‹ Les douleurs de la vieChapitre 143 sur 292 · CROYANCE UNIVERSELLE · texte numérisé non relu

CROYANCE UNIVERSELLE

chaque tristesse exagérée, est comme armée d'un clou fort et pointu qui lie à grands coups l'âme aux sens , et la rend si matérielle et si corporelle, quelle n'estime plus comme véritable que ce qui parait tel à l'œil de chair. Gar^ formant les mêmes jugements que le corps, cherchant les mêmes plaisirs , elle est nécessairement conduite à avoir les mêmes mœurs , les mêmes habitudes. C'est pourquoi elle ne peut arriver pure dans l'autre vie, mais elle sort de celle-ci toute pleine encore des souillures de ce corps qu'elle a quitté.

Il ne veut pas que le sage redoute la mort, mais que, comme le cygne à sa dernière heure , il chante plutôt : car il lui semble que par leur chant ces animaux manifestent de la joie d'être bientôt auprès d'Apollon leur protecteur. (( Les hommes, dit-il, par la crainte qu'ils ont eux-mêmes de la mort, calomnient ces oiseaux en prétendant qu'ils pleurent leur trépas, et que la tristesse leur inspire ces chants. Y a-t-il un seul oiseau qui chante quand il est inquiet, souffrant, pris de faim ou de soif? »

A^oici comment il explique les apparitions de fantômes qui remplissent les légendes de toutes les nations. — L'âme chargée des fautes engendrées par son union trop étroite avec le corps continue d'être entraînée dans les lieux visibles, non seulement par cette pesanteur, mais aussi par la crainte qu'elle a de la lumière et du lieu spirituel; et elle erre, suivant l'idée commune, dans les cimetières, autour des tombeaux, où l'on a vu souvent des fantômes ténébreux et des spectres, tels que sont ces âmes qui n'ont pas quitté le corps pures et dégagées, mais qui sont restées mélangées de la matière terrestre et visible, qui les rend visibles elles-mêmes. » Cette théorie est assurément curieuse ; on y voit les linéaments d'un purgatoire en quelque sorte volontaire. Il est très vrai, du reste, qu'une âmé qui parait devant Dieu sans avoir été purifiée a peur de la lumière divine, et d'elle-même se précipite au châtiment.

Mais ce qui suit, dans Platon, va devenir plus exprès et plus net. « Les morts, dit-il, sont tous jugés, tant ceux qui ont mené une vie sainte et juste que ceux qui ont vieilli dans l'injustice et l'impiété. » Ne nous arrêtons point à la forme puérile des fictions païennes qu'il émet , et venons au cœur de l'idée. « Ceux des morts qui se trouvent avoir vécu de telle manière qu'ils ne sont ni entièrement criminels ni absolument innocents sont envoyés à l'Achéron \ Là, ils s'embarquent sur des bateaux, et sont portés jusqu'au marais d'Achéruse - , où ils restent et souffrent des peines proportionnées à leurs fautes, jusqu'à ce que, nettoyés et purifiés de leurs péchés, et délivrés ensuite, ils reçoivent la récompense de leurs bonnes actions. Ceux qui se trouvent incurables à cause de la grandeur de leurs fautes, et qui ont commis des sacrilèges et des meurtres, ou d'autres crimes semblables, la fatale Destinée, qui leur rend justice, les précipite dans le Tartare, d'où ils ne sortent jamais. Quant à ceux qui se trouvent avoir commis des péchés guérissables , quoique fort grands , comme de s'être emportés à des violences contre leur père ou leur mère par de simples mouvements de colère, ou d'avoir tué quelqu'un, et qui en ont fait pénitence toute leur vie , c'est une nécessité qu'ils soient aussi précipités dans le Tartare; mais , après qu'ils y sont demeurés un an , le flot les rejette, et renvoie les homicides dans le Gocyte et les parricides dans le Puriphlégéton , qui les entraîne au marais de l'Achéron. Là, ils jettent de grands cris et appellent à leur secours ceux qu'ils ont tués et ceux contre qui ils ont commis ces violences , l^s priant, les conjurant de leur pardonner, de leur permettre de passer le marais , et de les recevoir auprès d'eux. S'ils les fléchissent, ils passent le

1. Les anciens désignaient par ce nom un fleuve qu'ils supposaient couler dans les enfers, et par suite une certaine partie de lenfer, on lieux bas de la terre.

2. Us croyaient aussi que certains marais étaient des bouches donnant entrée dans les enfers.

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