‹ Les douleurs de la vieChapitre 18 sur 292 · AIMER LA SOUFFRANCE · texte numérisé non relu

AIMER LA SOUFFRANCE

tainement nous eussions eu plus de peine à fuir ; la perte de nos biens et le renversement de notre fortune retranche non seulement les folles et coupables dépenses, mais lorgueilleuse confiance en nous-mêmes qui accompagne orkinairement la richesse ; la perte de notre réputation , de notre crédit , de notre autorité , rabat l'orgueil et la vaine complaisance , ce double vice maudit de Dieu en cent endroits de la sainte Écriture; la perte de nos parents, de toutes sans comparaison la plus cruelle pour une noble nature , nous rappelle aux pensées de l'autre vie , et nous empêche de nous endormir dans les illusions et les attachements de celle-ci : ne trouvant plus d'appui en ce monde, notre cœur se retourne plus aisément vers Dieu.

En un mot, de telles épreuves sont un merveilleux avantage pour celui qu'éclairent les vérités de la foi, qui sont d'ailleurs aussi, sur ce point, celles de la simple et droite raison. S. Paul nous compare à des vases où Dieu aime à placer ses dons. Or, dit le livre de V Ecclésiastique, *< comme » la fournaise éprouve les vases du potier, ainsi l'affliction » éprouve les hommes justes' ». Aimons donc, âmes chrétiennes, des choses pour nous si avantageuses, et ne soyons point semblables à ceux qui manquent d'intelligence.

Oui, les souffrances, bien prises, cest-à-dire parleur vrai côté, celui d'en-haut, ont pour glorieux effet de nous unir à Dieu et de nous attacher mieux à son aimable service, après que nous avons éprouvé l'incertitude ou Tinfîdélité de tout le reste. Combien est-il consolant de penser que, si nous nous adressons au Seigneur dans ces moments-là, ainsi qu'il le veut, il nous prépare en retour ses grâces les plus fortes ! C'est une compensation qu'il daigne ménager à tous. Quand sommes-nous plus pieux, plus éloignés du péché, plus disposés à la charité dans ses diverses expansions, que lorsque la main de la douleur

1. Vasafiguli probat foniax, et hommes justos ientatio tribulationis. Eccli. xxvii, 6.

nous a touchés ? Lui-même se rapproche alors de nous ; il le dit expressément : « Je suis avec mon serviteur au mi- » lieu de la tribulation : je l'en retirerai et je le glorifie- » rai. — Le Seigneur est auprès de ceux dont le cœur est » affligée » Quel bonheur de l'attirer ainsi à nous, de poser notre tête sur son cœur qui nous écoute.' 0 douce, ô sainte pensée ! Et cela est comme naturel : car c'est par la croix que Jésus vient à nous , c'est du haut de la croix qu'il nous tend les bras ; il aime à nous y clouer à notre tour, afin que nous soyons unis à lui pour ne le plus quitter jamais.

Ici s'offre encore une considération sur laquelle il est bon d'insister, car elle entre dans la substance même du sujet. La voici. Jésus-Christ continue de vivre dans son Eglise, non seulement par sa présence dans l'Eucharistie et par son incessante action comme Dieu, mais dans la personne de ses serviteurs , choisis par lui , les uns et les autres, pour perpétuer sa vie et ses mystères. Ceux-ci. livrés au dénûment. doivent représenter sa pauvreté à Bethléhem et partout. Ceux-là. en petit nombre, représentent ses joies et ses triomphes, au Thabor, à la Résurrection, à l'Ascension, au jour des Rameaux ; ils jouissent de la paix intérieure, et leur âme est un beau lac reflétant l'azur du ciel, mais produisant en même temps la pêche miraculeuse de toutes les vertus , par un amour admirable. Il y en a qui ont été appelés à perpétuer sa charité envers les malheureux, et leur vie n'est qu'une suite de bienfaits versés sur toutes les misères. Quelques-uns représentent sa parole, ses prédications pour amener les âmes à son Père, alors qu'il parcourait les chemins de la Judée et de la Galilée : ce sont les missionnaires qui s'en vont aux extrémités du monde annoncer l'Évangile, ou bien encore le prêtre de nos pays chrétiens maintenant

1. Cuni ipsosum in tabulai ione ; eripiam eum et glorificabo eum. Ps, xc. — Jiixlà est Pominv.s us qui tribulalo sunt corde. Ps. xxxiii.

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