‹ Les douleurs de la vieChapitre 14 sur 292 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Qu'il faut en tout se soumettre à la Providence.

La sainte Écriture nous exhorte , en mille endroits , à la patience et à la résignation. — « L'homme patient, y li- » sons-nous, attendra la fin de ses maux jusqu'au temps » destiné de Dieu pour les faire cesser; et après cela la » joie lui sera rendue*. » Et un peu plus loin : « Mon fils, » lorsque vous entrez au service de Dieu, préparez votre » âme à l'épreuve. Humiliez votre cœur dans les afflictions » que Dieu vous envoie, et attendez avec patieiice qu'il » vous délivre. Prêtez l'oreille et recevez les paroles de la » sagesse, et ne vous hâtez point d'agir ou de parler au » temps de l'obscurité intérieure. Souffrez en paix tant » que Dieu voudra ; demeurez-lui uni par une inviolable » fidélité , afin que votre vie soit à la fin plus abondante. » Acceptez donc de bon cœur tout ce qu'il vous arrivera » de fâcheux. Demeurez en paix dans votre douleur, et au » temps de votre brisement conservez la patience. L'or et » l'argent s'épurent par le feu, et les hommes que Dieu » veut recevoir au nombre des siens s'éprouvent dans le » fourneau de l'humiliation. C'est pourquoi ayez confiance » en Dieu, et soyez persuadé qu'il vous tirera de tous ces » maux-. »

1. Usque in icmpus sustinebit pntiens ; et posteà redcUtio jaciuidiiaiis. Eccli, i, 29.

2. Filî, accedens ad servitutem Dei, sta in justitiâ et timoré, et prxpara animam tuam ad tentationem. — Déprime cor tuum, et sustine; inclina aurem tuam, et siiscipe verba intellectûs, et ne festines in tempore obduciionis — Sustine sustentât iones Dei ; conjungere Deo, et sustine, ut crescai in novissimo vita tua. — Omne quod ttbi applicilnm fuerit accipe; et in dolore sustine, et in humilitate tud patientiam habe. — Quoniam in igné probatur aurum et argentum, hommes verô receptibiles incamino humiliationis — Crede Deo, et recuperabit te. — Eccli. ii, 1-G.

18 LA DnLLEUR.

Paroles fortifiantes, qu'on devrait avoir présentes dans les moments douloureux de la vie. Ce sont moins nos peines mêmes qui nous tourmentent que la manière irréfléchie, coupable parfois, dont nous les acceptons. Pour marcher sans crainte . avec joie . dans la pénible carrière de la vie , il faut se résigner sans réserve aux ordres de la Providence. Les plaintes que l'on en fait ne sont pas moins injustes qu'inutiles, et c'est une insupportable vanité de vouloir qu'elle change ses décrets pour contenter notre simple envie. Quel plus grand avantage pouvons-nous espérer, en marchant dans un chemin entouré de précipices, que d'être éclairés par un flambeau plus éclatant que le soleil, et d'avoir pour guide celui-là même qui marque tous les pas de ce bel astre? Ce flambeau, toujours éclairé et luisant, c'est la volonté divine . en laquelle nous avons foi si nous sommes vraiment chrétiens.

La manière de porter le fardeau de la vie le rend ou léger ou pesant ; et, pour n'en être jamais incommodé, il faut que la réflexion nous éclaire et que le devoir nous guide. Que saint François me ravit quand, d'une voix qui sort des abîmes du néant où l'humilité le tient enseveli, il fait entendre ces simples paroles : « Ou obéir ou mourir 1 » Du moment qu'il fut capable de raison, il choisit la soumission pour son partage ; et , pour mettre en pratique le vœu qu'il en avait fait , il ne voulut jamais être supérieur dans le couvent qu'il fonda, afin qu'en mourant dans l'obéissance elle fût la gloire de sa mort , après avoir été le bonheur de sa vie. Serons-nous moins soumis aux règles d'existence que Dieu nous impose pour notre bien? D'où vient que tant d'âmes éminentes cherchent l'unique bonheur de cette terre dans les cloîtres, sachant qu'on ne le trouve point dans l'indépendance? Ne nous étonnons pas si elles y vivent contentes, puisqu'elles n'ont plus de volonté propre ; leur soumission continuelle étant un continuel sacrifice, il est si agréable à Diel'. qu'il les comble à tout moment de ses o-ràces.

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