SA DURÉE
besoin d'un sacrement qui nous lave et nous purifie , car nul ne pourra ressusciter exempt de souillures '. » S. Augustin nous dit au contraire , et avec lui toute l'Église : « Qu'on sache bien qu'il n'y aura de peines purgatives qu'avant le redoutable et dernier jugement -. » Et en effet, lorsque Notre-Seigneur, au chap. 25^ de S. Matthieu, décrit ce jugement solennel et final, il ne marque que deux catégories, celle des élus et celle des damnés. Vainement on objectera que l'âme n'a point péché seule, que le corps prit part à ses fautes, et par conséquent doit expier comme elle : ce qu'il ne peut faire qu'après la résurrection. Cette expiation n'est-elle pas dans l'horreur du tombeau, et que faut-il de plus? D'ailleurs, en vertu du même raisonnement, l'âme ne pourrait pas non plus être admise seule au paradis, ou condamnée à l'enfer : ce qui contredit formellement l'Évangile : c Je suis au supplice dans ces flammes, crucior in hâc flammâ », dit le mauvais riche ' Lucœ vu) ; et Jésus assure le bon larron qu'il sera, le jour même, introduit au ciel, et certes avant toute résurrection : Hoclie mecum eris in paradiso (Lucse xxiii).
Il est juste, au surplus, que l'âme soit punie à part et pour son propre compte. N'a-t-elle pas été l'instrument et la cause efficiente du pèche? Le péché est un acte du libre arbitre, il ne devient formel que par le concours de la volonté : il doit donc être châtié là où il se trouve.
Les protestants, sur le purgatoire, sont étranges. Écoutons M. de Maistre : — « Le purgatoire est le dogme du bon sens. Ce dogme est si plausible, qu'il s'empare, pour ainsi dire, de la raison, et n'attend pas la révélation. Un des grands motifs de la brouillerie du XVP siècle fut précisément le purgatoire. Les insurgés ne voulaient rien
1. Ego puto quôd et post resurrectionem ex mortuis indigeamus sacrcnnenlo ehiente nos oique pur gante : nemo enim ahsque sordibus resurgere poterit. Homil. 14 in Lucani.
2. Purgatorias pœnas nullus futuras opineiur nisi ante illud ultimnmtremendumquejudicium. Civit. Dei, xxi, 16.
40 i LE PURGATOIRE.
rabattre de l'enfer pur et simple. Cependant , lorsqu'ils sont devenus philosophes, ils se sont mis à nier Téternité des peines , laissant néanmoins subsister un enfer à temps, uniquement pour la bonne police, et de peur de faire monter au ciel tout d'un trait Néron et Messaline, à côté de S. Louis et de S'^ Thérèse. Mais un enfer temporaire qu'est-ce autre chose que le purgatoire? En sorte que, après s'être brouillés avec nous parce qu'ils ne voulaient point de purgatoire, ils se brouillent de nouveau parce qu'ils ne veulent que le purgatoire ^ « Luther, ainsi que nous l'avons vu ailleurs, a fini par ne plus admettre le purgatoire au sens catholique; mais pourtant, voyant bien qu'il en faut un, il imagina de le placer dans les souffrances de la mort elle-même : ce qui est en abréger singulièrement la durée. La mort toute seule, par sa nature même, est certainement une réelle et très dure expiation; supportée chrétiennement, elle entre pour beaucoup dans l'équilibre de nos comptes avec Dieu; mais elle ne suffit évidemment pas , puisque souvent ce sont les plus criminels qui ont la fin la moins pénible. Il y a toujours des restes du péché , il peut même y avoir des péchés réels , au moment même de l'agonie : or, ces restes du péché, ces derniers péchés, sont quelquefois détruits par la mort seule; quelquefois on ne peut savoir s'ils le sont; d'autres fois on est sûr qu'ils ne le sont pas.
Ainsi, la mort endurée pour Jésus-Christ ou pour une vérité de la foi, le martyre en un mot , efface positivement tous ces restes : et c'est à cause de cela que jamais l'Église ne prie pour un martyr. « Ce serait, dit S. Augustin , une injure à ces saints que de le faire, et nous devons plutôt nous recommander à leur intercession -. >^ — Quant à ceux qui meurent ayant perdu la raison, ou bien par un