‹ Les douleurs de la vieChapitre 203 sur 292 · Grcgor. Dialogonun IV · texte numérisé non relu

Grcgor. Dialogonun IV

et ajouta que Dieu l'avait fixé à la porte de cette église, couvert de ces haillons . pour le punir de la vanité qui lui avait fait porter des habits trop somptueux. La sainte fille fit part à quelques amies de ce qu'elle avait appris : car l'apparition n'était pas visible pour tout le monde : on fit beaucoup de prières , et l'ombre ne se laissa plus voir ; ce qui donna à penser qu elle était délivrée. — Voilà donc encore un fait qui viendrait à l'appui de cette supposition et la rendrait vraisemblable , du moins pour un certain nombre d'âmes réservées à cette expiation. — Ceci se passait à la fin du xvi^ siècle.

Il est rapporté que, en 1058, au pays de Worms , non loin d'un grand monastère, on entendit pendant plusieurs nuits un bruit terrible venant d'une grotte située à quelque distance : c'était comme si une armée eût été sur le point de combattre, tant le cliquetis des armes s'entendait distinctement. Les religieux, troublés dans leur repos, inquiets d'ailleurs de la cause qui pouvait produire un tel événement, se rendent à la grotte au commencement de la nuit, et , à la vue d'un certain nombre de fantômes armés qui sortaient pêle-mêle, leur commandent au nom de Dieu de dire qui ils sont et ce qu'ils veulent. — Nous ne sommes pas des vivants , répondirent-ils , mais des soldats morts en combattant pour nos princes. Nos cadavres ont été ensevelis dans cette caverne, et c'est là que nous sommes condamnés à faire notre purgatoire. Ce sont les armes qui ont été l'occasion de nos péchés , c'est par les armes que nous faisons pénitence , en outre des flammes qui nous tourmentent. — Pouvons-nous vous soulager? » dirent les religieux. — « Oui, vous le pouvez; et c'est pour que nous obtenions de vous cette grâce que Dieu nous permet de nous faire entendre autour de votre maison de prière. Vos supplications, vos jeûnes, le saint sacrifice surtout, nous seront d'un immense secours si vous daignez nous les accorder. Nous ne pouvons , hélas ! rien pour nous-mêmes. »

Et la troupe entière de répéter : « Priez pour nous, ô Pères, priez pour nous ! » Et tout disparut , sauf le haut de la montagne , où était la grotte , et qui sembla embrasé d'un feu mystérieux et intense, avec des reflets effroyables. Les prières demandées furent faites, et dès lors tous les bruits nocturnes cessèrent^.

Dans un monastère de l'ordre de Citeaux , deux jeunes religieuses s'étaient liées d'amitié. Vertueuses Tune et l'autre, elles étaient placées au même rang dans le chœur; mais l'une, Gertrude, y rompait souvent le silence, et entraînait dans cette faute sa compagne Marguerite. Gertrude mourut ; on l'enterra dans l'église du couvent. Or, un soir, pendant l'office , elle apparaît dans sa stalle , à côté de son amie, suit les chants et les prières, va s'incliner devant l'autel , et puis tout s'évanouit. Saisie de frayeur, Marguerite raconte à l'abbesse ce qu'elle vient de voir. Craignant ou une illusion de l'esprit ou un piège du démon , la supérieure enjoint à la sœur d'interroger le fantôme s'il revenait , et de lui faire bénir Dieu par l'invocation ordinaire à la communauté. Le lendemain, à la même heure, se renouvelle l'apparition. Marguerite donne le salut religieux, auquel il est répondu d'après la formule. — « D'où venezvous, et que voulez-vous? » ajoute Marguerite, encouragée par cette première épreuve. — « Je viens m'acquitter envers la justice divine dans le lieu même où j'ai péché avec toi , lorsque tant de fois j'ai manqué et t'ai fait manquer à la loi du silence. Dieu veut que j'expie ces fautes là même et dans les circonstances où je m'en suis rendue coupable. Oh! combien est terrible mon châtiment, au milieu des flammes qui me consument , et qui atteignent principalement ma langue ! Que mon exemple te profite , ma chère

I. Trilhemius, chroniqueur du x\^ siècle, Chronique de Vabbaye d'Hlrsaufje Torêt- Noire), ann. 1058.

sœur I » On pria beaucoup pour elle , et elle fit connaître enfin qu'elle était délivrée ^ .

C'est ainsi encore que le vénérable Ghoscoka , célèbre dominicain de Pologne , se promenant dans un jardin en récitant le rosaire, fut interpellé par une âme du purgatoire , qui lui dit : « Priez , priez pour moi : je suis condamnée à faire ici même mon purgatoire, et j'y souffre cruellement. Que les vivants veillent donc sur eux-mêmes pendant qu'ils peuvent mériter, et qu'ils aient soin de tout expier avant de venir chez les morts où la justice s'exerce entière-. »

Le bienheureux Etienne, de l'ordre des Frères Mineurs, avait pour le Saint-Sacrement une dévotion singulière, qui lui faisait passer en adoration une partie des nuits. Dans une de ces circonstances , étant seul à la chapelle , au milieu des ténèbres , que rompait l'unique clarté mouvante d'une petite lampe , il aperçoit tout à coup dans une stalle un religieux profondément recueilli et la tête ensevelie dans son capuchon. Etienne s'approche , et demande au moine ce qu'il fait à pareille heure , et s'il a obtenu permission de quitter sa cellule. — « Je suis un religieux défunt, répond une voix lugubre, et c'est ici même que je dois accomplir mon purgatoire , d'après l'arrêt de la justice céleste, parce que c'est ici que je me suis égaré dans les distractions et la tiédeur pendant l'office divin. Le Bon Dieu me permet de vous faire connaître mon état , afin que vous m'ayez en pitié et veniez à mon secours par vos prières. » A ces mots, qui l'émeuvent grandement, Etienne se met tout de suite à genoux et récite le De profundis. Le visage du défunt exprimait la joie à mesure qu'avançait la sainte prière. Pendant plusieurs nuits l'apparition^se mon-

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