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marais et sont délivrés de leurs maux : sinon, ils sont encore précipités dans le Tartare, qui les rejette dans ces fleuves. Et cela continue jusqu'à ce qu'ils aient satisfait ceux qu'ils ont maltraités, car tel est l'arrêt prononcé contre eux. — Yoilà, bien évidemment, mêlée à des imaginations et à des fables , la doctrine fondamentale de l'expiation de l'autre vie.
Et quant au ciel : « Ceux qui ont passé leur vie dans la sainteté la plus élevée, continue Socrate sous la plume de Platon), ceux-là sont délivrés de ces lieux terrestres et de ces affreuses prisons, et sont reçus là-haut dans cette terre pure où ils habiteront, et ceux d'entre eux que la philosophie (c'est-à-dire une vie morale et spiritualisée a vraiment purifiés vivent pendant toute l'éternité, et sont reçus dans des demeures plus admirables et plus délicieuses que je ne puis dire... »
Aristote écrit à son tour : — « Le dégagement des liens du corps est pour l'âme une cause d'ascension et d'illumination ; mais , si elle descend, c'est qu'elle est enveloppée de ténèbres. Une fois purifiée, elle remonte néanmoins. Cette peine de l'abaissement a beaucoup de causes , dont la première est le péché commis , péché qui doit par-là être expiée »
Quant aux autres peuples païens, presque partout ce sont les mêmes croyances, plus ou moins surchargées de superstitions et de rêveries de détail. La métempsycose , par exemple, d'après laquelle les âmes passeraient successivement en plusieurs corps afin de se purifier, n'est qu'une interprétation mauvaise de la doctrine du purgatoire. L'Inde entretenait cette croyance comme une des bases de sa relidon. Les Indiens des bords du Ganse, les
1. Cité dans Y Aiirifodina un'wersalis du P. Robert, édit. Rouquetle, 1867, t. VI, p. 588.
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peuples du Pégu. de Siam, du Cambodge, du Tonking, de la Cochinchine et du Japon, les indigènes de Java et de Ceylan, ont continué jusquà nos jours de croire à la métempsycose. Chaque mutation est. suivant eux. un châtiment ou une récompense. Avant d'atteindre à la béatitude suprême, qui est le but final de tous les êtres, les métamorphoses se multiplient. Plus on avance dans le chemin de la vertu, disent-ils. plus on s'élève, et de degré en degré, dans l'échelle des êtres; mais aussi, plus on se dégrade, plus on descend, jusqu'à s'incarner dans les substances les plus viles. Ainsi, les hommes cruels sont changés en tigres ou en chats sauvages, et les voleurs en reptiles, insectes, araignées, serpents, etc.
C'est exactement, du reste, ce qu'avait enseigné Platon. « Ceux qui se sont li^Tés sans pudeur à la gourmandise, à la luxure ou à la boisson, entrent vraisemblablement dans des corps d'ànes. ou d'animaux semblables, et ceux qui n'ont aimé que l'injustice , la violence et les rapines , vont habiter des corps de loups, d'éperviers, de faucons. Des âmes de cette nature peuvent-elles aller ailleurs? Il en est de même des autres : ils rentrent dans une condition d'existence en rapport avec la vie qu'ils ont menée'. »
Chez les Égyptiens , aux temps les plus reculés , les cérémonies de l'inhumation étaient accompagnées de prières pour les âmes des défunts-. Les Kalmouks croient égale-
1. Platon, le Phédon, même édit. que ci-dessus, p. 475. Cette idée do la métempsycose a été ravivée de nos jours, sous le nom de doctrine des }'éi>. carnations, par M. Louis Figuier, dans son livre du Lendemain de la mort, a Cette doctrine est appuyée de tant de preuves, y afflrmet-il, que nous n'avons d autre embarras que de choisir parmi tous les moyens de démonstration qui parlent en sa faveur. » Or, malgré une si ferme assurance, on ne trouve là absolument que des hypothèses, des agencements imaginaires, des théories brillantes et bruyantes, et pas une preuve sérieuse. Quelle différence avec le Christianisme, qui toujours part de fai(s positifs, nets, résistants, d'où se déduit logiquement tout son enseignement 1
2. Voir, entre antres documents, un article de M. François Lenormant dans le Correspondant, février 1857.
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ment à un purgatoire dont ils décrivent ainsi les tourments. Les habitants qui le peuplent, disent-ils, ressemblent à des tisons ardents , et souffrent surtout de la faim et de la soif. Veulent-ils boire, à l'instant ils sont environnés de sabres, de lances, de couteaux; à l'aspect des aliments, leur bouche se rétrécit comme un trou d'aiguille, leur gosier ne conserve que le diamètre d'un fil. Ce purgatoire, ajoutent les Ralmouks, n'est séparé de l'enfer que par une grande toile d'araignée ou une muraille en papier ^ — Au Japon, dans la ville de Kiyôto, on voit un grand temple bouddhique où d'immenses foules viennent journellement prier pour les trépassés-.
On trouverait les mêmes idées dans le Zend-Avesta, livre sacré des Perses^.
Pour les Grecs et les Romains, S. Justin et Tertullien, écrivains sacrés du second et du troisième siècles , nous apprennent que, dans leur culte public, ils offraient des sacrifices pour les morts. On employait certains rites expiatoires powr les rétablir dans leur première innocence. Les Romains appelaient ces cérémonies les derniers devoirs, et les Grecs les nommaient les expiations. Ils croyaient donc à des peines temporaires^ dans l'autre vie. pour ceux qui n'étaient point entièrement purifiés. — Au Mexique, avant la découverte de l'Amérique et la prédication de l'Évangile dans ces contrées, on célébrait aussi chaque année des fêtes expiatoires en l'honneur des défunts. Nos ancêtres les Gaulois, dans la religion druidique, répandaient des libations et déposaient des offrandes sur les tombeaux. — En sorte que nous retrouvons en tout lieu, même chez les nègres de l'Afrique centrale, la même préoccupalion, écho dune vérité défigurée, mais certaine dans sa subs-
1. Diciionnaire des Sciences occultes {de \di C(À\Qci\or\ Migne), t. \{, p. 357.
2. Promenade autour du monde, par M. de Hiibner, t. II, p. 78.