoi il est écrit de saint Etienne (Actes, vir) : Comme il était rempli du Saint-Esprit, levant les yeux, il vit la gloire de Dieu et il dit : Je vois les cieux ouverts. 5
14. Par l’illumination des dons du Saint-Esprit l’âme surgissant de l’obseurité de la foi court à son Dieu parée d’un vêtement brillant d’or et d’ornements variés, c’est-à-dire d’une multitude de sen-
timents spirituels et d’une intelligence multiple
des choses divines.
Mais comme en cette vie l’objet de la foi ne peut nous apparaître en pleine lumière — car toujours : la foi s’appuie sur un témoignage, et elle ne peut passer outre, et bondir jusqu’à la vision de son ob-
jet, — il reste que l’âme captive des liens de la foi
quant à l'obscurité de l’objet, ne peut être illuminée que par la flamme de l’amour. C’est pourquoi il faut que les dons d'intelligence, de sagesse et de science procèdent de l’amour et soient fondés sur lui. Aussi sont-ils très spécialement attribués à l’amour, ou au Saint-Esprit, qui est Amour, et à cause de cette attribution ils sont eux-mêmes nommés esprits.
Par éux, de la connaissance énigmatique de la foi, l'intelligence s'élève, dans la flamme de l’amour, à la contemplation limpide et claire de la grandeur et de la crédibilité des mystères : Dans la splendeur du feu brülant dans la nuit, dit Isaïe. (1), — dans la nuit, c’est-à-dire dans l’obscurité des créatures qui voilent à nos regards la majesté de l’éternel, car toute gloire est protégée, dit encore le prophète au même endroit, super omnem emim gloriam protectio (1v).
Et c’est ainsi que notre esprit veille dans les
ténèbres de cette vie : (ces lumières luisent dans
un lieu obscur », et notre intelligence est confortée
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par la dilection elle-même du cœur, car ce qui est aimé lui paraît meilleur et lui convient davantage.
Saint Bernard dit fort bien dans le sermon 97 sur le Cantique : « Le feu marche devant Lui, et lui-même n'est pas autre chose que feu. » Le feu qui va devant ne fait pas müûrir l’amour, il ne fait pas progresser. Il est envoyé seulement pour éxeiter et pour préparer, et pour nous faire connaître ce que nous sommes de nous-mêmes, afin que nous goûtions ensuite avec plus de douceur ce que c’est qu'être à Dieu. |
«€ Mais le feu qui est Dieu consume et n’afflige pas, il brûle suavement et rend heureux en déso- Jant. Il est vraiment un feu qui ravage, mais c’est pour remplir d’onction l’âme qu’il purifie.
(Aïnsi dans la force par laquelle tu es transformé, et dans l’amour par lequel tu es FAIRE reconnais le Seigneur présent. »
15. Ces habitus ou dons célestes sont encore appelés esprits parce qu'ils sont ordonnés en nous par l'inspiration divine, selon que le mot ( inspi-
ration » désigne une certaine impulsion venant de
l'extérieur (1). rene
En effet, bien que pour opérer toute créature ait besoin de la motion de Dieu à titre de cause première, et bien qu’en ce sens cette motion soit dite aussi provenir de l’extérieur, cependant, là où les vertus inhérentes ne suffisent pas pour opérer
d’une manière assez élevée, le secours spécial d’un
principe et d’une vertu extrinsèques est nécessaire,
(1) CÊ. Sum. theol., 1%, q. 68, a
| Si Cartes
qui non seulement meuve, mais encore apporte un esprit et une force nouvelle et une plus haute régulation.
Ainsi, pour que l’homme devienne apte à agir non seulement selon une règle humaine et des principes proportionnés à la raison, mais selon une mesure et une règle plus hautes que celles de la vertu humaine, il est nécessaire qu’il recoive un esprit (ou une force) plus noble par lequel il soit mû d’une
* impulsion extérieure et qui le surélève.
Os meum aperui et attraxi spiritum. quia Mmandata tua desiderabam, dit David. « J’ai ouvert la bouche et attiré ton Esprit, car j’ai désiré tes commandements. »
Par l'intelligence et la volonté qui sont comme Ja bouche de l’âme, l’âme aui aspire à la vie d’en haut attire en elle un esprit qui recrée le cœur et enflamme ses forces vives.
L'ouverture du cœur béant vers Dieu est ainsi nécessaire pour recevoir les dons du Saint-Esprit, parce que ces dons vitaux nous sont infus pour que notre cœur devienne très docile à l’Esprit-Saint, ct soit capable d’agir de cette plns haute manière, à quoiil est dirigé et élevé par Dieu.
16. Spiritus ejus ornavit cnelos, et obstetricante manu ejus eductus est coluber tortuosus (Job, xxvr). Son esprit orne les cienx, et sa main délivre l’âme du servent tortueux. Les puissances spirituelles, c’est-à-dire l’intelligence, la volonté et les vertus qui les informent, sont comme des cieux étendus au-dessus des facultés corporelles. Par ses
dons l'Esprit de Dieu les orne et les élève, afin que
le cœur de l’homme soit mû non pas selon la mesure petite et resserrée de notre raison, mais selon la régulation et l’opération amplissime de l’Esprit- Saint.
De cette manière les âmes sont entièrement délivrées du serpent tortueux, c’est-à-dire de l’esprit du diable qui non seulement séduit les pécheurs, mais cherche à égarer les hommes spirituels eux-mêmes dans ses voies tortueuses, jetant un voile sur leur cœur en les décevant par de prétendues élévations et visions, et par des illusions intérieures.
Par les dons du Saint-Esprit Dieu illumine l’esprit de l’homme afin qu’il puisse discerner les voies tortueuses du serpent, ne pas ignorer ses astuces même lorsqu'il se transforme en ange de lumière, et tendre vers la terre de toute droiture par un chemin direct, sans détours et sans erreur ; selon qu’il est écrit : Spiritus tuus deducet me in terram rectam (Ps. 147).
17. Enfin, les dons sont encore appelés esprits parce que l’âme les recoit comme l’haleine même de Dieu lorsqu'il la pare de ses dons, l’embrasse comme un époux, et par le baiser de sa bouche lui insuffle son Esprit, afin que toutes les vertus de l’âme soient rendues plus parfaites, et élevées à un mode supérieur d’opérer.
Verbo domini coeli parati sunt, et spiritu oris eju$ omnis virtus eorum.
Ce souffle de la bouche du Seigneur qui affermit les vertus est l’esprit des dons que Dieu nous communique par son baiser, qui est si efficace lors-