SOUMISSION A LA PROVIDENCE
Il faut toujours nous présenter à lui comme des aveugles qui tendent la main pour se laisser conduire. On ne va pas loin sans broncher quand on s'éclaire soi-même. La lumière des sens est si sombre , que, si l'on n*a point d'autre flambeau, on court hasard de chutes mortelles. Ceux qui ne désirent rien sont au-dessus de toutes choses ; et, quand on a consacré sa volonté à celle de Dieu, les biens et les maux se confondent ensemble dans nos sentiments. Gomme ils nous sont donnés d'une même main, on les doit recevoir dun même visage.
Bienheureux donc celui qui met toutes ses espérances en Dieu ! Ce n'est pas proprement espérer que de se confier en lui, puisqu'on jouit par avance du bien que l'on espère. Quel contentement de vivre doucement, humblement, sous la conduite de Celui qui gouverne toutes choses avec poids et mesure ! Quel bonheur de le regarder incessamment, parmi tous les accidents et toutes les amertumes, comme l'auteur, l'objet et la fin de notre unique et dernière félicité ! Et puis , ceux qui se plaignent des maux qu'ils endurent ont oublié, sans doute, les maux qu'ils ont faits. Pourquoi n'y pensent-ils pas? Ce souvenir les animerait à désirer même l'épreuve.
Oh! qu'il fait bon loger à l'enseigne de la Providence! c'est le seul asile qu'il faille chercher ici-bas , si l'on veut vivre sans inquiétude. C'est une hôtesse qui donne à ses hôtes tout ce dont ils ont besoin, sans leur demander autre chose que la foi en ses promesses. Ce n'est point à nous de choisir le chemin que nous devons tenir pour terminer notre course; il faut marcher dans celui qui nous est frayé, sans considérer s'il est beau ou laid , agréable à la nature ou pénible pour elle, puisque, avec toute notre industrie, nous ne pouvons ni ne pourrons jamais retourner sur nos pas. Dans cette nécessité de suivre le temps qui nous mène , quand notre devoir le devance en marchant le premier, le voj'age nous parait si facile, si agréable même, que nous oublions notre âge, sachant qu'on ne vieillit
point à la suite de la vertu ^ Nul ne s'est repenti d'avoir vécu uni à la divine Providence, et d'avoir reçu d'elle le pain de sa nourriture tel qu'elle le veut donner.
Et ainsi nous répéterons avec un grand amour ces belles strophes d'un cantique populaire :
Ton bon plaisir, ô Diec, c'est ce que j'aime : En toi seul je veux m'abîmer.
Qu'il >est doux, de vouloir ce que tu veux toi-même I 0 volonté de Dieu, quel bonheur de t'aimcrl
Par toi la peine en plaisir est changée. Et la mort ne peut alarmer :
De'crainte, de douleur, notre âme est dégagée. G volonté de Diec, quel bonheur de t'aimer!
Ah: pour mourir, c'est mon unique envie, Puissé-je en toi me transformer!
Mourir ainsi, c'est vivre une éternelle vie. 0 volonté de Dieu, quel bonheur de l'aimer!
Plaisirs, chagrins, j'offre tout pour te plaire; A toi je veux me conformer, Et tout ce qui te plaît est ce que je préfère. 0 volonté de Dieu, quel bonheur de l'aimer!
f Une âme d'une admirable délicatesse et d'une singulière piété, Eugénie de Guérin^ de qui on a publié les Lettres et le Journal, écrivait un jour dans son cahier irtime ces lignes et cette prière, qu'il nous sera doux de recueillir :
« Oh! qu'aujourd'hui je fais d'efforts pour écarter la tristesse qui ne vaut rien , cette tristesse sans larmes , sèche, heurtant le cœur comme un marteau! C'est la plus pénible à sentir; et cependant il faut porter celle-là comme une autre , et on la porte avec le même secours : la croix, avec Jésus triste à la mort au jardin des Olives, v Et elle compose aussitôt les touchantes litanies que voici :