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qu’il s’imprime sur une âme avide de désirs célestes, qu’il en aspire et boit pour ainsi dire le souffle, et la transporte toute en Dieu, et l’arrache si violemment aux choses terrestres que la mort corporelle en résulte quelquefois.
Il est dit de Moïse (Deut., xxx) : {l est mort sur l’ordre du Seigneur. Ce que Jérôme Oleaster (1) traduit ainsi de l’hébreu : 1! est mort du baiser du Seigneur. Parce que le commandement
de la bouche divine fut comme le baiser de Dieu, Baiser qui s’imprima si fortement sur l’âme de
Moïse qu’il en but et aspira tout le souffle de vie, et l’arracha du corps par la puissance de l’amour spirituel. à
C’est un tel baiser que connaissent tous les saints qui peuvent dire avec Paul : Sive mente excedimus, Deo. Sive sobrii sumus, vobis. Où la sobriété de l’action des Saints à l’égard du prochain est opposée à l’excès et à l'ivresse d’esprit qui les fait entrer dans les puissances du Seigneur. Ne se souvenant que de la justice, ils sont ivres pour Dieu, sobres pour le prochain. T'el est en effet ce cellier à vin où Dieu ordonne la charité (2). Et l’ordre de la charité est que l'âme impatiente et comme ivre de son Dieu se porte d’abord vers lui de tout son élan et sans mesure : et ensuite seulement vers le prochain avec discrétion et modestie, selon la qualité de chacun et la nécessité présente, ne s’attachant trop à quiconque et ne recherchant personne, sinon pour Dieu.
(1) Jérôme Oleaster, Ÿ 1563, dominicain portugais, grand hébraïsant, auteur de commentaires estimés sur le Pentateuque. (2) Cantique des cantiques.
18. Là doit être cherché le sens profond de ce livre très fermé de l’amour spirituel qu'est le Cantique des cantiques et qui commence au baiser du Seigneur : Qu'il me baise d’un baiser de sa bouche. Comme si les amours de la sainte Eglise commeneaient là où Moïse a consommé sa vie : Mortuus ab osculo Domini. En effet lorsque prend fin la Loi donnée par Moïse, la loi de l’amour spirituel commence au baiser qui est le Saint-Esprit lui-méme procédant de la bouche de Dieu, unissant le Père et le Fils et se répandant sur l’Eglise au jour de la Pentecôte et à travers tous les siècles.
L'Eglise a été jugée digne de plus de gloire que Moïse, et c’est pourquoi le Seigneur Jésus lui a envoyé son Esprit avec une telle abondance qu’elle en fut toute enivrée ; de sorte que voyant les Apôtres beaucoup disaient en se moquant : Z!s sont remplis de vin nouveau (Actes, 1v).
19. La puissance de l’Esprit élève l’Eglise audessus de toute contagion temporelle, au-dessus de toute fragilité humaine, au-dessus des faibles mesures de la raison naturelle ; et l’on peut dire d’elle comme de l’Epouse du Cantique : Meliora sunt ubera tua vino. Ce que j'entends ainsi : les. vertus qui ornent ton âme sont rendues meilleures à cause de ce vin de l’Esprit dont tu es enivrée.
[Et comme cette ivresse est toute spirituelle, de même] le baiser de la bouche du Seigneur est tout entier spirituel et pur. Ce n’est pas le baiser de la passion ; ce dernier en effet, s’il se fait par la bouche, ne procède pas de la bouche, maïs de la toncupiscerice et de la chair. Tandis que le baiser
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