‹ Les douleurs de la vieChapitre 178 sur 292 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Des inscriptions anciennes sur le Purgatoire.

Les témoignages des liturgies les plus anciennes , que nous venons de citer,^ suffisent amplement à démontrer que la foi de la sainte Église n'a point varié sur l'intercession en faveur des morts; intercession qui ne pourrait se comprendre en dehors de la croyance au dogme du purgatoire. Mais nous avons d'autres monuments encore , non moins irréfutables , et d une antiquité aussi grande : 'nous voulons dire les inscriptions des trois premiers siècles relevées sur les murs des Catacombes romaines.

C'est une curieuse et belle histoire que celle de cette découverte , où éclate la Providence sur son Église. Poursuivis par les persécuteurs durant trois cents ans , les chrétiens de Rome creusèrent sous la ville, dans les propriétés de quelques-uns de leurs frères, d'immenses galeries souterraines, dont les croisements et entre-croisements devinrent comme un écheveau sans fin. Si l'on mettait bout à bout, aujourd'hui, les sentiers déjà visités, ils formeraient une longueur égale à celle de l'Italie depuis Turin jusqu'au détroit de Messine. C'était là que les fidèles se réunissaient pour assister aux instructions et recevoir les sacrements , là qu'ils enterraient leurs martyrs, et en général leurs morts, là que se dressaient leurs autels. Les inscriptions des tombes, les peintures destinées à enseigner la foule par les yeux, les allégories des décorations, la disposition même du lieu où s offrait le saint sacrifice, sont d'irrécusables témoins des croyances primitives. Or, à la suite de la pacification de l'Église sous Constantin , à la suite surtout des invasions barbares, les traces de ces catacombes avaient été perdues. Elles restèrent pendant mille ans un simple souvenir historique , presque une légende , dont la science se préoccupait peu. Mais voici qu'au seizième siè-

cle le protestantisme s'attaque successivement aux dogmes principaux de la foi catholique . les dénature , les nie , les repousse, et pour cette besogne invoque audacieusement Tanliquité, les trois premiers siècles plus que les autres, dont l'Église catholique, affirme-t-il , s"est éloignée sur mille points pour tomber en d'étranges erreurs et superstitions. Les écrits des Pères et les conciles étaient là. et, la sainte théologie s'en servait victorieusement contre les hérétiques pour les confondre. C'est le moment où Dieu fournira aux défenseurs de TÉvangile l'argument nouveau de l'antiquité chrétienne prise sur le fait et sur le vif, dans les galeries sacrées : tous nos dogmes , toutes nos croyances, les pratiques de notre culte, gravées sur le tuf, et gravées par les premiers papes , les premiers martyrs, les premiers fidèles , le premier sacerdoce ! Ce que Pompéï devait être, deux cents ans plus tard, pour l'antiquité profane, les Catacombes l'étaient pour l'antiquité chrétienne.

C'est en 1578 qu'un éboulement fortuit , dans un terrain situé à une lieue de Rome, mit au jour cette nouvelle et puissante source d'apologie catholique. On était tombé précisément sur la catacombe de Priscilla , femme du sénateur Pudens , ce patricien qui avait reçu dans son palais le prince des Apôtres, S. Pierre, et fait asseoir sur sa chaise curule le pêcheur de Galilée devenu la pierre sur laquelle Jésus-Christ a édifié son Église. « Rome, dit le cardinal Baronius, tressaillit en apprenant que ses faubourgs recelaient des cités enfouies, colonies chrétiennes datant de l'époque des persécutions, nécropoles immenses de martyrs. Ce qu'on n'avait pu connaître . jusque-là , que par la lecture des auteurs anciens , ou conjecturer vag^iement par le petit nombre de substructions demeurées accessibles, apparaissait maintenant dans sa majestueuse réalité. Ce fut un cri d'admiration universelle. J'y courus moi-même avec un empressement et une curiosité impossible à dire. Et, depuis, combien defois j'ai visité, parcouru

Page 1