‹ Les douleurs de la vieChapitre 19 sur 292 · AIMER LA SOUFFRANCE · texte numérisé non relu

AIMER LA SOUFFRANCE

par sa parole les fidèles en possession de la révélation. D'autres interprètent les Écritures , ainsi que faisait Jésls dans les synagogues : ce sont les docteurs. D'autres encore lui sont comme substitués pour maintenir ses quarante ours de retraite et de jeûne sur la montagne : ce sont les religieux, les religieuses, les modèles de la mortification, du renoncement absolu et de la prière. Or, les affligés ont la mission propre de représenter et de continuer Jésus crucifié , c'est-à-dire Jésus dans l'acte direct de la rédemption, de l'acquittement des hommes envers Dieu. Yoilà leur partage , leur vocation , leur dignité : y a-t-il rien , dans la foi, qui soit supérieur à cela? y a-t-il même rien qui lui soit à comparer?

Oui , pauvre cœur que torture la souffrance , que navre et abat l'épreuve, relève-toi, contemple ta magnifique part : en toi veut revivre et se perpétuer Jésus crucifié ! Estime donc et aime tes douleurs, par lesquelles tu es porté à ce degré d'honneur. Ah ! qu'un jour tu te féliciteras de ta destinée !

« C'est Dieu qui a fait ce monde , et à dessein il Ta fait trop étroit pour nous : de sorte que nous n'y pouvons remuer sans souffrir, sans trouver à chaque instant des bornes, des limites, où nous nous heurtons avec douleur. Je dis que Dieu l'a fait ainsi à dessein, afin que ces limites nous poussent à aspirer à mieux. Quand nous serons un jour dans l'infini , nous nous y dilaterons à l'aise ; nous ne trouverons jamais ni limites ni bornes, ni barreaux ni terme. Oh! nous serons heureux! Mais, de quelque manière que Dieu arrangeât ce pauvre monde , il était nécessairement trop étroit pour nous. Une âme ne pourrait y tomber sans souffrir, s'étendre sur ce lit de Procuste sans le trouver trop petit, déployer ses ailes sans rencontrer partout des bornes, remuer sans s'y meurtrir. Voilà la terre, telle qu'elle a été faite pour notre épreuve, alin que, toujours gênés, nous aspirions à de plus grands espaces et que nous rêvions les horizons infinis...

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... « Vous ne savez pas, écrivait S. François de Sales, » en quoi les anges nous portent, envie : certes , de nulle » autre chose que de ce que nous pouvons souffrir pour » Dieu, et ils n'ont jamais souffert pour lui ^ »

f Sainte Thérèse j que nous avons déjà citée, est un modèle à invoquer ici de nouveau. Elle était continuellement souffrante ; elle fut calomniée, menacée, persécutée, obligée de se livrer aux plus pénibles travaux de réforme et de fondations : et cependant elle ne se plaignit jamais. Bien plus, l'amour qu'elle ressentait pour Dieu était si grand , qu'il lui semblait qu'elle ne faisait rien pour lui , et elle conjurait son divin Maître de lui envoyer d'autres épreuves, avec la même ardeur que les affligés le prient communément de les délivrer. Souvent elle disait à Notre-Seigneur : « Ou souffrir ou mourir! >y C'était l'une de ses oraisons jaculatoires. Et encore : « Non, Seigneur, non, ne donnez point de repos à votre pauvre servante ; hors de vous , rien ne la peut consoler. Je vous aime de toute mon âme, de tout mon être, et je souhaite de souffrir toujours et en tout pour vous le témoigner. »

Sainte Elisabeth de Hongrie se vit chassée de son château avec ses quatre petits enfants, et ne trouva pour asile, dans le premier moment, qu'une étable à pourceaux, dans cette ville d'Eisenach qu'elle avait comme inondée de sa charité. Elle chanta un Te Deum pour remercier Dieu de la rendre si conforme au Sauveur à Bethléhem. Mais, comme si ce dernier degré d'humiliation eût ramené subitement le calme en son âme , à peine se trouve-t-elle seule dans ce réduit impur, que ses pleurs sèchent, et qu'une joie surnaturelle descend en elle et la pénètre tout entière. Elle reste dans cette disposition jusqu'à minuit.

1. Le Christianisme et tes temps présents, ^SiV M. l'abbé Era. Bougaud, t. V", pp. 458 et 481.

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